Heroes - Saison 1

Heroes - Saison 1
Titre:Heroes - Saison 1
Créateur:Tim Kring
Acteurs:Milo Ventimeglia, Hayden Panettiere, Masi Oka...
1ère diffusion:2007
Durée:23X40min
Genre:Epopée comics
Note:17/20

Histoire:Aux quatre coins de la planète, et surtout aux Etats-Unis, des hommes et femme de tout âges révèlent des dons extraordinaire, comme l'avait prédit le professeur Suresh, éminent généticien indien. Ces dons plus ou moins embarassants vont transformer brutalement leur quotidien et leur vie même. Mais ils vont aussi découvrir que certaines personnes aimeraient bien avoir leur pouvoir ou les éradiquer de la planète, dont ce mystérieux Sylar ou cette organisation qui kidnappent nos Héros. Ils vont aussi découvrir qu'un pouvoir apporte des responsabilités et qu'il se pourrait que le sort du monde soit entre leurs mains.

Avis:Il est bien connu que les super-héros, ça a la côte. Après avoir colonisé les bande-dessinés en Amérique, s'être attaqué au cinéma avec le succès et la qualité qu'on lui connait, Tim Kring nous livre le nouveau dérivé de la filière: la série super-héros. Sauf qu'ici, non pas un super-héros, ni une bande armée de super-héros mais bien tout plein de "Heroes" dispersés sur la surface de la Terre et qui apprennent à vivre avec leur handicap. On aurait plus craindre le plus beau leurre de cette décénnie avec une série platoune et simplement cruche et commerciale. Mais Tim Kring déroute sur toute la ligne. Au lieu de parler de super-héros à la super-destinée, il se concentre au contraire sur le quotidien de ces personnes et ce qu'un pouvoir peut bouleverser entre eux. Tout au long de la série, même quand l'intrigue "sauver le monde" prendra de l'ampleur, Kring continuera de se concentrer sur le quotidien des héros. Ce qui est donc appréciable avant tout, c'est de voir une véritable et belle encyclopédie vivante de la psychologie du super-héros, renforcée par une intrigue à couper le souffle et des effets spéciaux minimalistes mais superbes. En tout point, Heroes est une série adictive, et on se laisse happer avec délectation.

Un Heroes ça pense énormement. Et avant tout, ça se tourmente énormement sur son sort et sa destinée. Par une palette de personnages hauts en couleurs, attachants drôles et/ou sombres, Tim Kring va développer tous les cas de figure. De Nikki, la femme Hulk qui va refouler son effroyable pouvoir en s'inventant un double, à Hiro qui prend sa destinée très au sérieux et qui comprend un peu trop bien qu'il a une grande responsabilité. De Nathan qui refuse de voir son pouvoir et le cache à Peter qui est embarassé mais ne compte pas l'abandonner. De Claire qui voudrais être normale mais qui a besoin de comprendre ce qui lui arrive à Math qui s'en sert pour amméliorer sa vie privée. Enfin de Sylar qui fait le mal par ambition à Linderman qui les éliminent par racialisme. Tim Kring fait décidement un tableau bien complet qui réunit tout le travail des dessinateurs de comics pour en faire une série des plus complètes et des plus captivante. En effet un héros, c'est d'abord une personne normale qui est obligé de prendre en compte son pouvoir d'une manière ou d'une autre. Il ammène à son propriétaire une responsabilité accrue comme tout autre travail ou obligation de la vie. Un pouvoir, dans un monde en perdition et rempli de gens aux mauvaises attentions, c'est un atout énorme dont l'humanité ne peut pas se passer. A l'échelle d'une ville ou d'une pays (comme ici) ou même de la planète, le héros se doit de protéger ses "semblables" qui n'ont pas la même chance que lui. Où la situation se complique, c'est que même en les sauvant, les gens normaux ont peur d'eux. C'est pourquoi bien souvent, un pouvoir implique un anonymat (Claire) ou une schizophrénie (Nikki) pour continuer à vivre en public sans masque. Parce que tout ce qui est étranger fait peur. Sans aucun éthnocentrisme, c'est une réaction naturelle et humaine que d'avoir une peur de l'étranger (car dans "étranger", il y a "étrange", donc inconnu intriguant et effrayant). Tout le dualisme du héros repose alors sur accepter le regard des autres et devenir un protecteur ou bien rester une personne normale. Mais dans tous les cas, leur destiné leur rattrape toujours. Reste ensuite surtout à choisir son camp. Soit l'on oeuvre pour son interêt personnel et devenir le maitre du monde, soit pour l'interêt d'une communauté pensant qu'on est supèrieur aux autres et que les autres sont négligeables ou néfastes, soir enfin pour le monde où l'on devient alors officiellement un "gentil".

