L'immeuble Yacoubian

L'immeuble Yacoubian
Titre:L'immeuble Yacoubian
Auteur:
Edition:Acte Sud
Nombre de pages:225
Genre:Chassé/croisé au pays des pyramides
Note:12/20

Histoire:L'immeuble Yacoubian était un ancien immeuble pour notable dans la Rue Soliman-Pacha. Aujourd'hui, elle appartient à Hatem, fils homosexuel d'un riche qui trimballe son spleen entre coqueterie et nuit avec Abdoul, homme marié et amant endiablé. A un autre étage, Zaky est un vieil homme en ménage avec sa soeur tyrannique qui finit par le jeter de chez lui. Il va tomber amoureux d'une jolie jeune femme Boussaina, qui vient d'être largué par Taha. Ce dernier est le fils du concierge et après s'être fait virer de l'école de police à cause de son rang social, il va entrer dans l'islamisme extrèmiste. Quand à Azzam, il cherche à être élu mère de son district et doit pour cela fréquenter de mafieux exigents. Yacoubian comme point commun, nous allons suivre ces destins au fil de quelques mois mouvementés.

Avis:De notre point de vue d'occidental, l'Egypte n'est pas réputée pour être une grande nation littéraire. Encore marquée par les années Nasser où la liberté d'expression était fortement réduite, ce pays est bien pauvre en écrivain renommé autre que ceux qui écrivent pour le gouvernement. L'année dernière pourtant, nous arrivait un livre et une adaptation filmographique: L'immeuble Yacoubian. Censuré officielement par le gouvernement egyptien pour comportement hérétique contre l'islam et description de moeurs impie comme l'homosexualité, le livre d'Alla El Aswany a pris un aller simple pour l'Europe où il a trouvé son succès. Et comme d'habitude, c'est Acte sud qui se fait porte-parole de ces petits écrivain exotiques malmenés. Pourtant, malgré son audace perceptible, le récit de El Aswany est un peu lourd et on a du mal à s'interesser à cette multitude de personnage. La peinture d'une société religieuse et stricte est cependant interessant.

L'immeuble Yacoubian rappelle par moment les films choral dont l'hexagone du cinéma est plus que friand. Chassé-croisé permanent, le récit est construit par petite bribe de récit qui retrouve parfois une même scène sous un angle diffèrent. Alla El Aswany essaye de nous perdre un peu, de nous ennivrer dans ce melting-pot complexe de personnages tous un peu stéréotypés. Le gay est effeminé comme tout ou alors masculin mais bisexuel, le politicien est vereux et la patronne de bar est une maman gateau. La soeur aigrie est une femme au foyer qui tricote... Ne connaissant que très mal la société egyptienne, on a du mal à affirmer que c'est irréel mais tout de même, on peut se demander si El Aswany ne serait pas tombé dans la facilité de l'image plutôt que du personnage complexe et profond. Le résultat est un magma avec une forme confuse et des entités indiffèrenciable à part par leur statut social et privé. Au milieu de ça, El Aswany crée des situation typiques qui montrent bien les fléaux de la société egyptienne mais qui n'ont pas une vraie valeure romanesque. Tenant plus du catalogue ou de l'annuaire que de la fiction, L'immeuble Yacoubian sera plus interessant à titre informatif mais pas distrayant pour deux sous.

Cependant, d'un point de vue purement actuel et dénonciateur, L'immeuble Yacoubian tiendra l'interessé de l'évolution des pays du Moyen-Orient en haleine. D'ailleur, l'auteur (pas l'éditeur) a rajouté nombreuses petites notes qui renseignent sur la culture et l'histoire du pays. Guide de voyage, ce livre sera surtout un joli brulot sur les conséquences de l'islamisme radical et de la politique de Nasser. On nous présente bien souvent cet homme politique comme l'emblème et le meneur de l'émergence du Tiers-monde mais on oublie souvent de dire qu'il a été un vilain dictateur qui a mis son pays dans la mouise totale. Résultat, El Aswany nous montre une société inégale, souvent encore pauvre et où les riches ne cessent de réussir. Mais aussi et surtout une société intransigeante et mue entre autre par les valeurs d'une religion stricte, et le mot est faible. Homosexualité banie voire repréhensible, Femme maltraitée et diabolisée par des hommes machos et fiers. Toutes ces minorités opprimés sont montrées avec une précision documentaire par El Aswany et, au risque de plomber le rythme, il s'arrête souvent pour parler de faits historiques et de détails importants. La partie la plus interessante et finalement la plus romanesque est le destin de Taha, jeune d'une famille pauvre refusé aux études à cause de son statut social et embrigadé dans le Djihad. Effrayant et révoltant, le destin de ce jeune homme même s'il a été déjà raconté par d'autres est minutieusement décrit avec des étapes définies montrant bien la méthode de l'Islam radical pour manipuler des Hommes perdus.

