Réalisateur:Fernando Meirelles
Acteurs:Ralph Fiennes, Rachel Weisz, Danny Huston...
Sortie:2005
Durée:2h08
Genre:Humanitaire et nécessaire
Note:17/20
Histoire:Justin et Tessa Quayle habitent Nairobi. Elle l'a convaincu de l'emmener avec lui dans sa mission diplomatique au Kenya après quelques mois de badinages. Depuis, ils vivent en Afrique, dans l'univers choyé de leur quartier de blanc. Mais Tessa est révoltée par le malheur qui l'entoure et s'engage vite auprès de missions humanitaires. Après un mystérieux travail de plusieurs mois, elle part avec son ami à Loki, laissant son mari à son jardinage. Mais elle ne reviendra pas, assassinée par un groupe armée qui voulait la faire taire. Pour réaliser son deuil, Justin s'engage sur les pistes de sa femme et découvre un traffic meurtrier de laboratoires pharmaceutiques qui testent des médicaments non-fiables sur des femmes et des enfants africains, condition sine qua non pour avoir accès aux médicaments.
Avis:Cela fait plusieurs années que les critiques de cinéma parlent d'une phénomène tout à fait récent et rassurant: l'interêt de plus en plus brûlant pour la condition africaine. Vision néo-coloniale débilitante ou militantisme brûlant et passionant, les films abondent et ne se ressemblent pas, laissant des traces dans le marbre du septième art ou pas. Fernando Meirelles, après un passage remarquable dans les favellas du Brésil (La cité de Dieu) s'envole pour le Kenya dans les pas du grand romancier contemporain John Le carré. Le roman était d'une grandeur inégalable mais on aurait pu croire à une détestable farce pour l'adaptation, qui ne garderait que l'intrigue policière pour un film conventionnel. Mais bienheureusement, Fernando Meirelles n'est pas du genre à rentrer dans le moule de la banalité et déploit ses ailes de révoltés pour donner à son The constant gardener une élégance rare. Brûlot hautement corrosif et douce fresque amoureuse, film policier et film politique, The constant gardener a autant de facettes que d'interêts diffèrents et chacun y trouvera son compte. Mais personne ne pourra passer à côté de l'engagement profondément humaniste de son réalisateur.
Il fallait bien qu'un jour un audacieux tente l'adaptation d'un bouquin de John Le Carré. Ancien agent secret reconverti dans la prose, ses thrillers aussi beaux que palpitants avaient tout pour passer au grand écran: l'aspect grand public comme la qualité. Ce passionné de l'Afrique et contemplateur révolté se devait cependant de trouver quelqu'un à la hauteur de son engagement. Et Fernando Mereilles avait tout du réalisateur idéal. Dans La constant du jardinier, Mereilles reprend la dénonciation là où Le Carré l'avait laissé. Il l'avait ammené à un stade d'écriture engagée mais pas corrosive, simple constat d'un fait qui le révolte. Mereilles va lui donner sa splendeur en passant à la vrai dénonciation. Dans tous les plans, dans toutes les séquences, La constance du jardinier transpire la haine pour ces gens qui tuent pour le fric, avait une mauvaise-foi et dans des malversations gerbantes. Le réalisateur ne critique pas tant la cruauté capitaliste à son paroxysme que cette couardise de ne pas faire les choses franchement. On pourrait presque dire que Mereille a plus de mérite pour Hitler qui a affiché ses idées que pour ces vers rampants et mielleux pour cacher leurs assassinats. Le réalisateur les fait alors apparaitre, le temps d'une réplique de trop, d'une question esquissée négligement de la main... Mais la plus grande qualité du film est justement de ne pas en faire une dénonciation brute sans aucune espèce de finesse. Mereilles suggère tout, donnant la première place à son héros et sa romance tragique plus qu'aux crétins assassins. L'engagement politique porte toutes les images mais ne deviennent très vite qu'un arrière-plan discret mais omniprésent. A l'inverse de sa démarche dans La cité de Dieu, le réalisateur adopte une finesse diablement efficace et autrement plus efficace qu'un brulot ennuyant.
Ce qui fait donc que La constance du jardinier, après la séance, reste comme une romance exotique délicieusement déchirante que comme un film engagé. Mais dans les deux cas, c'est l'excellence qui est le maitre mot du réalisateur comme de l'auteur. Conscient de l'importance des comédiens dans ce genre de film, Mereilles charge deux grands de leurs génération de porter l'histoire. Ce sera Rachel Weisz, primé justement aux oscars pour ce rôle, et Ralph Fiennes qui retrouve un jeu romantique semblable à sa prestation extraordinaire du Patient anglais. Cette fois-ci, il remplace Kristin Scott Thomas au creux de ses bras par ce petit bout de femme qui mérite la VO à elle-seule. Diable de haine et d'amour Weisz témoigne d'un engagement profond dans son rôle. C'est sa présence qui hante la première partie du film et qui se prolonge dans son absence de la deuxième partie. La voyant, on comprend et on souffre avec Justin. La constance du jardinier raconte horriblement la poursuite d'un mari à la recherche de la vérité conscernant sa femme et non pas son engagement. Toute sa fugue n'a qu'un but: comprendre le fantôme qu'il a aimé et qu'il a perdu pour une cause fatale. Mereilles filme le déchirement de se rendre compte qu'on a vécu à côté de quelqu'un sans le comprendre réelement. Tragique, La constance du jardinier joue la carte de l'outrance des sentiments qui s'évaporent dans les tumultes du thriller mais qui restent omni-présents. L'issu inévitable devient presque une libération dans une explosion de peine qui marque le talent de Mereilles. Dans tous les genres qui se mélangent, Mereilles excelle et forme un ensemble homogène, tourmenté et poétique.
Pour lier le tout, le réalisateur signe une image léchée. A l'heure où le cinéma américain teinte l'afrique de couleurs vives comme des boubous pour entretenir l'exoticité du lieu (cf: Blood diamond), Mereilles montre un Kenya pâle et bleuté ou le noir de la peau ne contraste plus avec la tristesse de la photographie. Et quand il revient en Europe, elle apparait comme presque réjouissante et ensoleillée. La constance du jardinier se joue des clichés, des habitudes et transperce les frontières des genres. Le brulot est bien là et révolte plus que jamais mais c'est la poésie qui domine. Tout ressort avec de l'importance car Mereilles porte de l'attention aux moindres détails. Il fait un des films sur l'Afrique les plus réussis de la décennie, qui rejoint Lord of war au panthéon des oeuvres d'art nécessaires.




