Les lois de l'attraction

Les lois de l'attraction
Titre:Les lois de l'attraction
Réalisateur:Roger Avary
Acteurs:James Van Der Beek, Shannyn Sossamon, Ian Somerhalder...
Sortie:2003
Durée:1h46
Genre:Partouze en enfer
Note:16/20

Histoire:A Camden College, au milieu des années quatre-vingt, le campus s'est transfromé peu à peu en un baisodrome sans nom où se trimballe assez de dope pour éradiquer tout les élèphants de la Terre. Au milieu de cela, Sean Bateman, sublime tombeur va tomber amoureux de la vierge et sage Laurent, alors que Paul, homosexuel épanoui tente en vain de draguer Sean. De soirée en soirée, le trio va tomber dans la déliquescence infernal des usages de l'université.

Avis:Roger Avary, en deux long métrages s'est imposé comme l'un des plus talentueux des réalisateur subversivement trash américain. Quand on sait que sa plus grande source d'inspiration sont le livres non moins éprouvants de Bret Easton Ellis, on comprend tout de suite son plan de carrière atypique. D'abord colaborateur intime de Tarantino sur Pulp fiction et Reservoir Dog, il se lance dans la réalisation avec Killin Zoe avant de concrétiser son rêve: adapter Les lois de l'attraction, le plus jusqu'au boutiste des romans de Ellis. Pour les fan du bouquin, ils découvriront un film totalement diffèrent, mais qui restitue l'ambiance et les non-lecteurs trouveront la plus impressionante des descente aux enfers qui vient directement concurrencer des grands titres comme Requiem for a dream, pour ne citer que lui. Vertigineux dans le fond et sublime dans la forme Roger Avary est un nom à suivre.

On crache souvent (dans mes pages en tout cas) sur les mise en scènes clipesques et pompières qui hurlent "regardez-moi je suis impressionante". Roger Avary a réussit à prouver qu'il s'agissait de l'utiliser avec parcimonie mais qu'elle était des plus appréciable. Tout le long, Avary va multiplier les effets de styles délirants pour mieux accompagner les héros dans leur perdition total. A commencer par des superbes split-screens, effet qui depuis Conversation avec une femme ne cesse de me séduire. Avary l'utilise à bon essien, pour montrer le gouffre qu'il y a entre les personnages ou celui qu'il y a entre leur désirs et la réalité. "Personne ne connait personne" conclut Laurent au terme du film, mais ce qui est encore plus vrai, c'est que Personne ne se connait vraiment. Ce qu'Avary, et Ellis avant lui, veut surtout nous montrer, ce sont les montagnes qui séparent ces bestiaux parqués dans un campus moisi et qui croient s'apprécier parce qu'il baise ou parce qu'ils se défoncent ensemble. Ne pouvant s'exprimer normalement, ils trouvent un paliatif pour mieux s'éloigner de la réalité, sombrant dans des enfers profonds. Les lois de l'attraction racontent cet égarement de la jeunesse américaine qui n'a jamais été autant d'actualité, même si l'intrigue se déroule dans les eighties. L'âge rêvé s'apparente en fait à un affreux cauchemar où par peur de l'avenir, les jeunes adultes veulent fuir. En témoigne cette scène détestable où Paul est obligé de faire face à sa mère, créeant un mal-être profond, cette dernière lui renvoyant son futur qu'il voudrait éviter.