Malgré une écriture hésitante et souvent lourdeaute, L'immeuble Yacoubian tire son épingle du jeu avec une minutie informative qui est interessante plus que passionante. On comprend aisément pourquoi il a été bani en Egypte, donnant ainsi raison à tout ce qui est écrit dans le livre. Cependant, El Eswany ne cède pas à la facilité du pessimisme et clot son roman sur une superbe scène qui redonne un peu d'espoir dans cette société bien sombre. On arrive à deviner ce qu'une adaptation cinématographique peu donner et avec le film, on perdrait ce côté lourd. Un bon film surement qu'il faut essayer de se procurer.

# Posté le vendredi 06 avril 2007 13:24

Modifié le dimanche 08 avril 2007 05:52

300

300
Titre:300
Réalisateur:Zack Snyder
Acteurs:Gerard Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro...
Sortie:2007
Durée:1h55
Genre:Slip man contre les percés
Note:13/20

Histoire:Le Roi Léonidas règne en maître sur un peuple glorieux et belliqueux. Quand un emissaire perse vient lui poser un ultimatum, la vie contre des Terres et une soumission totale, Leonidas précipite cet homme dans un puit, déclanchant ainsi une guerre terrible. Malgré la désapprobation du peuple et des oracles, il va partir avec trois cents hommes se battre contre plus de 10000 perses dans un boyau au bord de mer. Ces monstres sanguinaires et invincibles avec l'appui de quelques milliers de grecs vont résister à l'envahisseur espèrant l'arrivé de troupes plus nombreuses. Mais le reine ne parvient pas à convaincre le sénat d'envoyer l'armée au complet. Pendant quelques jours, ces trois cents guerriers vont se battre contre des monstres et des soldats numériquement bien supèrieur.

Avis:On nous le balançait sur tous les sites, dans toutes les emissions: 300 serait le film de l'année comme son predecesseur Sin city était celui de l'année 2005. Mais dès sa sortie, les critiques se sont bien ravisées et ont proclamé nul voire hérétique ce film d'action. Rejetant avec préciosité la morale guerrière et justement plutôt immorale et accusant le film de propagande pro-Bush, nos critiques typiquement hexagonale ont bien vite classé ce film comme politiquement correct et donc à éviter de préférence. Au final, cette adaptation libre de la bande dessiné de Frank Miller est en tout point réussie visuellement et le scénario est suffisament haletant pour que les deux heures soient un joli divertissement. Cependant, il faut dire que cette sortie est bien mal à propos et que dans le contexte actuel on ne peut pas y voir une propagande pour notre cow-boy detesté d'outre-atlantique. A revoir dans dix ans?

C'est incroyable comme les champs de blé peuvent être significatif de l'époque de l'antiquité. Quelques années après le bouseux Gladiator de Ridley Scott, Snyder nous gratifie d'une imagerie stéréotypé des villes méditerrannéenes. Les colonnes doriques, les petites ruelles pavées et surtout ces champs qui s'étendent à perte de vue avec des épis bien formé et alignés. C'est dans ce décor champêtre que les rois s'aiment, que les guerriers disent adieu à leur Terre. Et il faut avouer que ce classicisme ultra-vu était proche de m'énerver quand je suis tombé sur d'autres plans outrement plus interessants et palpitants pour un coeur de cinéphile (cinéphage même d'après mes parents). L'univers de Snyder qui était celui de Miller avant dépasse la simple réalité historique pour nous emmener dans une mythologie démente. Champ de carcasses au dessus duquel on brandit un bébé (Le roi Lion????), arbre de cadavres épinglés à coup de flèches (palme du plus beau plan des deux heures de film) et montagnes enneigées ou arides selon les circonstances, les décors de 300 se complexifient énormement dès l'action lancée. Le tout saupoudré de bestioles dantesque et effrayantes tel La boule avec des lames au bout des bras ou un effrayant troll déchainé faisant joujou avec sa hache ou encore nain diforme aux yeux vitreux et Snyder réussit à crée une ambiance belle et mystique qui nous entraine dans un surréalisme qui permet de faire passer la pillule d'une imoralité redoutable. En effet, il faut avouer que les spartiates sont pour le moins detestables et ont une mentalité guerrière effrayante. A sept ans, ils apprenent à leur gosse à se battre contre des bêtes sanguinaires et à n'éprouver aucune pitié lorsqu'ils se combattent entre eux. Ils sont arrogants, sans pitié ni merci (entendu plus de trente fois dans tout le film). Mais après tout, pourquoi pas. Pourquoi devrions-nous absolument rejeter ces mentalités surtout dans une fiction? Soyons lucides pour une fois, cet état d'esprit a bien existé, chez les occidentaux comme chez les orientaux et il n'y a aucune raison de le bannir parce qu'on le trouve horrible. Après tout, on continue bien de montrer Hitler triant les juifs sans pour autant crier au scandale. Dans les deux cas, on parle bien de loi du plus fort et si c'est la maltraitance des enfants qui gêne ici, on apprenait bien aux enfants aryens à cracher sur des juifs ou à insulter des autres enfants parce qu'ils étaient une sous-race. Le problème réside bien dans ce déni de notre histoire et c'est parce qu'on ne peut pas voir une prévention dans 300 que les critiques trouvent cette morale debectable.