Ce qui transparait dans Heroes, c'est ce travail dantesque sur une psychologie pas si basique que ça et surtout le travail de Tim Kring pour ne pas rendre ça ridicule. Loin des grosses bestioles commerciales qui foutent en l'air une reflexion profonde sur le super-héros (Daredevil pour ne pas citer), Heroes intègre ses données pour en donner sa vision et surtout pour en donner un concentré ébouriffant. Dès lors, Kring s'interdit toute démesure outrancière dans les effets spéciaux, les combats, les course-poursuites et préfère de loin se concentrer sur les personnages et leur relation. Les plus impatients seront donc agacés par la lenteur de la progression. Car Kring crée le paradoxe d'ajouter beaucoup de suspens et de donner les clés au compte gouttes. Il accumule de nombreuses interrogations dès les premiers épisodes et parfois les laissent en plan jusqu'au dixième épisode. Ainsi, le sauvetage de la chairleader qui est évoqué dès le troisième épisode puis repoussé jusqu'au onze ou douzième. Tim Kring évoque toutes les étapes de la prise de conscience, les entrevues agaçantes, les dérives des personnages déroutés dans un ballet passionant et humainement dense. Il opère un virage important sà la mi-saison qui s'inscrit pourtant dans la droite ligne du début. L'intrigue d'espionnage et de guerre politique plus classique prend le relai à un "chronique anthropologique" sans faire de rupture violente. Les révélations s'enchaine, l'issu devient inévitable et les personnages en apparence sans aucun liens se réunissent pour former une bande qui fait étrangement penser à X-men. Heroes est une oeuvre atypique et ultra-référencée qui ne prend pas un parti radical entre série d'action et série "tranche de vie". Tim Kring ingurgite tous les comics et les manga pour en extraire les atouts principaux. On voit s'entremêler Superman (Nathan), Hulk (Nikki), X-men (Linderman)...

En plus et pour parfaire le tout, Heroes réunit des qualités de plus en plus fréquentes dans les séries modernes mais encore très précieuses. De bons acteurs (Hayden Panettiere est devenue l'égérie légitime de tous les critiques français), une réalisation pas anodine et un ton très noir. Car Heroes est bien une série sans conscession, dramatique où seul Hiro arrive à nous arracher des rires francs. Tim Kring nous redonne nos âmes d'enfants où le soir on lisait des vieux épisodes de Spider-man mais entretient aussi nos conscience d'adultes avec un message politique un peu manichéen mais tellement vrai. La perfection de cette première saison nous fait dès lors espérer et craindre une suite qui peut difficilement être aussi bien et regretter une VF médiocre et censurée par nos amis de la première chaîne. On attendra cependant la relève, en larme de cette chute mortifère qui nous fait quitter nos héros la mort dans l'âme. Sensibles s'abstenir.

# Posté le vendredi 31 août 2007 12:54

Modifié le dimanche 07 octobre 2007 14:36

28 jours plus tard

28 jours plus tard
Titre:28 jours plus tard
Realisateur:Danny Boyle
Acteur:Cillian Murphy, Naomie Harris, Christopher Eccleston...
Sortie:2003
Duree:1h45
Genre:Apocalypse London
Note:17/20

Histoire:A Londres, après la libération par un groupe écolo de singes cobayes, la rage se répand, infectant toute la population à une vitesse folle. En quelques jours, la population est décimée et les quelques survivants ont réussit à quitter la petite île. C'est 28 jours après que Jim se réveille, sortant du coma après un accident de voiture. On l'a laissé seul dans l'hopital désafecté de la capital. Dans une ville déserte et hostile, Jim va avoir besoin de courir très vite ou de trouver des survivants pour l'aider. C'est là qu'il tombe sur Sélena et Franck. Pour eux, la fuite commence.

Avis:En quelques mois et quatre films, Danny Boyle a réussit à prendre une place prépondérante dans ma culture cinématographique. Il parait, et encore plus après 28 jours plus tard, désormais évident que ce cinéaste a un don, et met de l'or à tout ce qu'il touche. Le drame écossais, la science fiction philosophique ou l'escapade en baie d'Along, tout ce qui passe par Boyle prend une dimension autrement plus interessante que chez quiconque. Son expérience du film d'horreur se place en tête de ses réussites. A l'heure où tous les films d'horreur et de zombies sont outranciers et sans scénario (Resident evil, Silent hill...), 28 jours plus tard s'affiche en 2003 comme la tête de proue d'un courant alternatif d'horreur intelligente et politiquement engagée. Puisant sa réalisation dans Le projet Blair Witch, Boyle crée un style nouveau et inégalé depuis, combinant une horreur suffocante avec une reflexion sur la génèse d'une société. Avant la messianisme scientifique de Sunshine et après la micro-société façon secte de La plage, Boyle s'affiche comme un réalisateur qui montre que le cinéma anglo-saxon est social ou n'est pas... même quand on ne s'y attend pas.

