Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes
Titre:Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes
Réalisateur:Jean-Jacques Zilbermann
Acteurs:Josiane Balasko, Maurice Benichou, Jean-François Derec...
Sortie:1993
Durée:1h30
Genre:Nostalgie de la banlieue rouge
Note:14/20

Histoire:Irène est une femme au foyer dans une banlieue rouge. En 1958, elle mène avec son parti communiste une lutte contre la constitution proposée par le Général De Gaulle pour la cinquième république. Mais elle mène aussi une autre guerre avec son mari, petit fabriquant de chaussure convaincu par le capitalisme. Au milieu d'eux, leur fils et le frère d'Irène tentent de faire règner l'ordre dans un foyer orageux. L'arrivée du coeur des partisants au théâtre du coin change la vie d'Irène surtout quand elle rencontre Yvan et ses acolytes et qu'elle rêve d'évasion et de société soviétique avec eux.

Avis:Jean-Jacques Zilbermann est des réalisateurs qui travaillent à partir de souvenirs, qu'ils soient bons (souvent) ou quelque peu mitigés. Ses films sont toujours nostalgiques et surtout très biographiques. Il y a quelques années, il nous racontait une enfance dans un internat où le fils des directeurs lançait une révolution dans Les fautes d'orthographe. En 1993, il se payait un retour en 1958 pour parler de son enfance dans une famille communiste. Humour sarcastique sur les utopies de l'époque et en même temps immense respect pour ses gens qui ont pendant des années affiché des idéaux. Son histoire, il la base surtout sur le destin d'une femme marié à un capitaliste, et pour son premier long-métrage, il se paye Josiane Balasko plus esquise qu'esquise, qui fait face à un Maurice Benichou extraordinaire.

A tout ceux à qui les chants russes, "Kalin" et autres facéties soviétiques sortent par les trou de nez, Tout le monde... ne sera pas pour vous. Pour bercer sa doucer tranche de vie, Zilbermann enchaine scènes de concert sur écoute de vinyl dans la cuisine étriquée. En une heure et demi, tout le repertoire des chants populaires communistes nous passe par les oreilles. Mais c'est au fond le symbole de tout le projet de Zilbermann: assurer une grande immersion dans la culture ouvrière communistes des années de guerre froide. L'entraide entre voisin, la propagande de nuit comme de jour, les réunions révoltées et surtout ces étoiles (rouges) dans les yeux. Le scénario nous installe dans un petit train-train de banlieu rouge à la précision presque documentaire. Ca parle de domination communiste, de révolution russe à longueur de temps et ça fait sa prière vers l'Est dès qu'on en a le temps libre. Et puis un jour viennent ces chanteurs russes, qui plus qu'un idéal masculin, représentent pour Irène un idéal politique. Ils ont connu Stalingrad, sont fidèles à leur pays et, ce qui n'est pas négligeable pour la ménagère, sont connus dans le monde entier. Zilbermann s'engage alors vers un autres genre cinématographique: la romance. Pas de vaudeville mais pas de drame non plus. Une crise résolue et une amourette qui s'annonce plus platonique qu'elle n'en a l'air. L'amour donne des ailes et incite à la folie mais ne trahit jamais. Tout le monde... regorge de malice et de tendresse sans prétendre chercher bien loin et la comédie à la dramaturgie bien huilée fonctionne plutôt bien.