Il faut donc prendre 300 pour ce qu'il est réelement: une prouesse technique et un divertissement interessant. Une fois l'ambiance installé par un monde irréel, Snyder soigne une photographie audacieuse revalorisant un genre un peu discrédité par de nombreuses bouses: le péplum. Certains affirmeront que Sin city revalorisait le film noir et que 300 discrédite l'épique, je trouve au contraire que Snyder se débrouille plutôt pas mal, même si l'on est encore très loin de la prouesse de Rodriguez. Dans ses couleurs orange, jaune, rouge ou encore noir et bleu, Snyder ne se contente pas de garder une même ambiance tout du long mais adapte sa photo en fonction du récit, allant parfois même à oser des mélanges et ruptures étranges. Ainsi, on passe du bucolique champ de blé au terrible temple des oracles bleu/violet, où l'on aura le droit à une des plus belle scènes: une possession par les Dieu d'une jolie jeune femme se déhanchant.Le régal des peaux suintantes et des casques fendus, d'un orage à la pluie fine et où l'on peut distinguer chaque goutelette, tout est magnifique et donc admirable pour un peu que l'on apprécie l'univers bande-dessiné. Sur ces bases, la suite n'est que rythme soutenu et à ce jeu là, Snyder peine malheureusement parfois à lier les deux parties diffèrenciable du récit: la bataille de Leonidas et celle de sa femme contre le congrès. Si la première repose sur une action infaillible aux coups variés, la deuxième aurait gagné clairement à prendre de la profondeur, perdre du manichéisme et complexifier ses dialogues. Ce qui est dans une bulle ne suffit pas aux personnages de films et là, on a vraiment l'impression d'entendre un discours con, mécanique et basique. Si Lena Headey est physiquement intelligente, elle n'a aucun talent pour le jeu ou le cache profondement. Les méchants ont une gueule antipathique et la jeune et belle héroine a les cheveux dans le vent et aime profondement son mari.

Reste à parler de ce qui fait le plus débat sur 300: la prestation de Gerard Butler. Ah non pardon: le message pro-bush ou non que Zack Snyder a voulu mettre dans son film. Si on pourra toujours dire que la bande dessiné est bien antèrieur à l'élection de Bush et à sa guerre sainte au moyen-orient, sortir une adaptation comme celle-ci n'est forcement pas innocente. Le spartiate, originaire de Grèce est l'icône même de ce pays où naquit la démocratie et se bat pour la liberté des Hommes contre la dictature persane. C'est un résumé antique au mot près de ce que prône le cow-boy aujourd'hui dans sa guerre contre l'Irak. D'autres micro-détails pourtant bien lourdeau comme la position de mort de Leonidas sur le champ de bataille est celle du Christ bien entendu et personne ne pourra passer à côté. Cependant, j'aimerais savoir le nombre de personne qui vont avoir la culture générale pour assimiler les perses aux irakiens et qui vont savoir que la Grèce est le berceau de la démocratie.

Alors, que tous continuent à se prendre le fion sur le message de propagande que l'on peut trouver dans 300. De toute façon, toute oeuvre d'art ne serait-elle pas engagé politiquement? Alors prenons ce film pour ce qu'il est: une belle oeuvre visuelle au scénario fin voire ridicule et au rythme joliement soutenu. Agréable, tel pourrait être le nom à assimiler à 300, guère plus. Gérard Butler est un vrai ptit démon à l'énergie louable et aux biscotots hallucinant. Voilà.

# Posté le vendredi 06 avril 2007 16:55

Modifié le samedi 07 avril 2007 07:56

Je vais bien, ne t'en fais pas

Je vais bien, ne t'en fais pas
Titre:Je vais bien, ne t'en fais pas
Auteur:Olivier Adam
Edition:La dilettante
Nombre de pages:186
Genre:Formidable simplicité
Note:19/20

Histoire:Claire est caissière à Shopi. Jeune femme à la peau blanche et à la beauté reservée, elle trimballe son spleen dans Paris entre soirés branchées avec sa copine Nadia et lecture passionnée. Depuis que son frère jumeau, Loïc a disparu sur les routes de Françe alors qu'elle était en vacance, elle n'a plus le goût de vivre. Même les lettre hebdomadaires qu'elle reçoit de lui ne suffisent pas à la rassurer et à lui remonter le moral. Quand elle reçoit une lettre de Bretagne, elle décide de partir en vacance où Loïc lui a envoyé sa dernière lettre. Elle y rencontre Antoine, un photographe.