Les critiques ont l'habitude de dire que ce sont les premiers plans de 28 jours plus tard qui montre sa supériorité par rapport à tous les films du genre. Pour ne pas déroger à la règle, je l'affirmerai aussi. Après une courte scène d'introduction plutôt musclé, Danny Boyle plante sa caméra DV pour filmer un Londres détruit, abandonné. Après le réveil de Jim, le jeune homme, en habit d'hopital, traverse la ville désafecté, sale, apocalyptique. Danny Boyle nous épargne toute musique apocalyptique avec choeurs religieux et violons dégoulinant et préfère une bonne pop britannique du plus haut effet. L'impression n'en est que plus grande: cette vision d'un Londres habituellement grouillant devenant une ville fantôme est vertigineuse de génie. D'autant que Boyle filme, et filmera tout le film, en DV, donnant une dimension presque investigationnelle à 28 jours plus tard. Globalement, ce film est le premier film d'horreur contemplative. La réalisation laisse de nombreuses minutes à une caméra de paysage, de plan large sur des personnages errants comme dans une ville en ruine après une bataille. Danny Boyle film une société qui essaye de renaitre de ses cendres, avec toutes les dérives que cela apporte. Un documentaire simple, comme si on filmait une guerre. Quand il passe à l'action cependant, le réalisateur anglais retrouve toute son aisance et sa grâce. Musclée mais pas trop, la mise en scène garde sa grâce et sa fluidité malgré une DV souvent surexitée. Boyle ne nous perd pas mais ne se contraint pas à la linéarité non plus. Il ne se contraint pas non plus à la décence. Dans une pénombre dont Boyle ne joue pas trop, le scénario est rempli de scènes pleines d'hémoglobine qui raviront les adeptes. 28 jours plus tard est donc d'abord une prouesse technique et un film d'horreur apocalyptique.

Mais il serait réducteur de s'arreter là. Car disons-le franchement, le film est avant tout un reflexion sociale et psychologique sur la perte d'humanité et la construction d'une société. Les dérives montrées dans la deuxième partie du film peuvent paraitre malsaine mais tellement réaliste. Après une fuite aux frontières du bucolisme, les quatre rescapés (Selena, Jim et un père et une fille rencontrés sur le chemin) rejoignent une base militaire dans un château fantasmagorique où une micro-société se reforme autour d'une dizaine de soldats et d'un chef qui va s'annoncer plus despotique que prévu. Très vite, ce chef de secte va afficher son désir de garder les femmes, avenir de la société pour rejeter les hommes qui s'opposent à lui. Inspiré d'une société animale, Danny Boyle réduit la société naissante à une lutte de mâle pour une femelle et à la soumission de la femme comme poule pondeuse. Sans morale, bestiale, cette analyse catastrophiste n'est pas sans rappeler La planète des singes et est brûlante de vérité. Jamais "l'homme est un loup pour l'homme" (Hobbes) n'avait été si bien illustré. Après l'investigation post-guerre, 28 jours plus tard devient un documentaire animalier effrayant. Bien que fictionnel, Boyle insère une grande part de vérité dans son film, ce qui a le mérite de le rendre encore plus inquiétant. Il titille nos nerfs d'abord par la menace perpetuelle des zombies puis celle des hommes qui se déchirent. Il ménage nos yeux jusqu'à un final dantesque, incroyablement flippant et gore, une explosion de plaisir cinématographique dont Boyle a le secret.

Dans ce magma de perfection, Cillian Murphy, sur qui on ne cesse de parier depuis son apparition dans le monde du cinéma, est touchant, drôle et inquiétant avant d'être totalement dégoutant. Il mène le film avec une volonté, une perfection et une ambiguité totale. Il apporte sa contributiin à un film déjà si parfait. Danny Boyle réussit sans conteste le plus beau film d'horreur de ce début de siècle et une peinture sociale qui s'affiche dans la digne lignée du cinéma anglais. Angleterre qu'il utilise dans sa splendeur et sa nostagie pour servir le film.