L'histoire plus biographique et plus sérieuse du couple en quête d'harmonie se mélange assez subtilement à cette culture rouge. C'est une guerre froide conjugale qui sévit entre Irène et son mari et, même si elle est ammenée à se régler, sans quoi le film ne serait pas ce qu'il est, on y croit volontier. Lui est pour De Gaulle et continu à croire malgré la concurrence rude dans le marché de la chaussure que l'atlantisme est meilleur pour la Françe. Elle bien sûr pense le contraire. Et pour une fois, le gaulliste n'est pas un bourgeois bien fringué et riche propriétaire mais un petit commerçant qui vit dans un appartement ridicule et passe sa vie en robe de chambre avec France soir dans la poche. L'engagement politique tue l'amour semble nous crier Zilbermann au travers de son histoire avant de revirer de situation et de finir sur un "tout est question de compromis et d'écoute". Pourquoi pas. L'intention est louable et la trame suffisement bien construite pour qu'ici encore on y croit. De l'anecdote rigolote (l'appartement plein de cartons de chaussure et le sublime lancer de chaussure) à la crise sincère, il n'y a qu'un pas que Zilbermann franchit avec panache.

Et les acteur l'y accompagne volontiers. Pour son premier film, Zilbermann se paye une tête d'affiche pas ridicule. Josiane Balasko est plus fraiche que jamais. Tantôt bonne pâte et tantôt amoureuse transie, on voit enfin l'ex-splendid dans un rôle d'amoureuse et ça fait plaisir. Maurice Bénichou lui ne bouge pas d'un poil. Abonné aux rôle bougon et mal-rasé, on le retrouve cependant volontiers à chaque fois. Plus sensible et volage que parfois, je prend plaisir à le découvrir de plus en plus ces derniers temps (après Le candidat où il était génial et avant Caché où il est extraordinaire parait-il). En second rôle plus ou moins bien chiadés, on retrouve Catherine Hiegel en prolétaire marxiste révoltée et survoltée ou bien encore Jean-François Derec en looser, pour changer.

Bref, Zilbermann ne cherche pas la lune mais juste une petite place au panthéon des comédie dramatique réussie de l'hexagone. Et il l'a trouve facilement avec cette chronique douce-amère et nostlagique. Instructif et distrayant, Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents communistes, réunie un joli chapelet d'acteurs bon et un scénario béton, pour un heure trente de plaisir en barre. Kaaaaaalin, kakalin, kakalin, kakala. Kaaaaaaaa....

# Posté le mercredi 25 avril 2007 04:07

Modifié le jeudi 26 avril 2007 13:23

Red eye - sous haute pression

Red eye - sous haute pression
Titre:Red eye - sous haute pression
Réalisateur:Wes Craven
Acteurs:Rachel McAdams, Cillian Murphy, Brian Cox...
Sortie:2005
Durée:1h30
Genre:Vol 747 pour terrorisme
Note:08/20

Histoire:Lisa est directrice d'un hôtel. A trente ans, elle vit toujours dans son travail et n'a pas de vie sociale à part son père qui s'inquiète pour elle à longueur de journée. Quand sa grand-mère décède, elle par à Atlanta pour l'enterrer avec sa mère puis revient par un vol de nuit. Dans le terminal, alors que son avion à du retard, elle rencontre Johnny qui l'invite à boire un verre et s renseigne sur sa vie. Dans l'avion, elle se retrouve à côté de lui et ils continuent la conversation. Jusqu'au moment où Johnny lui révèle ses vrais intention: elle va devoir faire changer de place un politicien qui descend à son hotel pour qu'il puisse être assassiner, lui et sa famille. Sans quoi, son père pourrait mourir. Pour Lisa, le vol va être très long et très périeux.

Avis:En relisant mon résumé, je me suis aperçu qu'il était relativement tapageur et je m'appretais à tout effacer quand j'ai pensé que si mon écriture était tapageuse c'était peut-être que le film était ainsi. En effet, on ne peut pas défendre que Wes Craven donne dans la dentelle pour ce petit thriller qui restera bien entendu comme ultra-mineur dans sa longue carrière. Roi du suspens intense à tendance horrorifique gore (Scream en est le meilleur exemple), Craven s'égare quelque peu depuis quelques années dans des chemins trop conventionnel et original pour nous séduire. Résultat: Red eye est long, pénible et met à l'épreuve notre patience. Seul une ultime course contre la montre et un Cillian Murphy en pleine forme nous ferons supporter ces minutes puant le commercial.

