Réalisateur:Roger Avary
Acteurs:James Van Der Beek, Shannyn Sossamon, Ian Somerhalder...
Sortie:2003
Durée:1h46
Genre:Partouze en enfer
Note:16/20
Histoire:A Camden College, au milieu des années quatre-vingt, le campus s'est transfromé peu à peu en un baisodrome sans nom où se trimballe assez de dope pour éradiquer tout les élèphants de la Terre. Au milieu de cela, Sean Bateman, sublime tombeur va tomber amoureux de la vierge et sage Laurent, alors que Paul, homosexuel épanoui tente en vain de draguer Sean. De soirée en soirée, le trio va tomber dans la déliquescence infernal des usages de l'université.
Avis:Roger Avary, en deux long métrages s'est imposé comme l'un des plus talentueux des réalisateur subversivement trash américain. Quand on sait que sa plus grande source d'inspiration sont le livres non moins éprouvants de Bret Easton Ellis, on comprend tout de suite son plan de carrière atypique. D'abord colaborateur intime de Tarantino sur Pulp fiction et Reservoir Dog, il se lance dans la réalisation avec Killin Zoe avant de concrétiser son rêve: adapter Les lois de l'attraction, le plus jusqu'au boutiste des romans de Ellis. Pour les fan du bouquin, ils découvriront un film totalement diffèrent, mais qui restitue l'ambiance et les non-lecteurs trouveront la plus impressionante des descente aux enfers qui vient directement concurrencer des grands titres comme Requiem for a dream, pour ne citer que lui. Vertigineux dans le fond et sublime dans la forme Roger Avary est un nom à suivre.
On crache souvent (dans mes pages en tout cas) sur les mise en scènes clipesques et pompières qui hurlent "regardez-moi je suis impressionante". Roger Avary a réussit à prouver qu'il s'agissait de l'utiliser avec parcimonie mais qu'elle était des plus appréciable. Tout le long, Avary va multiplier les effets de styles délirants pour mieux accompagner les héros dans leur perdition total. A commencer par des superbes split-screens, effet qui depuis Conversation avec une femme ne cesse de me séduire. Avary l'utilise à bon essien, pour montrer le gouffre qu'il y a entre les personnages ou celui qu'il y a entre leur désirs et la réalité. "Personne ne connait personne" conclut Laurent au terme du film, mais ce qui est encore plus vrai, c'est que Personne ne se connait vraiment. Ce qu'Avary, et Ellis avant lui, veut surtout nous montrer, ce sont les montagnes qui séparent ces bestiaux parqués dans un campus moisi et qui croient s'apprécier parce qu'il baise ou parce qu'ils se défoncent ensemble. Ne pouvant s'exprimer normalement, ils trouvent un paliatif pour mieux s'éloigner de la réalité, sombrant dans des enfers profonds. Les lois de l'attraction racontent cet égarement de la jeunesse américaine qui n'a jamais été autant d'actualité, même si l'intrigue se déroule dans les eighties. L'âge rêvé s'apparente en fait à un affreux cauchemar où par peur de l'avenir, les jeunes adultes veulent fuir. En témoigne cette scène détestable où Paul est obligé de faire face à sa mère, créeant un mal-être profond, cette dernière lui renvoyant son futur qu'il voudrait éviter.
Mais tous les effets de style d'Avary n'ont pas autant de signification. Si le split-screen résume tout l'argument du film, le reste de la mise en scène n'ajoute que de la fascination pour ce long-métrage. En témoigne cette virtuosité de la première scène qui laisse sur le cul. Une même fête, racontée par trois voix diffèrentes (comme dans le livre d'Ellis, procédé qu'il utilise tout le long). Avary procède alors à des retours en arrières au sens littéral. Après avoir suivit le destin de Laurent (élu le plus trash de tout le film), Avary rembobine les images, avec de superbes effets. De la fumée expirée qui s'engouffre dans le gorge de l'étudiant, aux boules de billards qui resortent des trous. Le premier quart d'heure est marqué de cet effet délirant et atypique qui met tout de suite dans le bain, Avary allant même à remonter trois saisons en suivant le destin d'une feuille remontant magiquement sur son arbre. Et même quand la caméra se fait plus discrète, on sent toujours ce goût du détail, ce pointillisme qui fait la marque de fabrique du réalisateur. La photo, le montage, tout est parfait à commencer par la musique. De Queen aux Stones, Les lois de l'attraction est un juke-box délicieux qui s'inscrit dans une époque Rock'n'roll. Avary connait bien tous ces grands groupe et sait choisir le bon tube pour densifier son histoire. Ainsi, mettant "Without you" de Harry Nillson sur la plus belle scène de suicide du cinéma (ou presque), Avary s'impose comme un fan de musique, venant concurrencer Tarantino sur son terrain de prédilection.
Ce prédominance de la musique marque bien l'immense respect qu'Avary a pour l'oeuvre originale. L'adaptation qu'il tire d'Ellis est fidèle dans le fond. Elle en restitue l'ambiance, le message profond et les grandes lignes. Le passage à l'écran n'a rien enlevé aux Lois de l'attraction de la force du malaise dans lequel il plonge et du dégout qu'il procure. Avary s'est voulu minutieux et son film transpire l'hommage. Mais c'est encore plus interessant de découvrir les libertés qu'il s'est octroyé, faisant de l'histoire une intrigue totalement diffèrente. C'est le fond qui est restitué mais le scénario renverse les histoires. Avary garde souvent les séquences intactes mais les attribue parfois à d'autres personnages. Ainsi, c'est Sean qui vole 100 ans de solitude à une fille qu'il vient de baiser alors que c'est Paul dans le bouquin. La fête qui est décrite comme l'achèvement de l'année est dans le livre le début. L'esprit est le même mais Avary réecrit le bouquin. Jamais une adaptation s'était permise autant de libertés et il est toujours appréciable voire louable de s'apercevoir que le scénariste a fait un vrai travail artistique plutôt qu'un simple copiste..
Ainsi, on peut agréablement voir puis lire ou inversement Les lois de l'attraction sans avoir l'impression d'un eternel recommencement. Les deux reservent de bonne suprise. Un autre bonne surprise c'est le casting. Les trois acteurs principaux, rares voire jamais vu sont tous impecables et Jessica Biel se déchaine réelement. Profond, choquant, dégoutant mais génial, Les lois de l'attraction est une grande oeuvre atypique et provocante qui est à reservé aux âmes endurcies. Avary donne une belle dimension cinématographique à l'oeuvre d'Ellis, ce que n'avait pas réussit à faire Hollywood avec American psycho. On attendra donc avec la plus grande impatience l'adaptation du même réalisateur de Glamorama, qui s'annonce comme un nouveau chef d'oeuvre.