# Posté le dimanche 02 septembre 2007 11:51

Modifié le mardi 04 septembre 2007 08:01

Easy rider

Easy rider
Titre:Easy rider
Réalisateur:Dennis Hopper
Acteurs:Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson...
Sortie:1969
Durée:1h30
Genre:Hippie yeah
Note:18/20

Histoire:Wyatt et Billy sont deux motards de la génération hippie. Dans les sixties, avides de liberté et de grands espaces, ils acceptent de transporter de la drogue dans le réservoir d'essence de leur harley-davidson de Los Angeles à la Nouvelle Orléans, où ils vont voir le carnaval. Sur leur chemin, ils vont rencontrer une communauté hippie, un jeune avocat de bonne famille en crise d'adolescence mais vont surtout se confronter à l'intolérance de WASPs intolérants. A travers leur road-movie ils vont découvrir les deux côtés de l'American way of life.

Avis:Easy rider ou le "Mai 68 américain". Quelques années après les grandes manifestations libertaires internationales et à l'aurée de seventies prometteuse pour la jeunesse, Dennis Hooper filme ce qui deviendra à jamais le symbole d'une génération, la référence hippies à travers les décénnies. On aurait pu craindre le film communautaire et réducteur comme Hair, qui ne survit pas à la génération traitées. Mais Dennis Hooper va s'amuser à éviter soigneusement cet aspect déplaisant pour préférer un constat révoltant de la société américaine et un road movie poétique et contemplatif autant qu'engagé, porté par une Bande Originale truculente et des acteurs qu vont avec. Easy rider ou un film immortel témoin et universel.

En regardant Easy rider, c'est son aspect d'étude sociologique et historique qui marque le plus. Dennis Hopper s'imisce avec une facilité déconcertante dans un univers spécial, une période en surface bien heureuse mais aux conflits sociaux exacerbés et monstrueusement violents. Hopper arrive à conjuguer ces deux aspects, cette douce utopie qui grandit peu à peu et qui navigue sur une mer tourmentée. Cette génération est incontestablement celle de la libéralisation des moeurs, du train de vie et le refus de toute autorité. Hopper se plonge avec Peter Fonda dans une imensité sauvage où seuls les vrombissements des Harley rappelent la civilisation, devenant un road-movie presque irréel, une rêve sublime. Les deux motards planent mais pas grâce à une quelconque substances. Ils sont ivres de grands espaces et d'aventure. Cette peinture subtile d'une génération heureuse se fait à travers un road-movie entrainant, à la poésie et à la tendresse incroyable qui a constitué une bible pour les réalisateurs du genre pendant des décénnies (et encore dans Transamerica, on trouve des hommages flagrants). Le road-movie est constitué de rencontres libertines, amicales en tout cas fraternelle. Hopper l'axe sur la découverte d'une communauté hippie et indépendante de la société officielle. Et c'est vraiment ici que la réalisateur montre sa finesse, son talent. Il ne cède pas au cliché bourrin mais simplement observe un groupe de personnes décomplexés, qui n'ont pas besoin de perfusions de marijuana pour se sentir rebels et qui ne sont même pas rebels. Ils demandent juste la liberté de vivre comme il veulent: simplement. Ils ne sont pas non plus des adorateurs de la Mère nature, juste aime vivre dans un lieu sauvage. Hopper passe véritablement à côté de tout excès et se contente d'une grande générosité pour le premier volet de son film.

Le deuxième commence avec l'arrivée à la Nouvelle-Orléans, le retour à une société. Jusqu'à l'arrivée, Hopper s'est perdu dans une immensité où tous les hommes présents s'entendaient, avaient les même façons de vivre et surtout une tolérance pour la diffèrence. Le personnage de Jack Nicholson, fils à papa avocat et déprimés par sa vie terre à terre amorce un virage. Les "hippies" ne sont pas exclus, ils revendiquent des droits et se battent, à commencer par la jeunesse bourgeoise. Mais ils ne peuvent malheureusement rien contre l'intolérance d'une amérique profonde malheureusement encore vivace et encore plus à cette époque. Après un doux road-movie, le voyage tourne peu à peu au cauchemard, une descente aux enfers horrifiante. Hopper, même s'il cède là aussi au manichéisme, continue à être juste, révolté mais pas haineux. Il montre juste une réalité dure à accepter à travers des séquences fortes, parfois même insupportable. A l'image de cette scène glaçante dans le bar où une troupe de flics insultes ouvertement avec une méchanceté inimaginable les trois voyageurs qui n'ont rien demandé. Encore ici, c'est avec une grande simplicité que Hopper film la confrontation avec une destin mortifère. Dans la génération de sixties, il n'y a pas de place encore pour le libertarisme et si on ne se cache pas pour vivre, on en subit les conséquences. La seule issu est la fuite. Physique ou bien à travers les drogues. Le scénario dépeint cette spirale infernale, inéluctable et semble presque expliquer l'usage de drogue par cette pression sociale.

