Auteur:
Edition:Acte Sud
Nombre de pages:225
Genre:Chassé/croisé au pays des pyramides
Note:12/20
Histoire:L'immeuble Yacoubian était un ancien immeuble pour notable dans la Rue Soliman-Pacha. Aujourd'hui, elle appartient à Hatem, fils homosexuel d'un riche qui trimballe son spleen entre coqueterie et nuit avec Abdoul, homme marié et amant endiablé. A un autre étage, Zaky est un vieil homme en ménage avec sa soeur tyrannique qui finit par le jeter de chez lui. Il va tomber amoureux d'une jolie jeune femme Boussaina, qui vient d'être largué par Taha. Ce dernier est le fils du concierge et après s'être fait virer de l'école de police à cause de son rang social, il va entrer dans l'islamisme extrèmiste. Quand à Azzam, il cherche à être élu mère de son district et doit pour cela fréquenter de mafieux exigents. Yacoubian comme point commun, nous allons suivre ces destins au fil de quelques mois mouvementés.
Avis:De notre point de vue d'occidental, l'Egypte n'est pas réputée pour être une grande nation littéraire. Encore marquée par les années Nasser où la liberté d'expression était fortement réduite, ce pays est bien pauvre en écrivain renommé autre que ceux qui écrivent pour le gouvernement. L'année dernière pourtant, nous arrivait un livre et une adaptation filmographique: L'immeuble Yacoubian. Censuré officielement par le gouvernement egyptien pour comportement hérétique contre l'islam et description de moeurs impie comme l'homosexualité, le livre d'Alla El Aswany a pris un aller simple pour l'Europe où il a trouvé son succès. Et comme d'habitude, c'est Acte sud qui se fait porte-parole de ces petits écrivain exotiques malmenés. Pourtant, malgré son audace perceptible, le récit de El Aswany est un peu lourd et on a du mal à s'interesser à cette multitude de personnage. La peinture d'une société religieuse et stricte est cependant interessant.
L'immeuble Yacoubian rappelle par moment les films choral dont l'hexagone du cinéma est plus que friand. Chassé-croisé permanent, le récit est construit par petite bribe de récit qui retrouve parfois une même scène sous un angle diffèrent. Alla El Aswany essaye de nous perdre un peu, de nous ennivrer dans ce melting-pot complexe de personnages tous un peu stéréotypés. Le gay est effeminé comme tout ou alors masculin mais bisexuel, le politicien est vereux et la patronne de bar est une maman gateau. La soeur aigrie est une femme au foyer qui tricote... Ne connaissant que très mal la société egyptienne, on a du mal à affirmer que c'est irréel mais tout de même, on peut se demander si El Aswany ne serait pas tombé dans la facilité de l'image plutôt que du personnage complexe et profond. Le résultat est un magma avec une forme confuse et des entités indiffèrenciable à part par leur statut social et privé. Au milieu de ça, El Aswany crée des situation typiques qui montrent bien les fléaux de la société egyptienne mais qui n'ont pas une vraie valeure romanesque. Tenant plus du catalogue ou de l'annuaire que de la fiction, L'immeuble Yacoubian sera plus interessant à titre informatif mais pas distrayant pour deux sous.
Cependant, d'un point de vue purement actuel et dénonciateur, L'immeuble Yacoubian tiendra l'interessé de l'évolution des pays du Moyen-Orient en haleine. D'ailleur, l'auteur (pas l'éditeur) a rajouté nombreuses petites notes qui renseignent sur la culture et l'histoire du pays. Guide de voyage, ce livre sera surtout un joli brulot sur les conséquences de l'islamisme radical et de la politique de Nasser. On nous présente bien souvent cet homme politique comme l'emblème et le meneur de l'émergence du Tiers-monde mais on oublie souvent de dire qu'il a été un vilain dictateur qui a mis son pays dans la mouise totale. Résultat, El Aswany nous montre une société inégale, souvent encore pauvre et où les riches ne cessent de réussir. Mais aussi et surtout une société intransigeante et mue entre autre par les valeurs d'une religion stricte, et le mot est faible. Homosexualité banie voire repréhensible, Femme maltraitée et diabolisée par des hommes machos et fiers. Toutes ces minorités opprimés sont montrées avec une précision documentaire par El Aswany et, au risque de plomber le rythme, il s'arrête souvent pour parler de faits historiques et de détails importants. La partie la plus interessante et finalement la plus romanesque est le destin de Taha, jeune d'une famille pauvre refusé aux études à cause de son statut social et embrigadé dans le Djihad. Effrayant et révoltant, le destin de ce jeune homme même s'il a été déjà raconté par d'autres est minutieusement décrit avec des étapes définies montrant bien la méthode de l'Islam radical pour manipuler des Hommes perdus.
Malgré une écriture hésitante et souvent lourdeaute, L'immeuble Yacoubian tire son épingle du jeu avec une minutie informative qui est interessante plus que passionante. On comprend aisément pourquoi il a été bani en Egypte, donnant ainsi raison à tout ce qui est écrit dans le livre. Cependant, El Eswany ne cède pas à la facilité du pessimisme et clot son roman sur une superbe scène qui redonne un peu d'espoir dans cette société bien sombre. On arrive à deviner ce qu'une adaptation cinématographique peu donner et avec le film, on perdrait ce côté lourd. Un bon film surement qu'il faut essayer de se procurer.