Mais tous les effets de style d'Avary n'ont pas autant de signification. Si le split-screen résume tout l'argument du film, le reste de la mise en scène n'ajoute que de la fascination pour ce long-métrage. En témoigne cette virtuosité de la première scène qui laisse sur le cul. Une même fête, racontée par trois voix diffèrentes (comme dans le livre d'Ellis, procédé qu'il utilise tout le long). Avary procède alors à des retours en arrières au sens littéral. Après avoir suivit le destin de Laurent (élu le plus trash de tout le film), Avary rembobine les images, avec de superbes effets. De la fumée expirée qui s'engouffre dans le gorge de l'étudiant, aux boules de billards qui resortent des trous. Le premier quart d'heure est marqué de cet effet délirant et atypique qui met tout de suite dans le bain, Avary allant même à remonter trois saisons en suivant le destin d'une feuille remontant magiquement sur son arbre. Et même quand la caméra se fait plus discrète, on sent toujours ce goût du détail, ce pointillisme qui fait la marque de fabrique du réalisateur. La photo, le montage, tout est parfait à commencer par la musique. De Queen aux Stones, Les lois de l'attraction est un juke-box délicieux qui s'inscrit dans une époque Rock'n'roll. Avary connait bien tous ces grands groupe et sait choisir le bon tube pour densifier son histoire. Ainsi, mettant "Without you" de Harry Nillson sur la plus belle scène de suicide du cinéma (ou presque), Avary s'impose comme un fan de musique, venant concurrencer Tarantino sur son terrain de prédilection.

Ce prédominance de la musique marque bien l'immense respect qu'Avary a pour l'oeuvre originale. L'adaptation qu'il tire d'Ellis est fidèle dans le fond. Elle en restitue l'ambiance, le message profond et les grandes lignes. Le passage à l'écran n'a rien enlevé aux Lois de l'attraction de la force du malaise dans lequel il plonge et du dégout qu'il procure. Avary s'est voulu minutieux et son film transpire l'hommage. Mais c'est encore plus interessant de découvrir les libertés qu'il s'est octroyé, faisant de l'histoire une intrigue totalement diffèrente. C'est le fond qui est restitué mais le scénario renverse les histoires. Avary garde souvent les séquences intactes mais les attribue parfois à d'autres personnages. Ainsi, c'est Sean qui vole 100 ans de solitude à une fille qu'il vient de baiser alors que c'est Paul dans le bouquin. La fête qui est décrite comme l'achèvement de l'année est dans le livre le début. L'esprit est le même mais Avary réecrit le bouquin. Jamais une adaptation s'était permise autant de libertés et il est toujours appréciable voire louable de s'apercevoir que le scénariste a fait un vrai travail artistique plutôt qu'un simple copiste..

Ainsi, on peut agréablement voir puis lire ou inversement Les lois de l'attraction sans avoir l'impression d'un eternel recommencement. Les deux reservent de bonne suprise. Un autre bonne surprise c'est le casting. Les trois acteurs principaux, rares voire jamais vu sont tous impecables et Jessica Biel se déchaine réelement. Profond, choquant, dégoutant mais génial, Les lois de l'attraction est une grande oeuvre atypique et provocante qui est à reservé aux âmes endurcies. Avary donne une belle dimension cinématographique à l'oeuvre d'Ellis, ce que n'avait pas réussit à faire Hollywood avec American psycho. On attendra donc avec la plus grande impatience l'adaptation du même réalisateur de Glamorama, qui s'annonce comme un nouveau chef d'oeuvre.

# Posté le samedi 30 juin 2007 11:45

Modifié le dimanche 01 juillet 2007 06:46

Rivière sans retour

Rivière sans retour
Titre:La rivière sans retour
Réalisateur:Otto Preminger
Acteurs:Maryline Monroe, Robert Mitchum, Rory Calhoun...
Sortie:1946
Durée:1h31
Genre:La belle et la bête sont sur un bateau
Note:14/20

Histoire:Un fermier, Matt dans les grandes plaines du nord de l'Amérique récupère après quelques années son fils, Marc pour qu'il vienne vivre avec lui. Au campement, il rencontre Kay, une chanteuse de saloon maqué avec un joueur de carte qui vient de remporter le gros lot: une propriété au Sud en décedant la rivière. Quelques jours après, Matt et Marc trouvent Kay et son copain sur un radeau en grande difficulté. Ils les recueuillent mais l'ami de Kay les braquent et part avec leur unique cheval et leur fusil. En proie aux indiens belliqueux, ils les trois restants n'ont d'autres choix que de dévaler les rapides sur le radeau et de s'élancer à la poursuite du voleur.