Easy rider est donc avant tout le témoin d'une lutte sociale, un constat révoltant mais passionant que Hopper traite avec la plus grande finesse et pointillosité. Mais c'est aussi un objet artistique passionant qui mêle habilement les inspirations, et que Hopper soigne dans tous ses coins. Il montre d'abord un talent certain pour une mise en scène aérienne, inspirée. Simple, délicate et surtout pudique mais qui sait aussi céder aux excès, à l'image de cette scène de défonce qui sombre dans un montage musclé, répété et devient un objet étourdissant enivrant, presque Lynchéen. Même s'il préfère souvent la simplicité, Hopper a toujours une originalité, un caractère atypique plaisant, une petite astuce qui fait la richesse du long-métrage. Il rajoute là-dessus une bande-originale qui est en elle-même un chef d'oeuvre. De 6/9 de Jimmy Hendrix aux plus grands titres de Bob Dylan, Hopper compose et mêle des cadors du rock à des noms plus inconnus mais tout aussi talentueux qui accompagnent formidablement les escapades à moto, les images envolées du voyage. Enfin, et c'est surement sa plus grande qualité, Hopper s'entoure de deux acteurs monstrueusement talentueux qui font du film un objet parfait. En dehors de sa propre prestation déjà talentueuse, il donne un rôle sur mesure au séduisant Peter Fonda qui, les cheveux dans le vent, incarne parfaitement cette icône rockeur, séducteur et négligé. Enfin, Jack Nicholson s'enmêle dans une oeuvre de jeunesse déjà prometteuse. Avocat bourgeois mais révolté, c'est par sa voix que Hopper parle, donnant son explication du phénomène d'intolérance. Sa tirade sur la liberté est d'une profondeur, d'une intensité et d'une extravagance aussi follement passionante et enivrante, une référence pour tous les comédiens. En tout point, Easy rider est donc le film des sixties de référence, l'exemple type du chef d'oeuvre intemporel et immortel. Film témoint, il est avant tout film et donc objet d'art parfait. Même si l'issu est ineluctable, on repart toujours volontier avec ces deux motards sur les longues routes de l'Amérique desertique.

# Posté le mardi 04 septembre 2007 11:37

Modifié le samedi 08 septembre 2007 10:38

Dirty pretty things

Dirty pretty things
Titre:Dirty pretty things
Réalisateur:Stephen Frears
Acteurs:Audrey Tautou, Chiwetel Ejiofor, Sergi Lopez...
Sortie:2003
Durée:1h30
Genre:La vie clandestine
Note:18/20

Histoire:Okwe est un émigré clandestin nigérien à Londres. Pour survivre, il accumule les petits emplois: chauffeurs de taxi mais aussi standardiste dans un hôtel. Il vit avec Senay, une émigrée turque qui rêve de traverser l'atlantique pour rejoindre sa soeur à New-York. En attendant, il se serrent les coudes dans la clandestinité et la discretion. Un jour, Okwe répare une fuite de chasse d'eau dans une chambre de l'hôtel mais il découvre au fond de la cuvette l'objet de la fuite: un coeur humain. Okwe et Senay découvrent alors un sombre traffic d'organe qui se cache dans les couloirs de l'hôtel de luxe où le maitre des lieux récompense les donateur en leur offrant un passeport.

Avis:Pour qu'un film se fasse reconnaitre à sa juste valeur, il lui faut du temps. Il est de notoriété publique que c'est l'ancienneté qui donne au film sa préciosité. C'est surement pourquoi Dirty pretty things n'est pas encore devenu un pilier fondateur de la filmographie de Stephen Frears. Parce qu'au niveau de la qualité et de la profondeur, le film réserve une surprise très frearsienne qui n'a rien à envier au Liaisons dangereuses ou à My beautiful laundrette. Comme à son habitude, le réalisateur à la grâce anglaise nous plonge à travers son cinéma social dans l'envers de la croissance économique anglaise, le revers de la Couronne. Il s'embourbe dans la noirceur, rue dans les fondations de la société anglosaxonne pour créer une tempête de révolte et une poésie infinie. Avec Dirty pretty things, il abandonne les froufrous du XIXème siècle, le romantisme de Prick up your ears pour un thriller aussi explosif que contemplatif, aussi touchant qu'effrayant. Un pilier du genre et de la filmographie du réalisateur.