Wes Craven nous a longtemps habitué au crasseux, au film noir, gore et qui vous colle à la peau pendant quelque temps après l'allumage des lumières. Mais Red eye lui est plutôt brillant et s'apparent plus au strass qu'au stress. Car soyons honner: qui pourra dire avoir eu la boule au ventre devant ce film? Qui avouera que Red eye l'a fait sursauter à un quelconque moment sinon quand Johnny se prend un stylo dans la trachée et encore. Réponse aux deux questions: personne ou alors seulement les très bons publics. Non avec ce film, Wes Craven veut nous emmener dans le style thriller psychologique. Malheureusement là encore, il y a plus de vent que de profondeur dans les dialogues de Red Eye. Les confessions de la pauvre Lisa qui n'est peut-être pas si dépourvue que ça face à son agresseur n'émeuve point et ne créent encore moins un ambiance oppressante. Pas de traumatisme ni de finesse comme dans les scènes thérapeutique du Silence des agneaux, pas de délir psychotique, pas d'évolution, juste un constat de base sur la vie moderne où le travail bouffe la vie privée des gens qui semble dit et redit. La pauvre petite Lisa est solitaire et hantée par une agression dans un parking dont elle garde la marque sur son sein. Formidable. Et depuis elle a décidé de ne plus jamais se laisser avoir ou maltraiter et elle est donc devenu folle de kung-fu et la Mac Giver de la prise d'otage. Elle fait donc d'un stylo une arme, d'un livre un SOS intercepté, d'une mousse de savon un autre SOS encore intercepté et elle sait parfaitement faire semblant de passer un coup de fil. Tout cela fait autant de rebondissements bien entendu vain puisque Johnny est un pro du bluff et de la sequetration et fait tomber à l'eau un à un toutes les petites folies de la jeune femme. Pendant une heure, le scénario court après ce scénario à tiroir en forme de chien qui se mord la queue. On espère une vraie issu, ou un changement de situation (on aurait bien imaginé une Lisa aussi manipulatrice que Johnny qui est elle aussi une preneuse d'otage) qui redonnerais à ce récit supposé inquiétant du punch. Mais tout le vol est d'un ennui mortel dans cette course à la liaison téléphonique.

Quand l'avion atterit en revanche, Wes Craven semble se sentir plus à l'aise, comme si le huis-clos l'avait emmerdé lui aussi et qu'il avait jugé bon de nous le faire partager. Dans l'aéroport et à travers Miami s'engage alors une course-poursuite qui elle devient bien plus palpitante. Là seulement, le réalisateur retrouve son talent naturel pour le suspens et insuffle un brin de vie à son récit. Lisa est partie pour sauver le monde et son père accessoirement et Johnny, la traché perforée devient un mort vivant en quête de vengeance. Après avoir assurer une première happy-end, Wes Craven retrouve un huis clos beaucoup plus inquiétant où Johnny poursuit Lisa dans sa maison d'enfance avec en prime le père à gérer. Tombant presque dans le surnaturel, Johnny déjà rendu muet, se prend un talon dans le genou, des vases dans la figure et dégringole les escaliers et pourtant se relève vaillement avec toujours plus de folie sanguinaire. Cette longue séquence de chat et de souris prend elle aux tripes même si on en connait l'issu. Les coups pleuvent, le stress monte et cette invincibilité des deux combattants prend une dimension presque comique. On se croirait dans une des bataille infinies de Shaun of the dead en plus sérieux. Le seul regret sera donc et surtout que cette partie interessante du film ne dure que... vingt minutes.