Avis:Rivière sans retour est-il un bon moyen de découvrir Otto Preminger? A cette question, je ne pourrai malheureusement pas répondre. Rivière sans retour est-il un bon moyen de découvrir Maryline Monroe? C'est en tout cas l'un des meilleurs moyens de la voir sortir de son personnages habituel, plutôt coquette et délicieusement craquante. Rivière sans retour est-il un bon moyen de découvrir le western? S'il en existe des meilleurs, il est au moins lourd de sens et peut-être plus délicat que bon nombre d'autres films. Rivière sans retour est un voyage initiatique, comme il y en a eut beaucoup d'autres depuis, mais rares sont ceux qui peuvent prétendre à un tel goût de l'aventure et à une telle épopée romantique. Un bien joli film.

Ce qui est toujours drôle en se replongeant dans de vieux films d'aventures, c'est cet aspect fauché qui ravit ou enerve. Souvent tourné en studio, Rivière sans retour fait partie de ces long-métrages qui ne ce sont pas arrêtés à l'aspect materiel de la chose et qui ont osé le ridicule pour mieux faire rêver. Ainsi, beaucoup de ces scènes sont tournés en studio, avec une rivière dechainée derrière et deux gentils (et chanceux) techniciens qui lancent des seaux d'eau à la figure de nos trois aventuriers en mal avec des rapides. De même, le feu sera miraculeusement lévitant et artificiel. Alors que certains partiront, d'autres rigoleront de ces approximations craquantes. La débrouillardise qui émane de ce film est admirable. On trouve avec le plus grand ces imperfections qui ne font qu'enrichir le film. Otto Preminger réussit presque à magnifier ce manque de technique par une mise en scène admirable, qui ne se prive pas de prises de vues difficiles et qui sait à la fois les minimiser pour des plans plus abordables. La réalisation dans son intégralité est extraordinaire, filmant Maryline avec toujours autant de grandeur. Et elle crève véritablement l'écran. Avec Robert Mitchum, ils s'engagent avec malice dans un film qui ne sera certes pas le film de leur vie mais dans un grand film d'aventure qu'ils prennent grand plaisir à mener bon train. Le couple glamour type des années 50 emmène un film qui aujourd'hui, avec des acteurs contemporains, serait barbant voire nanarisant mais que l'Hollywood des fifties a su rendre quasi immortel.

Après ce n'est qu'un western ou un film d'aventure de plus. Les trois personnages se tapent un rapide de la mort comme on en a plus à Walibi pour notre plus grand plaisir, le tout poursuivi par des indiens sanguinaires et à la poursuite d'un malfra puant. Mais Preminger réussit en plus à le gorger d'une morale aimable et appréciable. Le schéma typique de la belle qui essaye d'apprivoiser la bête marche plutôt bien et ne souffre ici jamais de crétinerie. Servi donc par un casting de luxe, le scénario évolue paisiblement, au fil de l'eau, et les relations s'épaississent dans une émotion sincère. Les deux adultes s'adoptent, mais le petit se trouve aussi une nouvelle maman alors qu'il redécouvre à peine. On passe d'un léger drama à des scènes coquasses, sans être burlesques.

Bref, Rivière sans retour est un film juste et jouissif. Outre une mise en scène sublime, les acteurs sont géniaux et le scénario bien ficelé. On est pas au chef d'oeuvre ni à l'oeuvre majeur, mais juste à un film sans prétention qui fait passer un excellent moment et qui n'est pas vain pour autant.

