Le juge et l'assassin

Le juge et l'assassin
Titre:Le juge et l'assassin
Réalisateur:Bertrand Tavernier
Acteurs:Michel Galabru, Philippe Noiret, Jean-Claude Brialy...
Sortie:1976
Durée:2h
Genre:L'international anarchiste
Note:18/20

Histoire:Bouvier, amoureux fou d'une jeune paysanne, Louise, part sur les routes le jour où elle le repousse à jamais. Après avoir tiré sur elle et sur lui après sans succès, il vagabonde de Lourdes jusqu'au Nord de la Françe, tuant des bergères après les avoir violement violées. Le juge Rousseau le recherche voyant là l'occasion de dorer sa carrière d'une légion d'honneur. Quand il l'arrête enfin lors d'une batu, une longue bataille s'engage pour lui tirer des aveux et prouver qu'il était conscience. Cette affaire devient vite un débat nationale, éclipsant l'affaire Dreyfus et sa ré-habilitation.

Avis:La période dreyfusarde (fin du XIXème) est une époque de l'histoire française que le cinéma français n'a presque pas abordé à cause entre autre de l'effroyable actualité de cette affaire. Bertrand Tavernier, lui, en a tiré l'un de ses plus beaux films, installant cette histoire judiciaire, policière et humaine dans ce contexte houleux. Il mélange cela à un arrière-plan de réveil des classes populaires et ouvrières pour faire Le juge et l'assassin, une petit bijou de poésie et d'engagement. Film profondément engagé, Le juge et l'assassin est aussi un poésie anarchiste comme Ferré aurait pu le faire, composée pour trois virtuoses du cinéma: Galabru, Noiret et Brialy, sans compter la petite débutante Isabelle Huppert, déjà bouleversante.

Sur l'affiche du Juge et de l'assassin, Galabru est dans un carré rouge tandis que Noiret, face à lui se trouve dans un carré bleu. Tavernier résume en un simple montage tout le message de son film. Le juge et le prisonnier parler de lutte des classes, de lutte des partis et revendique clairement son engagement politique. Sans souffir d'un manichéisme trop dérangeant, l'histoire donne raison à Bouvier, sans excuser pour autant ses crimes, et montre le juge comme un manipulateur égocentrique et ambitieux. Inversant avec une malice incroyable le paysage classique des affaires judiciaires où le gentil avocat met sous les cachots le méchant tueur, Tavernier augmente l'enjeu de cette confrontation avec une mise à mort comme issue. Dès lors, toutes les confrontations juge/assassin prennent un ton malsain, où Rousseau joue une partition mielleuse, fausse, horriblement sympathique. A ce jeu là, le premier entretien entre les deux hommes, où le juge fait semblant d'être passionné par les vagabonds qu'il a en horreur, est sans doute la plus significative mais aussi la plus poignante. Le scénario détaille en deux heures un étau implacable qui se ressert peu à peu sur une victime sans défense car démente et éperduement amoureuse. Erreurs judiciaires et manipulations sont dépecés par le point de vue de Tavernier qui met dans son film toute sa haine, toute sa conviction. Et au delà de l'affrontement juge/prisonnier, Tavernier parle de lutte des classes, d'éveil d'une population ouvrière face à une élite qui ne compte pas se laisser submergé et préfèrera mourir plutôt que de subir l'égalité avec les ouvriers. Le personnage de Brialy est d'une effroyable réalité sur cette question et la relation entre Rousseau et sa maitresse paysanne rend flagrant ce conflit entre autre dans une scène de "viol" insoutenable.

Ce parti-pris politique n'empeche pas Tavernier de faire un film poétique et artistique avant d'être engagé. D'ailleurs pas avant mais en même temps. Tavernier rejoint Aragon, Ferré dans le mélange de message anarchiste et de littérature sublime. Toutes les lettres écrites par Bouvier à Louise, sans jamais que lui revienne de réponse et qui rythment le film en voix-off sont d'une sincérité, d'un lyrisme grandiose et boulversant. Il ponctuent aussi son récit de chansons pour lesquelles il fait appel à Philippe Sarde pour composer et à pour interpréter, chanteur anarchiste. Le tout forme un récit vif, vivant et poignant aux personnages fouillés et à la profondeur incroyable. Bertrand Tavernier filme ça avec une délicatesse, une simplicité touchante. Il fait parcourir à Bouvier les paysages tourtueux de l'Ardèche, en en faisant presque un paysage bucolique qui se mélange plutôt bien avec la violence dont fait preuve Bouvier.