Il est étonnant que, pour montrer son thème favori qui est l'ambiguité sociale anglaise, Stephen Frears n'est jamais pensé en trente ans à utiliser l'hôtel de luxe. C'est Steve Knight, scénariste de Dirty pretty things, qui lui apporte enfin la métaphore parfaite du combat de Frears: l'hôtel de luxe. "Dans un hôtel luxeux, il y a les deux faces de la médaille: le vernis impécable et confortable et la crasse, le malheur sous-jaçent" défnd Knight en interview. Dès lors, c'est sur cette comparaison irréprochable que le film se construit, envahissant les couloirs de velour rouge d'une tension inappropriée. Frears s'évertu alors de rallier le mieux possible cet hôtel à sa cause de toujours et le réussit formidablement. Il laisse un instant dominer la beauté de l'endroit, le confort de cet accueil à la porte battante, mais c'est pour mieux repasser de l'autre côté du comptoir, là où les clandestins, "les ombres dans la ville" se battent pour survivre. Dès le vernis gratté, apparait la réalité crue à laquelle Frears donne une épaisseur poisseuse, une grisaille inquiétante. Aux aguets, la caméra de Frears se rapproche peu à peu de ses personnages et fait naitre la panique dans leurs yeux, la détresse dans le moindre de leur geste. Pour cela, il filme les détails, les partis du corps empruntant un procédé hitchkokien. Revendiquant presque son influence, il se réapproprie une mise en scène parcellisée et harmonieuse à la fois, gluante et poétique. Il conjugue le stress à un harmonie qui rappelle son traditionnel ballet avec une caméra enivrante. Ainsi, il suit les personnages dans leur quotidien et leur périple, multipliant les travellings soignés et calme. Même quand eux s'énervent, quand ils dansent (à l'image de cette séquence déchirante où Senay virevolte sur elle-même dans sa cuisine) la caméra reste simple, neutre. Cette caractéristique propre à Frears appuye, contre l'aspect thriller de l'intrigue, la chronique sociale qu'il privilégie à la course-poursuite policière qui s'engage.

Car Dirty pretty things est avant tout un pamphlet, fictionnel certes mais tellement réaliste, d'une société en detresse qui se conjugue souvent à un économie parallèle et des traffics divers. Frears s'attache sur les errances, la fugue desespérés de ces "raies dans la mer" comme les appellent Manu Chao. Il plonge dans les bas-fonds de Londres pour trouver ces clandestins qui s'accrochent à un pays qui leur donne des coups de pieds. Ils travaillent jour et nuit, se dopent pour rester éveillés et cumuler tous les emplois que les "natifs" ne veulent pas. Il s'évertuent à bien faire sans espérer la moindre reconnaissance qu'un bout de papier qui leur permettra de vivre dans la légalité. Frears fait de ces bourreaux une présence perpetuelle mais invisible. Senay et Okwe fuient des hommes que l'on ne voit presque pas. Le "méchant" plus explicite en revanche, c'est un émigré lui-même qui a trouvé un échapatoire dans une activité illégale. Frears s'indigne, plus que de la légalité, de l'absence de cohésion entre ces hommes à la recherche de la même fin et l'ingratitude de "ceux qui ont réussit" envers leurs successeur. Dirty pretty things, prend aux tripes, n'épargne aucune souffrance. Pourtant ce qui ressort encore et toujours des films de Frears, c'est la pudeur et la grâce anglo-saxonne du traitement de l'histoire. Dans ce film encore, le réalisateur arrive à traiter des sujets les plus graves avec une poésie infinie. Il donne une grande importance à l'histoire d'amour qui germe entre les deux personnages, l'attachement qui se crée dans la difficulté entre les diffèrents protagonistes. Dans un procédé un peu simpliste, Frears s'évertuera à montrer que les anglais les plus tolérants sont loin d'être les plus "fréquentables". Pour cela, il fera apparaitre comme seul personnage anglais une prostituée qui aidera les deux dans un dénouement dantesque.