Pendant tout le reste, c'est donc niaiseu et niaiseuse sont dans un avion, avec absence de suspens, vous l'aurez compris, mise en scène qui tourne en rond voulant prendre de l'ampleur dans un espace réduit. L'humour potache à coup de tirade très écrites du genre "On est pas dans un hôtel monsieur" alors que les héros viennent de se battre dans les toilettes saoule vite, surtout que les seconds rôles qui détiennent le pouvoir comique sont aussi stéréotypés que des héros de Dallas, à savoir la vieille envahissante, la bimbo blondasse incapable et séductrice ou encore les trois pré-pubères écoutant du hard rock et s'amusant à se faire flipper au décollage. Cet "humour", Wes Craven nous en resservira une louche dans un final pathétique où Lisa retrouve Cynthia sa subordonnée et elle s'en vont copines forever, envoyant chier des clients mécontants à coup de "foutez-vous votre formulaire au cul".

On ne gardera donc de Red eye que le final époustoufflant qui vaut tout de même le détour au même titre qu'un on film de Wes Craven mais aussi la prestation de Cillian Murphy, qui ne cesse d'être psychotiquement redoutable. Séducteur anglais au sourire ravageur mais aux rictus inquiétant, cet acteur promène le film avec un bonheur non dissimulable. Face à lui, Rachel McAdams garde la tête haute et un joli rôle de femme forte malheureusement un peu trop conventionnel. Red eye s'évite et se subit plus qu'il ne se laisse regarder. Ca ne peut paraitre qu'une question de détails, mais le diffèrence est énorme.

# Posté le mercredi 25 avril 2007 05:55

Modifié le mercredi 25 avril 2007 08:50

Grey's anatomy - Saison 1

Grey's anatomy - Saison 1
Titre:Grey's anatomy - Saison 1
Réalisateur:Shonda Rhimes
Acteurs:Ellen Pompeo, Patrick Dempsey, Sandra Oh...
1ère diffusion:2006
Durée:9X40 min
Genre:Urgence de coeur
Note:13/20

Histoire:Un petit nombre d'étudiants en médecine pour devenir chirurgien sont choisis pour un essai en pratique dans un hôpital. Parmi eux cinq sont assignés au tyran (le medecin Miranda Bailey): Meredith Grey, fille d'une célèbre chirurgienne et élève douée, Christina jeune asiatique au franc-parler ravageur, Izzi Stevens ex-top model à la réputation sulfureuse, George O'Malley homme pas très séducteur et Alex Karev obsédé et envahissant. Ils sont à la charge de deux chirurgien: Preston Burke et Derek Shepherd qui s'avère être le bel inconnu qui a couché avec Meredith la veille de son premier jour en clinique. Tous ne resteront pas et tous ne seront pas reçu à la fin mais les cinq internes se serrent les coudes le long de leurs permanences de 48 heures.

Avis:Attention, Grey's anatomy est le genre de série qui rend boulimique et accro. ABC a décidement le chic pour trouver les petites réussites qui cherchent dans la simplicité et l'humour pour leur thèmes principaux. Grey's anatomy aurait pu ressembler à Urgence, s'il n'y avait pas ce mélange d'émotion réelle et d'humour qui plane sur les histoires de coeurs des héros. Car oui, cette série a un petit côté fleur bleu. Mais malgré ce défaut un peu trop envahissant, on supporte volontiers et même on en redemande des épisodes comme cela. Vivement la saison deux!

Tout est réunit pour être la série type américaine. Les beaux-mecs et les top model, les rabats-joies et les jeunes chialeuses au grand coeur. On pourrait croire à une galerie de portraits stéréotypés de la société américaine. Et au fond, il serait difficile de contredire ce constat. Mais une fois mis ce petit monde en place par un épisode pilote d'un joli classicisme, les histoires de coeurs commencent avec une petite originalité. Les histoires s'étendent, prennent du temps à se construire et on va vite découvrir que le manichéisme des présentations n'est qu'une facette. Christina n'est pas si pessimiste et insensible que ça et Izzie n'est pas la jeune top-model gâté qu'elle montre. Même Alex qui parait relativement incorrigible se nuance au fur et à mesure des épisodes. Et puis il y a avant tout cette fraicheur et cet humour un peu gloque (on est aux urgences tout de même) et très américain dans le bon sens du terme (il existe un bon sens à américain?). Tout le long de ces épisodes au format moyen, on rigole sans aucune retenu et d'autre fois on sourira simplement. Mais on sera aussi un peu émut parfois. Grey's anatomy est un petit mélange d'émotion qui au final rend plutôt pas mal.