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 06:52

Modifié le dimanche 01 juillet 2007 13:40

Dexter - Saison 1

Dexter - Saison 1
Titre:Dexter - Saison 1
Réalisateur:Michael Cuesta
Acteurs:Michael C. Hall, Jennifer Carpenter, Julie Benz...
1ère diffusion:2007
Durée:12X50 min
Genre:Le serial killer de serial killer de...
Note:17/20

Histoire:Dexter Morgan est un brillant médecin du service médico-légal de la police de Miami. Expert en tache de sang, il fonctionne à l'intuition et fait part de ses idées à sa soeur Debra qui tente de monter en grade dans la crim' et donc d'apprivoiser LaGuerta, lieutenant rugueux. Mais cet aspect de la vie de Dexter n'est que la surface de sa vie. La nuit, il canalise ses pulsions criminelles en liquidant les tueurs de la ville avec des manières peu orthodoxes et rigoureuse. Un jour, la brigade découvre un corps parfaitement sectionné et vidé de son sang dans une piscine. Pas une trace de sang, pas un défaut. Dexter et toute son équipe ont trouvé un adversaire à leur taille: Le tueur de glace. Mais ce tueur semble s'interesser d'un peu trop près à l'officier Morgan et celui-ci va se faire un plaisir de rentrer dans son jeu sadique.

Avis:Vénérons les américains et qu'ils en profite, c'est la seule fois où ils me veront prosterné à leur genoux. En matière de série télévisée, ce n'est plus un secret, nos voisins outre-atlantique sont les meilleurs. Le magister qu'ils exerce sur ce type d'exercice est si imposant qu'il est presque impossible de rivaliser. Et si quelques contre-exemples existent, ce n'est pas Dexter qui en tiendra lieu. Il y a quelques années, HBO présentait son Six feet under, repoussant les limites de l'humour noir et de l'immoralité, faisant un chef d'oeuvre de la petite boîte. Aujourd'hui, Dexter vient chasser sur leur terrain et même s'il reste en deça de son predecesseur, on peut dire que cette série est un nouveau bijou de cynisme. James Manos Jr, qui a déjà travaillé sur The shield (un bon point), s'embarque dans une plongée abyssale dans la peau d'un serial killer, imposant une théorie loufoque sur le pourquoi du comment de ces tueurs en même temps qu'il fait mener une enquête palpitante à la police surbookée de la ville du vice. Un mélange des genres détonants et une mise en scène sublime bien que "à la mode" pour une pépite, probablement la perle de 2007 en matière de série.

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur la série policière: Dexter met au tapis tous les Experts et autre Cold case. Car en plus d'être plus construit, l'enquête en elle-même révolutionne tout ce qu'on pensait comme basique. Sur 12 épisodes s'étire une affaire macabre, complexe et surtout passionante. Il n'y a pas une seule seconde où l'on décroche de l'intrigue, où l'on peut se dire: déjà-vu. Riche en rebondissements censés et originaux, la traque du Tueur de glace est sans concession et psychologiquement dense. Si le postulat de base laisse froid dans les deux premiers épisodes, la relation qui se crée entre le meurtrier et Dexter devient vite passionante et haletant. Pour James Manos Jr, c'est l'occasion de vraiment s'infiltrer dans la peau d'un serial killer et de montrer ces raisons. Et même si l'on croit pendant un moment que la morale qui s'en dégage est le traditionnel héroisme américain, c'est en fait beaucoup plus dense que cela. Dexter, homme sans sentiment et solitaire, a des pulsions incontrolables qu'il est obligé de canaliser. Alors il tue des serial killer plutôt que de tuer des innocents. Mais ce n'est pas pour autant qu'il justifie ses actes: il est barbare et vrai meurtrier et ses "bonnes" actions ne le sauve pas pour autant. Manos n'en reste pas au postulat de base, il va plus loin dans la cruauté, dans l'analyse. Bien sûr, il y a quelques aspects moralisateurs. Mais finalement, il les transforme peu à peu pour les rendre interessant et ne se laisse jamais prendre à son propre jeu: faire un plaidoyer pour une violence, ni pour les valeurs américaines, patriotiques... Dexter est un véritable pied de nez à toute cette imagerie nauséabonde qui rassure sur la bonne santé des cinéastes américains comme Six feet under le faisait.