Tout le film est portée par une vague d'espoir qui met en retrait le pessimisme de Frears sur l'état de la société. Portée par les deux personnages, cette quête d'un Graal bien simple est souvent dramatique, lacrimal mais juste à souhait mais surtout au delà des difficultés un fuite vers l'avant, une conquête difficile mais envisagée avec courage. Les personnages ternissent leur éthique, plonge les mains dans la merde des autres pour réussir et sont prêts à de nombreux sacrifices. En amplifiant ce caractère héroique, Frears montre l'absurdité de la situation: se battre si fort pour quelquechose qui devrait être donné à tout le monde: une identité et une liberté. Dirty Pretty things est sans commune mesure avec tout ce qui a été fait sur le sujet à présent et mêle le socialisme anglais et le thriller poignant. Dans ce mélange périeux, Frears est bien inspiré de rendre les actions minimales, évitant fusillades, course-poursuites effrenées et autre torture passage obligatoire habituellement. Il compte plus sur la présence des acteurs pour faire passer un stress et une inquiétude croissante. A ce petit jeu là Audrey Tautou est surprenant et bien loin d'Amélie et Chiwetel Ejiofor est une découverte impressionante. Ils font face à un Sergi Lopez plus inspiré dans le cynisme que jamais. Avec toutes ces touches ajoutées à un scénario déjà bien impécable, Dirty pretty things a tout du chef d'oeuvre de plus dans la liste des films de Frears et peut-être le film que l'on retiendra le plus de lui. En tout cas, une découverte qui mérite un plus grand succès.

# Posté le samedi 08 septembre 2007 17:20

Modifié le dimanche 09 septembre 2007 12:28

Transformers

Transformers
Titre:Transformers
Réalisateur:Michael Bay
Acteurs:Shia LaBeouf, Megan Fox, Josh Duhamel...
Sortie:2007
Durée:2h15
Genre:Viou, viou, poush, bang, pan, pan, prend ça!
Note:8/20

Histoire:Les Autobots affrontent depuis des siècles les cruels Decepticons qui détruisent les planètes, recherchant leur chef perdu en mission pour trouver un cube aux pouvoirs démoniaques. Au début du XXIème siècle, les deux clans de robots gigantesques découvrent que le cube convoités se trouve sur la planète terre où habite un peuple misérable qui s'appelle les humains. Alors que le Decepticons s'apprêtent à envahir la planète, les gentils Autobots infiltrent la population sous des formes diverses. Dont une vieille voiture de sport que le jeune Sam Witwicky va convoiter pour sa première voiture, afin de séduire la belle Mikaela. Quand les deux adolescents vont découvrir la réalité de la voiture, ils vont se retrouver héros malgré eux d'une guerre qui les dépasse et qui pourrait bien être un bouleversement terrible pour le peuple américain.

Avis:Les cinéphiles aguerris attendent toujours le dernier chef d'oeuvre de Michael Bay avec la plus grande déléctation. Non, il n'y a pas d'erreur dans cette phrase, les cinéphiles sont bel et bien addicted aux block-busters du grand monsieur Bay, en tout cas ceux qui entreprennent d'écrire une petite bafouille après la projection. Et ceux pour la bonne raison qu'il est toujours très très appréciable d'écrire une critique négative voire incendiaire sur un film, ne serait-ce que pour l'exercice de style. Avec Transformers pas de doute, la jouissance sera extrême. Après un The island qui nous avait fait vaguement croire que Michael Bay était capable de plus qu'une moisissure s'accrochant aux nobles racines du septième art, Transformers renoue le temps d'un film avec ses démons putrides et le rammène à son domaine: la putrescence débilitante pour djeuns. Ce que le vieux monsieur (et le dollar) a oublier surtout, c'est qu'il faut à un film un scénario ou en tout cas une histoire et que le dialogue dit "de Luc Besson" (pouf pouf bang bang) n'est pas une franchise séduisante. Ce qu'on a oublié de lui apprendre aussi c'est que jeter de l'argent par les fenêtres c'est pas bien parce que "money doesn't grow on trees" et que user soixante-dix millions pour une bouse de ce type, c'est un pied de nez haissable au petit cinéma de qualité.