Il compte surtout sur ses acteurs pour finir de parfaire ce chef d'oeuvre. Et il s'entoure plutôt bien. A l'heure où l'on commémore la mort de Jean-Claude Brialy, il est étonnant de se souvenir de sa prestation cruelle de dandy bourgeois, dédaigneux et raciste. Quand il sort "quitte à choisir, j'ai préférer l'antisémitisme, parce que c'est à la mode" il se passe bien d'avoir un opinion sur ce qu'il dit, de juger son personnage et sa franchise est d'un cynisme rare. Revoir Philippe Noiret est toujours un excellent rendez-vous. Dans Le juge et le prisonnier, il explore un palette qu'il a rarement montré: la méchanceté, la mesquinerie. Habituellement plus papa gâteau que cynique, il est ici un juge implacable, ambitieux, détestable en tout point et pourtant, attachant. Dans la catégorie disparu, Michel Galabru fait lui aussi plaisir à voir. Pour la génération pour qui ce n'est qu'un homme bedonnant et habitué aux mauvais film (j'en faisais parti), le voir dans une déchainement anarchique et un folie douce exceller par sa force, sa démence est une vraie surprise. Il domine le film à lui tout seul, mettant Noiret dans l'ombre totale face à sa perfection. Au milieu de toutes ces têtes d'affiches dinosaures du cinéma, Isabelle Huppert fait ses débuts par la grande porte, en paysanne soumise et afublé d'un amant ingrat et d'une fille victime de démense que les freudiens affublent de pulsions sexuelles refoulées...

Tavernier signe donc un film parfait en tout point, d'un lyrisme anarchiste qui peut paraitre désué et dépassé mais qui reste d'une force incroyable. Cynique et engagé, le scénario est une fresque historique autant qu'une fable nostalgique sur la révolte. Quand Tavernier signe un finale époustoufflant où les ouvriers menés par une Isabelle Huppert convaincue tiennent tête aux militaires au péril de leur vie, on sent cette force et l'immense respect que le réalisateur a pour les sacrifiés pour les droits de l'homme.

# Posté le dimanche 03 juin 2007 14:27

Modifié le mardi 05 juin 2007 05:19

Les arnaqueurs

Les arnaqueurs
Titre:Les arnaqueurs
Réalisateur:Stephen Frears
Acteurs:John Cusack, Anjelica Huston, Annette Bening...
Sortie:1991
Durée:1h46
Genre:Moeurs et sexualité de l'arnaqueur
Note:15/20

Histoire:Roy et Myra sont ensemble depuis quelques mois mais se cachent la plupart de leurs activités. Ils sont tous les deux de petites frappes. Roy essaye de se reconvertir après avoir mené une carrière d'escroc habile et Myra use de ses charmes pour plumer des pigeons mais cherche un nouveau partenaire. L'arrivée de Lilly, jeune mère de Roy et escroc sur les champs de courses, va bouleverser la bonne santé du couple surtout quand Myra va s'aperçevoir que la relation entre Roy et Lilly est peut-être un peu plus que familiale. Chacun avec leurs problèmes, ils vont essayer de s'en sortir.

Avis:Quand Frears se sent comme une envie d'exotisme, il s'expatrie de sa profonde et charmante angleterre vers des destinations paradisiaque. Après un détours par les méandres amoureux de la Françe du XIXème siècle, le réalisateur so british traverse l'Atlantique pour signer son seul film américain (à ce jour) avec des acteurs fucking américains. Cela donne Les arnaqueurs, adaptation malsaine du roman éponyme. Adieu l'imagerie pluvieuse de Londres, Frears se fait accueuillir à bras ouverts par monseigneur Scorsese en Californie où les personnages troquent leur parapluie contre des lunettes de soleil. Si la trame reste classique, le charme élégant de l'anglais colle à la peau de ces petites frappes et prend une dimension bien plus importante quand l'inceste malsain s'emmele. Un drame atypique porté par une Anjelica Huston décapante.

