Créateur:Tim Kring
Acteurs:Milo Ventimeglia, Hayden Panettiere, Masi Oka...
1ère diffusion:2007
Durée:23X40min
Genre:Epopée comics
Note:17/20
Histoire:Aux quatre coins de la planète, et surtout aux Etats-Unis, des hommes et femme de tout âges révèlent des dons extraordinaire, comme l'avait prédit le professeur Suresh, éminent généticien indien. Ces dons plus ou moins embarassants vont transformer brutalement leur quotidien et leur vie même. Mais ils vont aussi découvrir que certaines personnes aimeraient bien avoir leur pouvoir ou les éradiquer de la planète, dont ce mystérieux Sylar ou cette organisation qui kidnappent nos Héros. Ils vont aussi découvrir qu'un pouvoir apporte des responsabilités et qu'il se pourrait que le sort du monde soit entre leurs mains.
Avis:Il est bien connu que les super-héros, ça a la côte. Après avoir colonisé les bande-dessinés en Amérique, s'être attaqué au cinéma avec le succès et la qualité qu'on lui connait, Tim Kring nous livre le nouveau dérivé de la filière: la série super-héros. Sauf qu'ici, non pas un super-héros, ni une bande armée de super-héros mais bien tout plein de "Heroes" dispersés sur la surface de la Terre et qui apprennent à vivre avec leur handicap. On aurait plus craindre le plus beau leurre de cette décénnie avec une série platoune et simplement cruche et commerciale. Mais Tim Kring déroute sur toute la ligne. Au lieu de parler de super-héros à la super-destinée, il se concentre au contraire sur le quotidien de ces personnes et ce qu'un pouvoir peut bouleverser entre eux. Tout au long de la série, même quand l'intrigue "sauver le monde" prendra de l'ampleur, Kring continuera de se concentrer sur le quotidien des héros. Ce qui est donc appréciable avant tout, c'est de voir une véritable et belle encyclopédie vivante de la psychologie du super-héros, renforcée par une intrigue à couper le souffle et des effets spéciaux minimalistes mais superbes. En tout point, Heroes est une série adictive, et on se laisse happer avec délectation.
Un Heroes ça pense énormement. Et avant tout, ça se tourmente énormement sur son sort et sa destinée. Par une palette de personnages hauts en couleurs, attachants drôles et/ou sombres, Tim Kring va développer tous les cas de figure. De Nikki, la femme Hulk qui va refouler son effroyable pouvoir en s'inventant un double, à Hiro qui prend sa destinée très au sérieux et qui comprend un peu trop bien qu'il a une grande responsabilité. De Nathan qui refuse de voir son pouvoir et le cache à Peter qui est embarassé mais ne compte pas l'abandonner. De Claire qui voudrais être normale mais qui a besoin de comprendre ce qui lui arrive à Math qui s'en sert pour amméliorer sa vie privée. Enfin de Sylar qui fait le mal par ambition à Linderman qui les éliminent par racialisme. Tim Kring fait décidement un tableau bien complet qui réunit tout le travail des dessinateurs de comics pour en faire une série des plus complètes et des plus captivante. En effet un héros, c'est d'abord une personne normale qui est obligé de prendre en compte son pouvoir d'une manière ou d'une autre. Il ammène à son propriétaire une responsabilité accrue comme tout autre travail ou obligation de la vie. Un pouvoir, dans un monde en perdition et rempli de gens aux mauvaises attentions, c'est un atout énorme dont l'humanité ne peut pas se passer. A l'échelle d'une ville ou d'une pays (comme ici) ou même de la planète, le héros se doit de protéger ses "semblables" qui n'ont pas la même chance que lui. Où la situation se complique, c'est que même en les sauvant, les gens normaux ont peur d'eux. C'est pourquoi bien souvent, un pouvoir implique un anonymat (Claire) ou une schizophrénie (Nikki) pour continuer à vivre en public sans masque. Parce que tout ce qui est étranger fait peur. Sans aucun éthnocentrisme, c'est une réaction naturelle et humaine que d'avoir une peur de l'étranger (car dans "étranger", il y a "étrange", donc inconnu intriguant et effrayant). Tout le dualisme du héros repose alors sur accepter le regard des autres et devenir un protecteur ou bien rester une personne normale. Mais dans tous les cas, leur destiné leur rattrape toujours. Reste ensuite surtout à choisir son camp. Soit l'on oeuvre pour son interêt personnel et devenir le maitre du monde, soit pour l'interêt d'une communauté pensant qu'on est supèrieur aux autres et que les autres sont négligeables ou néfastes, soir enfin pour le monde où l'on devient alors officiellement un "gentil".
Ce qui transparait dans Heroes, c'est ce travail dantesque sur une psychologie pas si basique que ça et surtout le travail de Tim Kring pour ne pas rendre ça ridicule. Loin des grosses bestioles commerciales qui foutent en l'air une reflexion profonde sur le super-héros (Daredevil pour ne pas citer), Heroes intègre ses données pour en donner sa vision et surtout pour en donner un concentré ébouriffant. Dès lors, Kring s'interdit toute démesure outrancière dans les effets spéciaux, les combats, les course-poursuites et préfère de loin se concentrer sur les personnages et leur relation. Les plus impatients seront donc agacés par la lenteur de la progression. Car Kring crée le paradoxe d'ajouter beaucoup de suspens et de donner les clés au compte gouttes. Il accumule de nombreuses interrogations dès les premiers épisodes et parfois les laissent en plan jusqu'au dixième épisode. Ainsi, le sauvetage de la chairleader qui est évoqué dès le troisième épisode puis repoussé jusqu'au onze ou douzième. Tim Kring évoque toutes les étapes de la prise de conscience, les entrevues agaçantes, les dérives des personnages déroutés dans un ballet passionant et humainement dense. Il opère un virage important sà la mi-saison qui s'inscrit pourtant dans la droite ligne du début. L'intrigue d'espionnage et de guerre politique plus classique prend le relai à un "chronique anthropologique" sans faire de rupture violente. Les révélations s'enchaine, l'issu devient inévitable et les personnages en apparence sans aucun liens se réunissent pour former une bande qui fait étrangement penser à X-men. Heroes est une oeuvre atypique et ultra-référencée qui ne prend pas un parti radical entre série d'action et série "tranche de vie". Tim Kring ingurgite tous les comics et les manga pour en extraire les atouts principaux. On voit s'entremêler Superman (Nathan), Hulk (Nikki), X-men (Linderman)...
En plus et pour parfaire le tout, Heroes réunit des qualités de plus en plus fréquentes dans les séries modernes mais encore très précieuses. De bons acteurs (Hayden Panettiere est devenue l'égérie légitime de tous les critiques français), une réalisation pas anodine et un ton très noir. Car Heroes est bien une série sans conscession, dramatique où seul Hiro arrive à nous arracher des rires francs. Tim Kring nous redonne nos âmes d'enfants où le soir on lisait des vieux épisodes de Spider-man mais entretient aussi nos conscience d'adultes avec un message politique un peu manichéen mais tellement vrai. La perfection de cette première saison nous fait dès lors espérer et craindre une suite qui peut difficilement être aussi bien et regretter une VF médiocre et censurée par nos amis de la première chaîne. On attendra cependant la relève, en larme de cette chute mortifère qui nous fait quitter nos héros la mort dans l'âme. Sensibles s'abstenir.