Et puis il y a cet univers qu'Urgence avait commencé à déblayer et que Grey's anatomy exploite à fond. Le milieu hospitalier dans toute sa splendeur avec une précision documentaire est montré dans toute sa répétition, son angoisse et son humanisme. Nos médecins sont extenués et ont bien du mal à conjuguer vie privée et vie publique. D'ailleurs on vera très peu de leur vie en dehors de l'hopital. Les malades se succèdent donc dans toute leur variétés, avec des cas banals voire ennuyeux et souvent des extraordinaire facéties grotesques qui donnent un souffle à la saison. Ainsi, on vera une tumeur de 20 kilos, un homme avec un ovaire dans les testicules... Grey's anatomy plonge parfois le temps d'un épisode dans une délir complet et c'est dans ces moment là que le concept de la série prend vraiment une densité.

Car le reste du temps, il faut bien le dire, il y a beaucoup d'irrégularités dans le rythme. Les passages émouvants deviennent trop fleur bleue, les patients se répètent et les intrigues tournent en rond. Les superbes idées sont gâchées par une autre d'une banalité affligeante ou par des passages bancals. C'est surtout sur le début que les épisodes manquent de punch et la saison ne comportant que neuf épisode, on a à peine le temps de gouter à l'extravagance de l'imagination des scénaristes que la fin arrive.

C'est pour cela qu'on se jetera tout de même avec avidité sur la saison deux en espérant que le délir continue et les histoires de coeur de nos internes se renouvellent suffisement pour nous passioner. Un bon concept pour une série rafraichissante donc qui ne demande qu'à faire ses preuve dans un format plus long. Et pour ce que j'ai pu voir du début de la saison deux, il y a du nouveau et du gros.

# Posté le jeudi 26 avril 2007 15:19

Modifié le samedi 28 avril 2007 12:22

13 tzameti

13 tzameti
Titre:13 tzameti
Réalisateur:Gela Babluani
Acteurs:Georges Babluani, Aurélien Recoing, Augustin Legrand...
Sortie:2006
Durée:1h33
Genre:Obligation de tuer
Note:17/20

Histoire:Sebastien est un jeune homme issu de l'immigration qui travaille dur pour faire vivre sa famille: ses parents et ses frères et soeurs. Alors qu'il répare la toiture chez un homme drogué, il l'entend parler d'un plan pour gagner beaucoup d'argent et avoue attendre une convocation. Mais il meurt d'overdose le jour où il reçoit le precieux courrier et Sébastien lui vole. Il décide alors de se rendre à ce rendez-vous sur-protégé. Suivi par le flics de près, il est embarqué dans un "casino" meurtrier et amoral en rase campagne où des riches présentent des concurrents et parient sur eux lors d'une roulette russe géante. Sébastien est obligé de tenter son malheur dans ce jeux traumatisant sous peine de se faire descendre.

Avis:A Cannes, à Venise et à Sundance il y a deux ans, on ne parlait que de Gela Babluani et de son premier film innatendu et révélateur 13 tzameti. Arrivé tout droit de Géorgie, ce réalisateur se jette corps et âme dans un projet ultra-violent et anthropologiste attirant du même coup les centaines de requins américains qui lui proposent un remake. En attendant la bouse que l'on est en droit d'attendre d'hollywood, il est plus préférable de se pencher sur cet original choquant mais passionant. Avec une caméra de maitre, un noir et blanc fort à propos et des propos denses et bien agencés, Gela Babluani nous frappe en pleine face avec ce long poisseux et embarassant. Seul les acteurs font tâche et une fin un peu chaotique noircit le tableau, si c'est possible.