Frears n'est pas un homme compliqué et nationaliste: où il va, il s'adapte à la culture locale. Il troque donc ici les taxi londonien pour les grosses bagnoles américaines, filant à perdre haleine sur les routes droites et sous le soleil chaud de la californie. Le dollar emplit les images et les petites frappes n'ont plus aucune distinction. Ils sont pervers, minables, fragiles et grossiers. Le sexe devient plus bestiale et l'image que Frears en donne perd sa pudeur anglaise. Annette Bening expose ses obus sans aucune gêne et Anjelica Huston fait couler le sang sans que le réalisateur détourne son objectif. L'influence de Scorsese aidant, le réalisateur anglais se met au goût de la Sun belt et s'imerge avec la plus grande passion dans un style bien loin du siens. Les lieux, les costumes, les situations, tout est d'une signification claire: le motel, les planques plus ou moins discrètes, les robes serrées et les lunettes de soleil qui font aussi masque de plongé, Stephen Frears s'amuse avec délice à exposer sa vision du cinéma mafieux américains. Un exercice de style délicieux aux sous-entendus clairs. Hommage et critique cynique, Frears donne dans le typique, le connoté pour mieux assumer un genre nouveau pour lui. Ce qui ne l'empêche pas de garder sa grâce et sa mise en scène si particulière, si lisse et si élégante. Frears ne va pas chercher dans la fantaisie, même s'il s'autorise un petit split-screen en guise d'ouverture, et préfère rester sobre et efficace. Quoi qu'il se passe dans son plan, le cadre reste la plupart du temps mobile et laisse faire les reste pour lui.

A partir de là, il raconte une sordide histoire d'arnaque qui va virer étrangement et assez malsainement au drame amoureux. Tout commence avec l'arrivée d'une créature de rêve qui s'appelle Lilly et qui s'imisce de nouveau dans la vie de son fils Roy et de sa copine du moment, la vénale Myra. Ils étaient trois petites frappes sans grande importance et indépendants et il suffit d'une nouvelle rencontre, d'un "bonjour" pour qu'une mécanique embarquent nos trois personnages dans la jalousie et dans le drame. L'intrigue "policière" est d'une banalité non-déplaisante mais c'est le rythme lent, lourd et pourtant si palpitant qui va faire des Arnaqueurs un film d'exception. A la fugacité de Scorsese, Frears préfère le calme et la tempête intèrieure. L'action est donc rare, les quelques scènes qui bougent sont racontées par les personnages (le récit que Myra fait de sa vie passée) et pourtant, il y a une activité invisible qui fait qu'on ne s'ennui pas une seule seconde dans ce film. L'histoire passe toute droite, avec un passage émouvant dans l'inceste et la jalousie, pour finir dans une conclusion sanguinolente où Frears nous hurle "l'homme est plus fort seul, ainsi il ne peut pas faire de mal". Polar plapitant, comédie dramatique, Les arnaqueurs est tout à la fois, dans un mélange savoureux.

Ajoutez à cela un trio d'acteur extraordinaire. Anjelica Huston, mante religieuse et quadra sexy est parfaite et domine réelement tout le film avec son charme et son intensité. John Cusack, prisonnier de deux femmes auquel il tient signe l'un de ses premiers succès et Annette Bening, qui pourtant écopait du mauvais rôle, reste sympathique derrière son caractère de chienne enragée. Tout ce beau monde s'active pendant tout le film pour nous faire passer un excellent moment. Peut-être pas le plus beau que nous ait donné Frears, mais un film original, diffèrent, distrayant et pourtant d'une profondeur non dissimulée.

