Réalisateur:Jean-Jacques Zilbermann
Acteurs:Josiane Balasko, Maurice Benichou, Jean-François Derec...
Sortie:1993
Durée:1h30
Genre:Nostalgie de la banlieue rouge
Note:14/20
Histoire:Irène est une femme au foyer dans une banlieue rouge. En 1958, elle mène avec son parti communiste une lutte contre la constitution proposée par le Général De Gaulle pour la cinquième république. Mais elle mène aussi une autre guerre avec son mari, petit fabriquant de chaussure convaincu par le capitalisme. Au milieu d'eux, leur fils et le frère d'Irène tentent de faire règner l'ordre dans un foyer orageux. L'arrivée du coeur des partisants au théâtre du coin change la vie d'Irène surtout quand elle rencontre Yvan et ses acolytes et qu'elle rêve d'évasion et de société soviétique avec eux.
Avis:Jean-Jacques Zilbermann est des réalisateurs qui travaillent à partir de souvenirs, qu'ils soient bons (souvent) ou quelque peu mitigés. Ses films sont toujours nostalgiques et surtout très biographiques. Il y a quelques années, il nous racontait une enfance dans un internat où le fils des directeurs lançait une révolution dans Les fautes d'orthographe. En 1993, il se payait un retour en 1958 pour parler de son enfance dans une famille communiste. Humour sarcastique sur les utopies de l'époque et en même temps immense respect pour ses gens qui ont pendant des années affiché des idéaux. Son histoire, il la base surtout sur le destin d'une femme marié à un capitaliste, et pour son premier long-métrage, il se paye Josiane Balasko plus esquise qu'esquise, qui fait face à un Maurice Benichou extraordinaire.
A tout ceux à qui les chants russes, "Kalin" et autres facéties soviétiques sortent par les trou de nez, Tout le monde... ne sera pas pour vous. Pour bercer sa doucer tranche de vie, Zilbermann enchaine scènes de concert sur écoute de vinyl dans la cuisine étriquée. En une heure et demi, tout le repertoire des chants populaires communistes nous passe par les oreilles. Mais c'est au fond le symbole de tout le projet de Zilbermann: assurer une grande immersion dans la culture ouvrière communistes des années de guerre froide. L'entraide entre voisin, la propagande de nuit comme de jour, les réunions révoltées et surtout ces étoiles (rouges) dans les yeux. Le scénario nous installe dans un petit train-train de banlieu rouge à la précision presque documentaire. Ca parle de domination communiste, de révolution russe à longueur de temps et ça fait sa prière vers l'Est dès qu'on en a le temps libre. Et puis un jour viennent ces chanteurs russes, qui plus qu'un idéal masculin, représentent pour Irène un idéal politique. Ils ont connu Stalingrad, sont fidèles à leur pays et, ce qui n'est pas négligeable pour la ménagère, sont connus dans le monde entier. Zilbermann s'engage alors vers un autres genre cinématographique: la romance. Pas de vaudeville mais pas de drame non plus. Une crise résolue et une amourette qui s'annonce plus platonique qu'elle n'en a l'air. L'amour donne des ailes et incite à la folie mais ne trahit jamais. Tout le monde... regorge de malice et de tendresse sans prétendre chercher bien loin et la comédie à la dramaturgie bien huilée fonctionne plutôt bien.
L'histoire plus biographique et plus sérieuse du couple en quête d'harmonie se mélange assez subtilement à cette culture rouge. C'est une guerre froide conjugale qui sévit entre Irène et son mari et, même si elle est ammenée à se régler, sans quoi le film ne serait pas ce qu'il est, on y croit volontier. Lui est pour De Gaulle et continu à croire malgré la concurrence rude dans le marché de la chaussure que l'atlantisme est meilleur pour la Françe. Elle bien sûr pense le contraire. Et pour une fois, le gaulliste n'est pas un bourgeois bien fringué et riche propriétaire mais un petit commerçant qui vit dans un appartement ridicule et passe sa vie en robe de chambre avec France soir dans la poche. L'engagement politique tue l'amour semble nous crier Zilbermann au travers de son histoire avant de revirer de situation et de finir sur un "tout est question de compromis et d'écoute". Pourquoi pas. L'intention est louable et la trame suffisement bien construite pour qu'ici encore on y croit. De l'anecdote rigolote (l'appartement plein de cartons de chaussure et le sublime lancer de chaussure) à la crise sincère, il n'y a qu'un pas que Zilbermann franchit avec panache.
Et les acteur l'y accompagne volontiers. Pour son premier film, Zilbermann se paye une tête d'affiche pas ridicule. Josiane Balasko est plus fraiche que jamais. Tantôt bonne pâte et tantôt amoureuse transie, on voit enfin l'ex-splendid dans un rôle d'amoureuse et ça fait plaisir. Maurice Bénichou lui ne bouge pas d'un poil. Abonné aux rôle bougon et mal-rasé, on le retrouve cependant volontiers à chaque fois. Plus sensible et volage que parfois, je prend plaisir à le découvrir de plus en plus ces derniers temps (après Le candidat où il était génial et avant Caché où il est extraordinaire parait-il). En second rôle plus ou moins bien chiadés, on retrouve Catherine Hiegel en prolétaire marxiste révoltée et survoltée ou bien encore Jean-François Derec en looser, pour changer.
Bref, Zilbermann ne cherche pas la lune mais juste une petite place au panthéon des comédie dramatique réussie de l'hexagone. Et il l'a trouve facilement avec cette chronique douce-amère et nostlagique. Instructif et distrayant, Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents communistes, réunie un joli chapelet d'acteurs bon et un scénario béton, pour un heure trente de plaisir en barre. Kaaaaaalin, kakalin, kakalin, kakala. Kaaaaaaaa....