Il y a deux types de noir et blanc moderne: celui qui sert à évoquer une nostalgie douce et un romantisme plaisant et celui qui sert à plonger le spectateur dans une ambiance oppressante. 13 tzameti s'apparente bien plus au second. Le noir et blanc ici décale l'intrigue dans un univers presque surréaliste et en tout cas autre que le notre puisque nous vivons dans un monde en couleur. Et d'ailleurs c'est certainement la première question que l'on se posera en sortant de ce film: ces horreurs existent-elles réellement? On pourra se rassurer en disant qu'en Géorgie peut-être mais certainement pas en Françe. Pourtant on est bien chez nous et on a du mal à croire qu'un cerveau humain puisse inventer quelquechose d'aussi malsain et de choquant. Au fond, Gela Babluani est un anthropologue qui cherche à parler des réactions humaines face à la violence. Il suit son personnage dans un enfer qu'on lui a imposé et tente de montrer l'évolution de son état d'esprit face à ce qu'il est en train de commettre. Le t-shirt se gorge de sueur, les rictus de peur laissent place effroyablement aux rictuse de satisfaction, presque de jouissance de n'être pas mort et surtout d'avoir tué quelqu'un. Et pourtant c'est toujours la trouille qui revient mais parfois, Sébastien est bien ambigue. Face à lui, le stoïque resigné à mourir s'il le faut et son frère qui le met en jeu sans vraiment savoir le risque qu'il prend. Personne ne se rend vraiment compte de l'enjeu et c'est finalement le plus horrible et le plus réussit dans ce film. Les joueurs sont dans un tel état d'esprit que mourir ne leur fait souvent ni chaud ni froid et les parieurs regardent cette boucherie avec dans leur yeux des dollars. C'est l'incompréhension entre le spectateur horrifié et ces personnages déshumanisés qui crée le meilleur tord-boyau.

Le reste n'est qu'un soupçon de technique et un grand talent dans l'écriture et la mise en scène. Avec une économie de dialogue incroyable, Gela Babluani nous évite les mafioso richissimes et stéréotypés pour nous montrer des malades, des fous. Du début jusque à la fin, on ne voit presqu'aucun humain à proprement parler à par cet "anti-héros" et sa famille. Le couple chez qui Sébastien bosse est matériel et ne s'aiment pas, les voix sont presque monotones, les hommes sont stoïques et quand l'un d'eux pique une crise, c'est comme si un robot disjonctait. Toute le long processur de sécurité avant d'arriver au "jeu" est comme une chaine industrielle pour préparer une machine, une machine à tuer. Gela Babluani est un réalisateur des faits et on aurait presque souhaité qu'il ose le muet. Quand à la caméra, elle étouffe constament ces personnages et Sébastien en premier. Des plans serrés aux plans larges où il est observé par des regards en coin, Sébastien n'est jamais libre. Il déambule dans cette maison close où la pression est incroyablement malsaine et Babluani nous enferme avec eux. Proche des personnages pour capter leur réaction, leur moindre sursaut, Babluani montre ici son désir d'étudier l'homme de savoir ce qui peut lui passer par la tête quand il tue un semblable, quand il a besoin d'argent.

On ne pourra donc que regretter que le récit de Babluani s'éstompe quelque peu sur la fin. Ce genre de film est toujours tiraillé entre la happy-end nunuche et le drame instable et le deuxième choix necessite une surprise, une originalité. Babluani clot son film sans moral mais sans raison dans un scène finale douloureuse mais incroyablement prévisible. C'est au fond comme si il s'était profondement forcé à ne pas faire vivre son personnage parce que ç'aurait été trop gentil. Et puis l'autre petit défaut est sans aucune hésitation les acteurs. La plupart inconnus et Georges Babluani (Sébastien) le premier sont parfois sur la corde de la justesse. Si toute la première partie du film où Sébastien est plutôt neutre et apeuré fonctionne bien, Georges Babluani se perd dans les mimiques excessives pour montrer la peur et passe à côté du traumatisme post-jeu. La dernière partie est franchement fausse, entre autre l'interrogatoire de police.