# Posté le jeudi 07 juin 2007 01:58

Modifié le vendredi 08 juin 2007 07:00

Arsenic et vieilles dentelles

Arsenic et vieilles dentelles
Titre:Arsenic et vieilles dentelles
Réalisateur:Frank Capra
Acteurs:Cary Grant, Josephine Hull, Jean Adair...
Sortie:1944
Durée:1h45
Genre:Quand l'Amérique regarde l'humour anglais
Note:16/20

Histoire:Mortimer Brewster, critique de théâtre célebre a décidé de se marier avec Elaine, la fille du pasteur. Ils s'apprêtent à partir en lune de miel quand les deux tantes de Mortimer décident de fêter dignement l'union tant attendu. Mais malencontreusement, Mortimer ouvre un coffre de bois et découvre un cadavre. Terrorisé, il va apprendre que ses deux tantes tuent des vagabonds malheureux en les empoisonnant avant de les enterrer dignement avec Teddy, le frère de Mortimer qui est fou. Une nuit de folie va emporter Mortimer dans un cauchemar qui va encore se compliquer quand son grand frère tueur en série va débarquer à l'improviste avec une cadavre sur le bras et un visage de frankestein.

Avis:Années 30, alors que le monde remonte de la mauvais pente de la crise économique, Hollywood bouleverse ses codes. Le burlesque muet va se coucher derrière la colline, emportant avec lui Charlie Chaplin et d'autres star du genre. A la place, on voit se développer la Screwball comédie. Frank Capra épouse ce genre de comédie déluré, écrite à la perfection et souvent sans aucune cohérence scénaristique et en profite pour sortir ses plus grands films. Arsenic et vieilles dentelles est l'incarnation parfaite de la comédie déjantée, au rythme époustoufflant de cette époque. Adaptation d'une comédie noire anglaise, ce film est le mélange parfait d'amérique et de bonne vieille angleterre, avec le cynisme de l'un et le pimpant de l'autre. Un mélange subtile qui parfois saoule tant Cary Grant s'époumonne, mais qui reste une sucrerie empoisonnée, un délice à consommer sans aucune espèce de modération.

La comédie anglaise aime: le cynisme, les meurtres, l'humour noir et le vieux. Arsenic et vieilles dentelles porte tous les stigmates de ce genre si raffiné qui est surement le plus noble de toutes les comédies. Le cinéma hollywoodien pose donc ses mains sur les perles de la vieille angleterre et Capra se plie avec délice à toutes les facéties de la pièce originale. Le mélange de genre est d'une telle complexité qu'on se perd parfois mais toujours dans un ensemble cohérent. Le réalisateur a posé dans Brooklyn un pâté de maison so british qui contraste tout à fait avec les taxi New-yorkais et la ville nouvelle qui se dresse fièrement derrière le petit cimetierre de village. Ne voulant pas abandonner l'essence de l'histoire ni sa patrie, Frank Capra a crée un univers à part, presque irréaliste. Ainsi, nos vieilles tantes de brooklyn prennent le thé à quatre heure, habitent un charmant petit pavillon et s'habillent en bigotte anglaise croyante, loin du caractère débridé que New-York revêt habituellement, déjà à cette époque là. Le charme d'Arsenic et vieilles dentelles repose bien sûr sur cet étrange alchimie qui s'opère entre le comédie anglaise et le film noir policier américain. Ainsi, le film qui avait débuté sur une simple comédie noire délicieuse et raffiné plonge peu à peu dans le criminel avec l'arrivée de Jonathan, le frère de Mortimer qui a lui aussi un cadavre sur les bras. Le quiproquo continue et le film reste dans la comédie mais peu à peu, on s'imisce dans quelque chose de plus poisseux et peut-être même de plus grave.

Arsenic... n'en reste pas moins une comédie déjanté aux idées originales, loufoques et bien sûr hilarantes. Les personnages sont chiadés, qu'ils soient fantoches ou principaux, et il n'y en a pas un qui échapera à la folie. Des tantes allumées prétendant faire le bien en assassinant impunément des vieillards malheureux de passages au neveu fou qui se prend pour Roosevelt (qui habilement devient le moins fou de tous). Du frère criminel, emporté mais incroyablement malchanceux au docteur faux allemand et faux génie du bistouri. Et puis la cerise sur le gâteau: Mortimer, jeune homme élégant, déjanté et dépassé. S'il reste le personnage qui forme la clé de voute de l'intrigue, c'est aussi par lui que le film devient bancal. Non pas que Cary Grant soit mauvais (surtout pas) mais son hyper-activité et sa détestable habitude de gueuler à tout va devient vite stridente. On oublie souvent ce défaut pris dans l'intrigue mais au bout de deux heures, on sent peu à peu le mal de tête qui s'imisce. Pour le reste du casting, c'est un pur délice, un perle de folie et de complicité. Une troupe de théâtre soudée qui fait des ravages. Capra pose son regard délicat, stable (le respect de la scène de théâtre est presque parfait) mais complice de leurs moeurs étranges.