Le bref résumé ci-dessus a du vous donner la gerbe... heu le ton: Transformers est un film désuét et puéril. L'idée même de tirer un film d'un jouet vendu à des millions d'exemplaires était en lui-même une bien mauvaise idée et surtout entre les mains de Bay. Le jouet étant en lui-même le sujet du film, il n'y avait par essence plus de place pour le scénario. Comme des jeux d'enfants qui se font des tournois avec leurs robots, Transformers est basé uniquement sur les affrontements entre les deux équipes de robots ultra-perfectionné et innutile de dire que ce n'est pas Michael Bay qui s'en est plaint. N'hésitant pas un seul instant devant la platitude, le réalisateur ultra-lucratif, Picsou du XXIème sicle, fonce droit dans le panneau et néglige le scénario, élément somme toute bien mineur et tout juste bon à servir de carpette sous la caméra de Bay. Les dialogues et l'intrigues se partagent donc entre un teen-movie de bas étage, suivant deux adolescent pré-pubères aux hormones en ébulition qu'on pourrait faire cuire des pattes dedans dans une épopée dont seuls les moins de dix ans osent encore rêver. Le principe du film de super-héros, c'est qu'il véhicule l'envie de vivre une aventure pareil. Qu'on aime ou pas, Indiana Jones donnait envie de prendre un fouet et de partir dans la jungle birman à la recherche du temple maudit. Ici, rien que l'idée de rencontrer ces robots font frémir. Non pas qu'ils soient méchants ou repoussant, il sont même attendrissants, mais qu'ils sont dénués de toute magie et qu'en plus, l'idée de devenir un adolescent comme Sam est un cauchemar intégral. Bay pisse négligement sur toutes les finesses du genre pour ne garder que la base nullissime du film d'action. Il ressasse les mêmes ficelles que dans toute sa filmographie: de l'émotion de bas étage de Pearl harbor ou d'Armageddon à l'humour teen-age de Bad boys premier et deuxième du nom. Les personnages se veulent d'une finesse alors qu'ils sont la base du stéréotype: la blonde bonasse qui a le mérite d'être infomraticienne (ouahou le politiquement incorrect), le black trop lourd, le flic bien méchant et le militaire bien gentil, en passant par la brunette bad-girl et c'est pour ça qu'on la désire. Quand des personnages cons racontent des choses connes, il parait dans la droite lignée que l'on s'emmerde méchement.

Vous me direz, ils ne parlent pas souvent. Oui, mais d'une c'est déjà trop et de deux, c'est pas un argument pour la qualité du film. Parce que du coup, Bay essaye vaguement de se rattacher à ce qu'il sait faire à peu prêt bien: l'action et les effets spéciaux. Alors oui, Michael Bay fait des effets spéciaux décoiffants, les batailles sont époustoufflantes et l'animation des robots est réaliste, et alors. Cela ne fait pas un bon film pour autant. D'abord parce qu'on s'en lasse. Les robots se battent, détruisent tout dans une accumulation lassante. Il faut toujours que Bay exagère. Alors il en fait trop. Il ruine tellement New-York qu'on a du mal à appeler ça une victoire à la fin. On imagine dès lors la ville rasée, les millions de personnes sans domiciles ou mortes étouffées sous des tonnes de férailles ou parties en fumée dans une explosion hiroshimesque et voir les personnages se féliciter apparait comme ignoblement désobligeant. Dans toutes les batailles, le too-much domine enlevant toute invraisemblance au tout. Au delà de ça, le problème majeur vient aussi de la réalisation de Michael Bay en elle-même. Du "toujours plus fort, toujours plus vite, toujours plus loin", Michael Bay ne garde que la partie du milieu. Il multiplie les images à la seconde, faisant le type de réalisation que décrédibilise le joli clipesque. Aujourd'hui, pour les mauvaises langues, un nouvel exemple de la médiocrité du clipesque est né, occultant tout clipesque intelligent et justifié. Michael Bay tire à gros boulets sur une belle franchise et nous inflige un coup dur à notre moral de défenseurs de la pauvre génération MTV. Ce crétin dégénéré et se croyant sénile se raccroche à la jeunesse éternelle en faisant des films de "djeuns" et adopte une mise en scène pseudo-mode qui énerve foncièrement. Dans toutes les batailles, on se perd, seules les couleurs des robots nous permettent vaguement de nous y retrouver. De toute façon, c'est plutôt simple: les noirs c'est les méchants.

En tout point de vue, Transformers fait donc prendre son pied. Non, là encore il n'y a pas de fautes de frappes. J'ai réelement aimé le détruire ce brave opus de la course à la merde de Michael Bay. Il faut tout de même reconnaitre que les trois premiers quart d'heure sont divertissants. Mais deux heures et demi, c'est emmerdant au possible. Vers le milieu, on en vient même à bénir les scènes d'action tellement le blabla nous saoule et véhicule en plus une morale bushienne post-11 Septembre gerbante. Ce qui, vous le conviendrez, reste la cerise sur le gateau, Propagandiste, emmerdant et mal filmé, sans scènario et bel et bien sans acteurs, Transformers aurait mieux fait de rester une franchise de jouets pour enfants, qui eux feront peut-être rêver une génération de gamins.

# Posté le dimanche 09 septembre 2007 12:22

Modifié le samedi 15 septembre 2007 14:40