C'est bien les seules choses que l'on pourra dire de négative du film, puisque l'ensemble laisse sans voix. Porté par une musique flippante sans être grinçante, ce voyage au bout de l'enfer (référence pas hasardeuse) est une pure merveille visuelle et un pur effroit scénaristique. L'intention est clair et les images choquent avec un but, un fond (contrairement à ce que beaucoup ont dit). Gela Babluani est un réalisateur à suivre même si son prochain projet est le remake américain de 13 tzameti.

# Posté le samedi 28 avril 2007 16:47

Modifié le dimanche 29 avril 2007 02:26

Little Miss Sunshine

Little Miss Sunshine
Titre:Little Miss Sunshine
Réalisateurs:Jonathan Dayton, Valerie Faris
Acteurs:Greg Kinnear, Toni Collette, Steve Carell...
Sortie:2006
Durée:1h38
Genre:Family mind
Note:18/20

Histoire:Olive est une petite fille de sept qui vit dans une famille pas glorieuse. Une mère généreuse et envahissante et un père obsédé par la réussite de sa carrière sans arriver à rien, un frère devenu muet depuis qu'il a découvert Nietzsche et un grand-père héroinomane et obsédé sexuel. Elle prépare un numéro pour des concours de Miss Sunshine quand son oncle fait une tentative de suicide et se retrouve dans la bateau de cette famille déjanté. Le jour même, elle apprend qu'elle est sélectionée pour un concours en Californie. Toute la petite tribu part dans un van jaune fluo traverser l'amérique. Un long voyage initiatique s'entame qui sera une thérapie pour tous.

Avis:Aucun cinéphile et même aucun homme sociable n'a pu passer à côté de Little Miss sunshine. Pendant un an, on a parlé que de ce petit film sorti de nul part qui constituait une petite merveille pour toutes les critiques, ou presque. Resté un an à l'affiche même dans une petite ville de province, ce petit bijou indépendant constitue en effet l'une des plus belles claques de 2006. Un principe simple et beaucoup de malice ont suffit au duo de réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris pour sortir au grand jour ce qui s'annonce comme le début d'une grande carrière. Parler de la famille sans niaiserie et sans dramaturgie excessive n'est pas chose aisé et les deux compères le réussissent très bien.

Ce qu'il y a de bien avec l'Amérique c'est que leur réseau routier est le lieu idéal pour les road-movies. Encore une fois, ce sont les longues routes droites au milieu du désert qui serviront de théâtre pour ce joli voyage. Deux siècles après leurs ancêtres, la famille d'Olive rejoint le Californie pour y trouver le Nirvana, le bonheur. Pour une famille, le bonheur c'est l'unité, l'entente, l'harmonie. Et comme il ne serait pas bon de décevoir le spectateur, nos six energumènes trouveront leur paradis le long de ces kilomètres. Ce postulat est simple et Little miss sunshine ne vient pas donner de violent coup de pied dans une fourmilière académique et établie. Seulement, Michael Arndt est plus moqueur qu'il n'en parait et prend une trame classique pour s'amuser dessus et cette fois-ci de façon tout sauf habituelle. Au lieu de rendre raison à la famille unie aux petits défauts agaçants, il parle de sujets plus profond. Homosexualité, crise d'adolescence grave, couple ruiné, accro à la drogue. Tous ces personnages ne sont pas ceux que l'on voit habituellement dans un road-movie. Ils sont paumés et surtout ils sont atteint d'un syndrome de looser génétique. Famille au destin désastreux qui cherche à rentrer dans le moule d'une Amérique à la compétition féroce. Olive et sa famille avec courent après la gloire mais une gloire matérielle à savoir un titre de miss, une récompense pour...la beauté uniquement. Si la grosse partie du film laisse latente cette critique, elle explose littéralement aux yeux du spectateur dans la dernière ligne droit, où Olive se retrouve face à ces petits monstres déshumanisés au profit d'un look Barbie pétasse et se maltraitent pour un vulgaire trophée. Michael Arndt ne croit pas vraiment à l'innocence des enfants. Ces concurrentes diformes sont des pestes et ce n'est pas que poussées par leur parent qu'elles font tout ça. La société américaine, elle, en revanche s'en prend plein la face. La Californie, les concours de beauté, autant d'icônes du matérialisme outre-atlantique que Arndt démonte à coup de boulets sévèrement cynique. Il est dès lors d'autant plus astucieux d'avoir choisit le road-movie, genre si classique, pour défendre une morale si atypique.