Bref, pour faire court, Arsenic et vieilles dentelles est un film qui est rentré dans la postérité comme un icone d'un genre truculent: la Screwball comédie. Des acteurs géniaux, un Frank Capra inspiré et surtout une histoire à se rouler par terre, avec le charme anglais et la désuétude américaine. Un clash des genre comparable aux Arnaqueurs. C'est toujours un si grand plaisir.

# Posté le dimanche 10 juin 2007 12:35

Modifié le samedi 16 juin 2007 04:51

The game

The game
Titre:The game
Réalisateur:David Fincher
Acteurs:Michael Douglas, Sean Penn, Peter Donat...
Sortie:1997
Durée:2h05
Genre:Manipulation nocturne
Note:15/20

Histoire:Nicholas Van Orton vit depuis quelques années un sordide train-train d'homme d'affaire divorcé et méprisant, ambitieux et borné. Alors qu'un de ses anniversaires passe comme un jour classique, Conrad, son frère, refait surface et lui propose de le voir, pour lui offrir un cadeau. Il lui donne une invitation à participer à un jeu qu'une société, CRS, propose pour remettre du piment dans la vie des gens. Mais peu à peu, ce jeu devient inquiétant voire dangereux, jusqu'au moment où il s'aperçoit qu'il est en train de ses faire rouler dans la farine et de se faire dévaliser.

Avis:Après Seven et Alien 3 qui ont déjà posé les bases du génie de David Fincher, le réalisateur talentueux sort The game, que tout le monde aura jugé mineur dès sa sortie en salle. The game a vite été effacé au profit de Fight club et autre chef d'oeuvre rentrés dans la légende du cinéma américain. Pourtant, ce film, loin d'être mauvais, et même s'il est le moins réussi du réalisateur, n'est pas pour autant honteux, loin de là. Il est même l'une des plus grosse arnaque de l'histoire du cinéma. The game ou comment vous faire rouler dans la farine pendant deux heures, est un petit bijour du film thriller psychologique nocturne qui a aussi l'avantage de faire revivre une légende du cinéma qui s'enlise depuis longtemps dans la nullité totale: Michael Douglas, qui fait face à un Sean Penn dérangé. Truculent.

Quand The game s'ouvre, on croit un instant vraiment le pire. Michael Douglas, costard ceintré, BMW ronronante et ton detestable joue un chef d'entreprise friqué et aigri comme tous les films les plus banals en sont garnis. Ils sont tous d'un manichéisme detestable faisant d'eux des démons insensibles. Quand en plus débarque la bonne vieille et bineveillante et surtout le frère cadet paumé et pauvre, le tableau niaseux semble parfaitement haissable. Oui mais au générique on a vu Fincher en gros, et on se doute bien qu'un tel réalisateur ne permettrait pas une telle banalité. Alors on continue et on a raison. L'homme d'affaire se craquèle peu à peu et cède au jeu. Redécouvre la vie en même temps qu'il vit un cauchemar, il se plonge dans une nuit interminable qui ne le laissera pas indiffèrent. Michael Douglas se densifie peu à peu, lui qui commençait si mal son rôle. Il se défigure, gagne en ampleur et en sensibilité et finit par crever l'écran véritablement. Jamais (ou presque) on ne l'a vu aussi tourmenté, jamais il n'a endossé un personnage si fragile. Il porte le film, omniprésent, et même Sean Penn à côté semble bien en peine pour faire sa place. Malgré tous ses efforts et son style qui colle si bien à l'univers de Fincher, le séduisant Penn s'incline face à la maitrise de sieur Douglas. La course poursuite peut alors commencer avec sa richesse de style et de rebondissements.

