Réalisateur:Jean-Jacques Annaud
Acteurs:José Garcia, Vincent Cassel, Sergio Peris-Mencheta...
Sortie:2007
Durée:1h40
Genre:Bestaire bestial
Note:09/20
Histoire:Minor est un homme-cochon. Arrivé sur une île étrangement idyllique sur un bateau avec sa mère morte, il s'est fait faire esclave par un peuple débauché et hédoniste depuis qu'il a mordu le sein de sa mère adoptive. Il dort depuis avec les cochons, passe son temps avec "sa truie" même s'il aime à aller contempler les formes de la belle Clytia, courtisé pourtant par Karkos. Un jour qu'il observe les deux amoureux en s'astiquant le manche, il tombe de son perchoir et se fracasse la tête contre une pierre, mourrant instantanément. Les habitants le laissent sur un tas de fumier mais au matin il n'est plus là. Il s'est reveillé et il est devenu un homme sensé et même des plus intelligent sans perdre pour autant sa libido débordante. Par des oracles favorable, il va même devenir roi du petit peuple et conseillé par le satire Pan en échange de quelques ébats bestials, il va lancer les habitants dans de grands travaux alors qu'il se rapproche de Clytia séduite par l'intelligence de Minor.
Avis:A chaque nouveau film de Jean-Jacques Annaud, on s'attend à être surpris. Depuis des années, le réalisateur français s'est imposé non seulement comme l'un des plus vieux piliers du cinéma hexagonal mais aussi comme le plus varié et culotté de nos réalisateurs du terroir. Bien sûr, il ne réussit pas à chaque coup mais sa variété est pour le moins admirable. D'Au nom de la rose, à L'ours, en passant par Stalingrad, Sept ans au Tibet et Deux frères, Annaud est un inclassable touche à tout passionant et intriguant. Son dernier opus, aventure féerique et tigrée nous avait laissé un coup agréable dans la bouche. Autant dire que sur le papier, sa comédie préhistorique en ammenait un bien moins doux. Mais dans une bande-annonce tout de même, le réalisateur avait réussit à nous faire croire en ce projet indéfinissable qu'était Sa majesté Minor. Mais les apparences étant bien évidement souvent trompeuse, on se retrouve là avec un OVNI certes mais des plus informes et indigestes.
Autant dire tout de suite que ce qui pouvait paraitre le plus agaçant à savoir le côté salace du film n'est pas son principal défaut et qu'il est au contraire son plus grand atout. Il faut bien avouer que la France est devenue depuis des années un pays bien prude voire frigide et que son cinéma se répugne bien souvent à parler, à rire ou même à montrer du sexe. Et de ce point de vue là, Annaud met des coups dans la fourmilière en signant un pamphlet libidineusement osé et pourtant grand public. Il ne le cache d'ailleurs pas dans sa bande-annonce. Sa majesté Minor est un film trash et très gay-friendly qui s'assume et qui pourtant n'a pas été relégué à une sortie confidentielle pour autant. Grand-mère et adolescents se sont précipités (avec modération tout de même) sur ce "block-buster" déluré avec la plus grande avidité sans pour autant en resortir choqué. Le vécu prouve même que les grand-mères ont même été séduite par les "coquasseries olé-olé" de José Garcia et de sa bande. Jean-Jacques Annaud réussit donc à faire passer la pilule et à créer des situations grandioses et délurées qui nourissent le film d'une authenticité rare. Ainsi, une sodomie bien sentie, une érection en ombre chinoise, une histoire de cul ratée entre un éphèbe spécialiste en lançage de disque et un roi indéci qui se termine par une giclette de sang qu'on croirait faite de sperme. En sous-entendu ou de façon très frontale, Annaud aborde donc les relations sexuelles dans toute leur variété: homo ou non, zoophile ou non. Dans un délir avec beaucoup de queues mais peu de tête, Sa majesté Minor repousse les limites de la descence et de ce point de vue épouse un peu les pas d'un Aristophane. Avec leurs superbes manches en bois viriles, les hommes du village pourraient être ceux de Lysistrata qui l'ont dure parce que leurs femmes font la grève du sexe. Içi l'abstinence n'existe pas et est même punie par les lois mais le but est finalement le même: faire du sexe une certaine satire sociale.
Mais cette satire sociale, elle se retrouve grandement chez Aristophane mais malheureusement que très peu chez Annaud. Ce qui manque au final au réalisateur français, c'est bien évidement un fond valable, un but à toute cette débauche jouissive. Car la dérision débile assumée ne réussit pas à nous faire tenir les 1h40 avec interêt. On sourit, on pense parfois à l'astuce bien sentie d'Annaud mais au-delà de ça, le vide intersidéral nous laisse sur notre faim. Il aurait suffit de pas grand chose pourtant. On ne demandait pas au réalisateur un brulôt social ou une étude approfondie des moeurs mais un semblant de sens, d'interête n'aurait pas fait défaut. On aurait pu se retrouver avec un "Le dictateur" c'est à dire aussi profond que drôle et extravagant, on reste finalement avec un "Taxi n+1" aussi plat que vite oublié. Les jalousies, les complots politiques, les ambitions et la moquerie douce-amère du pouvoir et de ses abus souvent pratiqués sont réduits à néant par une suractivité qui devient au fil des séquences détestables mais aussi par une niaiserie qui apparait du grossier. Autant on aime tout ce qui est en dessous de la ceinture dans Sa majesté Minor, autant les allez-retours amoureux entre Clytia Karkos et Minor sont detestablement nuls, à l'image de cette femme au masque d'or qui est en fait Clytia déguisée, rebondissement qui se sent dès sa première apparition. A chaque fois que Annaud tente de créer un semblant de scénario sur ses scènes d'ébats réussies, il échoue à créer une vraie intrigue. Il faut dire aussi qu'il ne se facilite pas les choses en créeant une mise en scène extraordinaire. Le baroque mêlé au kitsh des décors et des costumes font effets agréables sur un extrait de cinq minutes mais sur la durée du film, il exaspère plus qu'autre chose. Seule la foret de Pan reste agréable à regarder mais pour tout le reste Annaud en met trop. D'autant plus qu'il contraste avec des scènes nocturnes choquantes car complètement décalées par rapport au reste. La mise en scène si léchée se transforme en horrible caméra DV insupportablement documentaire dès la nuit tombée. Annaud fout en l'air toute cohérence dans sa manière de filmer ce qui ne constitue évidement pas un terreau fertil pour la réussite du film.
On voguera dès lors de scènes de cul en scène de cul avec toujours ce plaisir non-dissimulé mais tellement éphèmère qu'il nous frustre plus qu'autre chose. Pour le reste, c'est un néant infame et gloque qui nous fait perdre quelque peu foi en Annaud. En José Garcia aussi puisque loin de sa période si drôle, ses égarements dans le film sombres semblent l'avoir transfiguré et il a bien du mal à revenir à un comique efficace qui nous avait fait l'aimer profondement. Vincent Cassel en revanche, d'habitude si agaçant séduit par fraicheur et sa totale implication dans l'univers du film. Pour les autres (Claude Brasseur...) c'est minimum syndical et on s'en va. A l'image du film.