De Six feet under, on retrouve aussi l'acteur principal: Michael C. Hall. Ancien fils à papa homosexuel, il est aujourd'hui un tueur en série sexy et loin de l'image classique. Par un charisme incroyable, il rend Dexter aussi sympathique que detestable, ne tranchant jamais entre les deux interprétations. Si le reste du casting est aussi parfait (la soeur et la petite amie sont éblouissantes à condition de le regarder en VO bien sûr), c'est lui qui crève l'écran véritablement, s'imposant comme une valeur sur du petit écran. En revanche, Dexter a une mise en scène beaucoup plus moderne que Six feet mais tout aussi belle. Le soleil de Miami contraste avec la noirceur du propos et Michael Cuesta donne à la série une photographie étrange presque irréelle. Parfois réaliste et des fois beaucoup plus lumineuse et pale. Si elle est difficile à décrire, elle n'en est pas moins sublime et impose à la série un style appréciable. Miami prend vie devant la caméra, accompagné par une musique latino sympathique, et devient un personnage à part entière.

Pour finir, on ne peut pas aborder Dexter sans parler de son incroyable générique qui relève autant du génie que du dégoût. Récit d'un réveil, avec toutes les allusions au meurtre qu'il y a avec, ce générique est vomitif et jouissif. Le ketchup devient du sang, la viande glacée donne la nausée et l'agrume coupée au couteau devient de la chair fraiche. Enfin, le T-shirt passé sur la tête devient un bout de tissu étouffant. Cette séquence résume tout l'esprit de la série. Dexter est un bijou d'humour noir que montre la vie d'un sérial killer avec autant de profondeur que de malice. A la fin de la série, on est étrangement partagé entre le désir qu'elle s'arrête ici pour ne pas gâcher cette si belle saison et l'envie d'une suite pour rester encore avec ces personnages si attachants.

# Posté le lundi 02 juillet 2007 02:54

Modifié le lundi 02 juillet 2007 05:13

A bittersweet life

A bittersweet life
Titre:A bittersweet life
Réalisateur:Kim Jee-Woon
Acteurs:Byung-hun Lee, Shin Min-a, Kim Young-Cheol...
Sortie:2006
Durée:1h55
Genre:Murder party
Note:16/20

Histoire:Quand Kang part en voyage à Shangai, Sun Woo est chargé de surveiller sa très jeune maitresse qu'il soupçonne de sortir avec un autre. Mais Sun, cet homme si dévoué et cruel, va tomber amoureux de la jeune Hee Su et va la couvrir, elle et son copain, au risque de perdre la vie. Quand Kang revient et qu'il découvre la malversation, Sun Woo devient l'homme à abattre et est livré aux pires atrocités. S'il survit, sa vengeance sera sa seule raison de vivre.

Avis:La notoriété de Séoul n'est plus à faire, mais Bittersweet life vient encore la renforcer. Depuis quelques années, le Corée du Sud nous donne nos plus beaux frissons aux cinéma, avec des films aussi géniaux que diffèrent. Le nouveau film de Kim Jee-woon, qui nous a déjà livré l'insupportable mais génialissime Deux soeurs, remarqué à Cannes, est une petite merveille du film de mafia. L'Asie vient marcher sur les plates-bandes d'Holllywood et grignote peu à peu le leader-ship de l'Amérique, avec une qualité de plus en plus éblouissante. A bittersweet life révolutionne le film de genre, avec une technicité et une émotion non négligeable. Son principal défaut sera dès lors les réfèrences trop envahissantes et un peu génantes. Pour le reste, aucune vagues à l'horizon.