Car si The game nous tient jusqu'à la dernière minutes, c'est que son scénario joue des rebondissements et des tromperies pour nous perdre et nous rendre accro à la chute. D'abord jeu malsain et voyeuriste, l'arnaque se profile peu à peu pour tomber dans le thrilles financier, avant de redevenir un jeu meurtrier, une histoire d'amour. Le tout se mélange, s'entrelace et l'on n'en sait jamais plus que Nicholas, qui erre, manipulé par tant de personnes qui tirent les ficelles. C'est Fincher qui tire les notres à sa guise, et l'on devient avec un plaisir jouissif son pantin. Baladé pendant deux heures, Fincher nous fait prendre des vessies pour des lanternes pendant deux heures. Mesuré dans ses dialogues, mesuré dans ses images, The game a le don pour occulté le principal et rajouté du secondaire à gogo et pour ainsi nous eveiller nos méninges, sans pour autant froler l'overdose. Le thriller mélange les styles, sait se poser ou alors faire des scènes d'action controlées et haletantes. Cette alchimie entre profondeur et mouvement que Fincher loupera dans Panic room, il la réussie parfaitement dans The game. Car les scènes où Nicholas interroge violement Christine ou son frère sont aussi passionante que les gros moments de stress comme ce parking d'hopital desert ou cette fusillade acharnée. The game est un tout cohérent, un film complet au rebondissement final idéal qui laissera sur le cul.

Fincher n'a plus qu'à apposer sur cette histoire passionante son style déjà très net. Il adopte cette fois-ci une photographie crépusculaire et souvent infimement éclairée et s'amuse à contre-balancer cela de scène flashy comme cette maison pleine de grafitis fluorescents. A part cela, il garde sa politique de "le plan est stable, les éléments les sont moins" et reste d'une sobriété étonante même dans les moments les plus palipitants. Limpide, simple cette mise en scène élégante aux montages flash-backs soignés est doublée d'une bande originale appréciable.

Bref, The game est un long maitrisé et palpitant. Deux acteurs majestueux mènent bon train une intrigue complexe et passionante. Si l'on est loin encore du chef d'oeuvre de Fight club, ce film restera dans les mémoires comme l'un des meilleurs thrillers psychologiques moderne, digne descendance d'un Seven glaçant.

# Posté le samedi 16 juin 2007 04:25

Modifié le dimanche 17 juin 2007 14:33

La maison du bonheur

La maison du bonheur
Titre:La maison du bonheur
Réalisateur:Dany Boon
Acteurs:Dany Boon, Daniel Prevost, Zinedine Soualem...
Sortie:2006
Durée:1h40
Genre:Travaux, on voudrait que ça finisse...
Note:08/20

Histoire:Charles, conseiller pour les surendettés dans une boîte de prêt voit son mariage tourner de l'oeil après 15 ans de vie commune avec Anne. Sa radinerie les ont plongé dans une monotonie detestable. A l'approche de leur anniversaire, Charles décide de changer le court des choses et, en passant devant la vitrine d'une agence immobilière, va décider d'investir dans une superbe maison de campagne à 15 minutes de Paris. Ce qu'il ne sait pas c'est qu'il est tombé sur M. Draquart, le plus véreux et menteur des vendeurs de baraques. Après l'avoir incité à payer plus cher sa maison en le montant contre son collègue de travail, il va lui mettre sur le dos une équipe de chantier incapable et fainéante. L'expèrience va vite tourner au cauchemar et la vie de Charles va partir en fumée.

Avis:Après avoir fait de nombreux one-man-show, Dany Bonn s'est essayé au cinéma. Avec La maison du bonheur, il passe à la vitesse supèrieur, décidant de monter son propre film sur son propre scénario et en incarnant le rôle principal de l'intrigue. Pour les fan de l'humoriste le plus enfantin de l'hexagone, ce film s'annoncait comme cent pour cent pur Boon, avec tous les avantages que cela induisait. Malheureusement, à vouloir être trop gourmant, on triomphe sans gloire. Boon n'arrive pas à tout faire et s'il assure une bonne prestation scénique, il se prend violement les pieds dans la tapis tant au niveau de laréalisation d'une grand laideur et surtout au niveau d'un scénario qui se résume comme souvent, dans la bande annonce. Un film de plus qui n'a pour qualité qu'une publicité alléchante qui dévoile tous les secrets avant qu'on ai vu la version longue. A oublier très très vite.