Seulement Arndt ne s'arrête pas à cette critique finalement un peu réchauffée (qui garde son charme et son importance). Little miss sunshine est une comédie et le scénariste n'oubli pas son humour et sa tendresse au profit d'un message. Dès les premières minutes et la présentation des personnages, les zygomatiques se mettent en marche d'abord malicieusement devant ces femmes et hommes que la vie n'a pas gâté puis ensuite à grande pompe devant leur pitreries tendres. Les conflits sont mutliples et se résolvent au fur et à mesure des kilomètres, passant par des situations coquasses. D'un petit-déjeuner où la glace au chocolat d'Olive est convoité à un sermon de papy vicieux qui encourage son petit fils muet à "en baiser des tonnes", Arndt alterne une audace parfois en dessous de la ceinture avec un humour plus fin, plus enfantin. C'est le cas entre autre du démarrage de voiture. Après une courte panne, le van doit être lançé manuellement pour démarrer. Toute la petite famille instaure un mécanisme délicieux à la bobsleigh pour pousser le combi et n'oublier personne. C'est cette séquence qui montre le génie du scénario et de la mise en scènes réunis. Jonathan Dayton et Valerie Faris vont nous montrer à trois reprises les personnages poussant le van et toujours de la même façon. Mais pas une seule fois on va se dire que cette scène est de trop, que la répétition est lourde. On se réjouit toujours autant devant cet unique moment où toute la famille réussit à être unie. Cet exemple parle de lui-même. Little miss sunshine est habile, minutieusement orchestré et jamais lourd. Pas un seconde on s'ennuit ou on a l'impression d'avoir déjà vu ce genre de chose. C'est un film atypique et formidablement drôle.

Et comme toutes les bonnes comédies, Little miss sunshine est porté par un ensemble d'acteurs tous plus géniaux les uns que les autres. On passe des connus aux inconnus mais toujours complices et engagés dans leur personnages, mesurés et ridicules. Ma préférence s'envole vers Steve Carell qui joue l'oncle spécialiste de Proust et dépressif. Un acteur au grand coeur et à la dramaturgie importante malgré le ridicule de son personnage. Greg Kinnear et Toni Collette forment un couple idéal essayant en vain de tenir la barre d'une famille mal-barrée. Chez les moins connus on a Alan Arkin en grand-père héroinomane, à contre emploi et délicieusement beauf et enfin Paul Dano qui gagne à être connu en adolescent très très casse-burne. Et au milieu, Abigail Breslin est LA vraie découverte du film. Petit brin de femme à la foi inébranlable et au coeur grand, elle est généreuse et déborde de malice pour jouer une Olive pétillante.

Bref, Little Miss Sunshine est parti pour être un incontournable dans la comédie américaine et un des plus beau road-movie récent avec Transamerica. On attend avec impatience un nouveau projet de ce tandem de réalisateurs qui sont à surveiller de près ainsi que Michael Arndt scénariste bourré de talent. Un véritable petite merveille.

# Posté le dimanche 29 avril 2007 14:15

Modifié le mardi 01 mai 2007 10:19