Un bon film coréen commence de plus en plus par une bonne bande-originale. De ce point de vue là, A bittersweet life rentre tout de suite dans nos coeurs. La douce musique romantique envahit peu à peu l'espace sonore dès les premiers instants et restera quasiment omniprésente tout le long du film. Elle accompagne Sun dans son périple, sa quête de vangeance et d'amour et devient un personnage à part entière. Comme Park Chan-wook avant lui, Kim Jee-woon s'impose comme un réalisateur de l'ouie. Outre donc des musiques lechés et à propos, où le punch d'une trompette accompagne les scènes violentes et où un doux violons teinte de mélancolie les séquences psychologiques ou amoureuses, tous les sons sont importants, dosés. Des bruits des balles qui fusent aux voix, Kim Jee-woon crée un espace sonore presqu'irréel. Il contraste grandement avec la mise en scène si belle mais au contraire emprunt au réalisme le plus total. Là où la poèsie nait du féerique dans nos oreilles, elle nait de la noirceur monotone d'une ville délabrée dans les images. Mais il y a toujours soit cette violence soit cette mélancolie qui émerge d'une mise en scène. Kim Jee-woon filme les bas-fond de Séoul avec la plus grande classe et le plus grand esthétisme. L'hôtel, lieu majeur de l'intrigue montre l'apparente richesse mais très vite, la réalisation préfère montrer le réalité de mafieuse: la crasse et la pluie. Le travail de Jee-Woon relève de l'ofèvrerie, tant au niveau de la photographie que du montage. Dans les discussions calmes et platoniques comme dans les scènes de baston, Jee-Woon garde toujours ce regard organique sur ces personnages. Mais ce sont véritablement les scènes brutales qui révèlent le vrai talent du réalisateur. Des combats à mains armés de la première heure, on gardera ce réalisme, la globalité nette de la scène que Jee-Woon donne de la bataille entière. La caméra ne se perd pas dans une mêlée incompréhensible et garde ses distances tout en donnant du relief à la séquence. Puis viennent les gunfights qui ont fait la renommé du film. Là encore la globalité, montre les moindres détails sanglants des séquences. Le rythme est là mais la mise en scène ne tombe jamais dans la clip survolté, préfèrant la sérénité. L'esthétisme des balles qui fusent, des décors qui tombent en ruine et des taches de sang qui s'éparpillent est incontestable. Des taches de sang naissent une poésie incroyable, transformant la violence en art. Les flaques se transforment peu à peu en d'énormes fleurs rouges resplendissantes.

Mais étrangement, c'est aussi par la réalisation que le film chute un peu. Si Bittersweet life n'est pas parfait, c'est parce que Jee-Woon a des idoles, mais qu'il le montre un peu trop. L'histoire ne souffre d'aucune ressemblance. L'histoire d'amour comme celle de mafia, bien que souvent ressemblante à d'autre, trouve son originalité dans un rythme, une poésie et une grande violence. En revanche, l'esthètisme est très emprunt à certains réalisateurs et certains chef d'oeuvre, à commencer par Park Chan Wook justement. La scène finale et surtout les décors de l'hôtel sont très marqués par le style Old boy mais souvent en moins bon. La salle hyper moderne en haut d'un immeuble, avec des chemins, des lumières au sols et surtout des bassins tout autour est presque copié/collé sur ce film. Si Jee woon en faisait une autre utilisation, cette ressemblance n'aurait pas été gênante. Mais ici, on retrouve la même symbolique et presque les mêmes déplacements. A Old boy, A bittersweet life emprunte aussi les combats dans les longs couloirs où la caméra affranchit tous les murs pour se place, mais cette réfèrence est elle plutôt bien digérée. On semble aussi parfois reconnaitre un hommage au grand Tarantino, dans la façon d'écrire. Toutes ces réfèrences auraient pu donner un point d'honneur au film, mais ici, elles semblent bien mal digérées. Si cette idée ne nous effleurt que légèrement pendant la visionnage, le souvenir laissé sera terni par ce défaut.