La construction d'un maison, on le sait maintenant, est le passage obligé pour tout humoriste. Muriel Robin a excellé dans sa "réunion de chantier" hilarant et d'autres ont suivit. Dany Boon aussi s'est dit pouvoir se moquer des travaux interminables et s'engouffre donc dans la très prolifique chemin d'une n-ième parodie sur le sujet. Il parait que la pièce de théâtre était bien. Soit. Alors c'est dans l'adaptation qu'il réside un grand problème. La politique de l'humoriste, qui d'habitude est innovant, consiste ici à prendre chez l'un, puis chez l'autre pour en faire finalement un scénario chiantissime qui sent mauvais le déjà-vu. Ainsi les ouvriers fainéants, qui tombent amoureux des enfants, les fuites d'eaux et le problèmes de baignoire semblent tout droit sortie de Travaux, on sait quand ça commence... de Brigitte Rouan alors que d'autres détails et d'autres gags sentent bon la plagia d'autres sketchs. Dany Boon se retrouve donc à ficeler tout ça en trouvant comme justification de son film l'apport d'une nouvelle donnée: le héros est radin. Et forcement, c'est sensé tout changer. Eh bien pas du tout. Là aussi, la radinerie est un sujet de moquerie si fréquent que tout pue le vieux avec ses quiproquos, ses crépages de chignons et ses factures emmerdantes. Dany Boon enfin essaye de montrer ses inspirations en faisant de son personnage un vulgaire pignon maladroit mais n'est pas Pierre Richard ou Gad Elmaleh qui veut, sa voix, sa surexitation sur laquelle il semble judicieux de mettre une musique virvoltante et chiante ne marche pas du tout et irrite.

Au milieu de cela donc patauge un casting royal qui tient la route sur une partition foireuse. Dany Boon donc, en erzats de Pignon prouve son éloquence au cinéma (bien plus que sur scène à mon goût) et tient le bras à une Michelle Laroque parfaite bien qu'un peu expensive. Mais encore une fois, ce sont les vieux qui servent le mieux ce film. Daniel Prevost donc tout d'abord, au rire charmeur et à la surexitation sincère et à propos et surtout la grande Line Renaud en tata suzanne paumée et cruelle. Zinedine Soualem, trop absent de l'écran, ravi lui aussi dans un numéro de pitre qui lui colle à merveille. Ces yeux chinois sont d'ailleur la plus jolie surprise du film, étant le seul gag drôle que l'on n'ait pas le privilège de voir dans la bande-annonce. Technique de drague foireuse, son jeu est clownesque sans être too much, ce qui était le plus gros piège de ce film pour le acteur. Pas trop cabotin donc, ce casting arrive difficilement à faire passer la pilule d'un long métrage platounet. Les rebondissements par dizaines n'arrivent pas à faire passer l'absence d'humour. Et n'arrivent pas non plus à faire oublier la mocheté totale de la réalisation. Tantôt verdâtre, tantôt vomitif, on ne peut passer sur cette photographie banale, opportuniste et hideuse. La simplicité de mise en scène oui mais une telle négligence dans le montage, dans les finitions en somme sont tout bonnement dégoutantes.

Premier essai largement loupé donc pour Dany Boon. Peut-être trop ambitieux, l'humoriste aurait du se contenter de faire l'acteur comme il nous a montré qu'il savait si bien faire (voir La doublure où il est délectable). Le scénario manque de charme et d'originalité et surtout la mise en scène est insupportable. Je sais qu'on ne demande pas à une comédie d'être un canon esthétique mais là, il parait difficile de faire pire. Dans le genre donc, on se reportera plutôt sur le film de Brigitte Rouan su-cité qui est plus drôle et plus distrayant et aussi beaucoup plus intelligent, au passage ça peut servir. Le divertissement pur oui, mais il y a des limites quand même.

P.S: Cette couleur est tout ce que m'inspire ce film, désolé pour vous.

# Posté le mardi 19 juin 2007 02:56

Modifié le mardi 19 juin 2007 11:53