Cependant, le scénario lui aussi impecable répare toutes les bêtises du réalisateur, nous transportant dans une épopée lyrique et violente incroyable. L'originalité de la trame de fond n'est pas le plus grand atout du film mais c'est la façon de le traiter. Comme les westerns, les films de vengeances se distinguent par leur ambiance. Ici, on a un mélange d'humour très noir, d'amour très rose et de violence très rouge qui donne un relief passionant à ces deux heures. Des scènes comme la vente d'arme font éclater de rire sans aucune retenue, mais c'est souvent pour retomber bien plus vite dans la poisse de l'intrigue. Cette histoire d'amour impossible se mêle très bien à la vengeance de Sun, qui enchaine torture originale (l'enterrement à la texane à Séoul, il fallait oser) et baston ahurissante dans un plaisir jouissif. Ce film profite aussi d'un casting parfait mené tambour batant par le grand et jeune Byung-hun Lee, trop rare encore sur nos écrans.

A bittersweet life rejoint donc le panthéon des grands films de baston comme celui des grands films de vengeance. A côté de Kill bill et de bien d'autres, le film de Kim Jee-Woon n'a aucune raison de rougir. Et si les réfèrences sont maladroites, on passera facilement outre pour profiter des mélanges de genre bien maniés qui s'entrechoquent dans le film, créeant une osmose pessimiste et poétique à la fois.

# Posté le jeudi 05 juillet 2007 05:58

Modifié le jeudi 05 juillet 2007 07:59

Man on fire

Man on fire
Titre:Man on fire
Réalisateur:Tony Scott
Acteurs:Denzel Washington, Dakota Fanning, Christopher Walken...
Sortie:2004
Durée:2h22
Genre:Sous le soleil de Mexico
Note:11/20

Histoire:Alors qu'à Mexico sévit une grande vague d'enlèvement de personnes des familles riches de la ville, John Creasy se rend au Texas pour revoir son vieil ami Rayburn. Il est un ancien memebre de la CIA devenu alcoolique et en perdition depuis un moment. Rayburn va alors lui proposer de reprendre du service en devenant garde du corps à Mexico. Il accepte et se voit attaché à la famille Ramos et en particulier à la petite fille Pita Ramos. S'il n'est au début qu'un grincheu chauffeur, il va peu à peu devenir très lié à cette petite fille à qui il va apprendre à nager. Mais un jour, alors qu'elle sort de sa leçon de piano, elle est enlevée sous ses yeux par une bande de mafieux et lui est criblé de balles. Dès qu'il revient à la vie, il n'a plus qu'un seul but: la retrouver et faire payer les coupables.

Avis:On avait laissé Tony Scott en pleine remonté après quelques longs catastrophiques. Après Ennemi d'état, sympathique thriller, le réalisateur survoltée nous avait livré Spy games, probablement son unique film mémorables. Malheureusement, Man on fire n'a pas poursuivi la remontée fantastique dans nos estimes de cette petite frappe hollywoodiennes. Allant plus loin dans l'esthétique survoltée, Scott réussit en deux heures vingt non seulement à nous faire chier mais aussi à nous faire mal aux yeux. Quand le cinéma nuit gravement à la santé, on tire la sonnette d'alarme. Tony Scott ne nous détruit pas entièrement, mais Man on fire est un film hautement explosif à consommer avec la plus grande modération, et surtout à déconseiller aux épileptiques.

Les dix premières minutes nous hurlent de nous arrêter tant qu'il est encore tant. Si certains réalisateur attendent une mise en place pour déclencher leur action, Tony Scott lui, sans aucune vergogne, nous balance du mouvement incompréhensible en bloc dès la première images. Les plans ne durent pas plus de deux ou trois secondes, des flash blancs assurent les transitions aussi soudaines que les images, les couleurs sont ultra-saturées, les images se dédoublent et... Nine inch nails surgit à fond les ballons. C'est bien simple, il est quasiment impossible de comprendre ce qui se passe et on commence à décrocher, à desesperer quand le générique calme un peu le jeu. Mais la transition est tellement brutale que l'on croit pendant un moment qu'on est passé à un autre film, que la bobine a disjoncté. Tout le film sera sous le signe perpetuel de l'indécision. Conscient des limites que représente sa réalisation ultra-musclée, Tony Scott dansera toujours entre platitude et hyper-activité, sans jamais réussir à trouver un juste milieu. Très vite, ce fossé se fera démonstratif, avec d'un côté les scènes calmes avec Enya et d'autre côté la violence avec Nine inch nails. Tony Scott, dans une méthode digne d'un amateurisme le plus complet, va nous économiser pendant les (longues) séquences d'émotion pour nous épuiser jusqu'à saturation. On ne peut pas dire pourtant que Scott soit un arriviste hollywoodiens mais il renoue avec ses vieux démons, se retrouvant une deuxième jeunesse avec tous les défauts que cela comporte. Pourtant, on ne peut pas dire que l'esprit de cette mise en scène clipesque soit mauvaise dans l'absolu. La photographie est d'ailleurs le plus gros point fort du film, avec Dakota Fanning et Denzel Washington. Mais c'est en épuisant un filon fragile que Scott nous épuise plus qu'il nous ravi. Quand Tony Scott plonge d'ailleurs dans l'excitation complète et maitrisée dans une deuxième partie plus violente, on accroche très vite à son procédé. Mais c'est la première partie, où Scott ne veut pas renier sa marque de fabrique et en même temps veut la mesurer, qu'il nous lasse.

Il faut dire aussi qu'il n'est pas aidé par un scénario faiblard. Malgré toute la bonne volonté des deux acteurs principaux (Dakota Fanning, avec une facilité déconcertante, éclipse totalement Washington sous le joug de ses deux grands yeux bleu). Le principe de base pouvait âtre pourtant prometteu: deux acteur géniaux qui jouent la petite fille sympathique et le gros nounours à bon fond et complètement in love. On y croyait fort. Mais peu à peu, leur relation plonge dans une banalité qui embourbe tout le rythme. Au lieu de sincérité, Scott en rajoute et tartine le tout de bonnes intentions et... d'une morale pudibonde. En dehors du dépassement de soi, de la promotion au mérite, Man on fire comporte surtout une logique coloniale américaine relativement puante. Alors oui, sous pretexte de l'histoire vraie, Scott est inattaquable sur ce point s'il dit que c'est la réalité. Mais tout de même, la supériorité américaine sur les mexicain, la façon du scénario de le mettre en victime pure de la mafia mexicaine, tout cela est bien trop accentué pour être encore réaliste. Pour le reste, ce n'est qu'un film d'action de plus. Bien ficelé, quoi que faiblard par moments, mais qui reste le niveau moyen de la violence et du film commercial. On ne passe pas un mauvais moment et les scènes de tortures sont plutôt bien ficelées et plutôt jouissives (les doigts coupés au fusil à pompe à bout portant, hum que du bonheur). Et la dramaturgie du dénouement, comme tous les passages larmoyants, sont eux aussi accentués au point que même l'ultime scène ne nous procure aucune émotion, tout au juste un petit pincement au coeur devant les larmes plus grosses que ces yeux de Dakota Fanning.

Cette gamine est décidement la crème de la jeunesse hollywoodienne. Après De Niro et Cruise, elle s'attaque à Denzel Washington et le réduit en cendre. Impertinente et sincère, à l'aplomb incroyable et aux larmes faciles. Elle n'entre en aucun cas dans cette génération bébé spectacle (Jordy...) mais s'impose comme une actrice à part entière. Man on fire aura au moins le mérite de nous faire rencontrer à nouveau cette petite émouvant. Pour le reste, on passera un bon moment un peu fatiguant mais rien de bien extraordinaire. Le film moyen par excellence. On attend toujours l'âge de raison de Tony Scott.

# Posté le jeudi 05 juillet 2007 12:04

Modifié le vendredi 06 juillet 2007 03:25