Avis:Il n'y a rien de plus agaçant que de lire un livre après en avoir vu son adaptation cinématographique et de s'apercevoir que le réalisateur a recopier mot pour mot ce que l'auteur avait écrit; comme l'avait fait par exemple Chris Colombus avec les deux premiers Harry Potter, pour ne citer que lui. Se plonger dans le court roman d'Olivier Adam après avoir vu le film de Lioret ne vous procurera pas cette detestable impression d'avoir été pris pour un con, consommant à peu près deux fois le même produit. Le livre, plus contemplatif et moins dense en émotion ouvertement affichées est une ballade nostalgique où tout le drame se situe au delà des simples fait que Adam décrit. Une nouvelle à dévorer (en un jour, comme je l'ai fait).

Claire est une de ses héroines rêveuse et belle comme les auteurs de romans à l'eau de rose en raffolent. Derrière sa caisse, elle égrène les jours dans un paresse nostalgique rarement brisée par une fête étudiante où elle se sent manipulée par des pervers ou meprisée par des jeunes plus éduqué qu'elle, pauvre caissière avec derrière elle son simple "sup de caisse". Olivier Adam ne rentrera jamais ou rarement dans ce qu'il se passe réellement dans sa tête mysèrieuse. Son personnage, il l'a fait parler par ses actes. Sans qu'il ait besoin d'écrire qu'elle est rongée par le chagrin, la savoir en vacance sur les traces de son frère suffit à comprendre bien plus d'elle qu'un long discours. Olivier Adam se contente alors de décrire ce qu'un narrateur peut voir d'elle, de diffèrents point de vue. Il s'écartera qu'à de rares égarement de son chemin à elle, préférant décrire ses parents et ses amants comme elle les voit. De par sa rapidité et un style accrocheur, ce roman nous paraitra presque ephèmère comme une nouvelle. Le temps de s'interesser à elle et d'essayer de comprendre ce qui lui arrive, elle sera guérie dans les mains d'un jeune homme attentif et aussi rêveur qu'elle.

Car, comme dans le film, Je vais bien, ne t'en fais pas est avant tout le récit d'une renaissance. On pourrait presque parler de voyage initiatique. Vivant dans le mensonge perpetuel et dans le passé, Claire va survivre à la vérité là où cette dernière aurait pu l'achever. Elle ne sera pourtant pas aidé par ses conquêtes aléatoire, plus pervers ou infidèles les uns que les autres. Julien arrivera comme un remède ultime, un ange gardien qui la surveille depuis plus longtemps qu'elle ne peut l'imaginer. Faisant de ce Shopi un endroit central où on retrouve des hommes et des femmes décrit précédement, on s'apercevra que Julien était en fait ici depuis le début. On pourrait même se demander si ce n'est pas lui qui raconte cette histoire si le narrateur ne racontait pas sa vie à la fin. Olivier Adam, après une certaine froideur dans l'écriture révèlera le clou de sa ballade avec une fin en histoire d'amour. C'est l'attention, l'autre qui peut vous sortir des situations les plus desespéré. Claire sortira Julien de son autisme et Julien sauvera Claire de son desespoir. Dans les derniers instants, Claire demandra à Julien "On y va?" et lui répondra simplement "On y va". "On y va", on rentre dans la vie, on avance au lieu de vivre dans le passé.

Plus reservé et plus précis que le film, le roman d'Olivier Adam se distingue de son adaptation par un goût de la simplicité. Là où Lioret brodait une adolescence mouvementé et maladive à Claire (Lili dans le film), Adam l'évoque à peine. Enfin, Lioret explicite la présence perpetuelle de Julien dans la vie de Claire là où Adam le mettait en fantôme jusqu'au dernier moment. Dans les deux cas, l'effet est enchanteur et dramatique à la fois, dans les deux cas on ressent un bonheur intense à regarder ou lire l'oeuvre des deux hommes et pour une fois que on sent que le scénariste a fait un travail monumental d'adaptation, on applaudit des deux mains et on dit amen.

# Posté le samedi 07 avril 2007 11:27

Modifié le samedi 07 avril 2007 12:08

L'armée des douze singes

L'armée des douze singes
Titre:L'armée des douze singes
Réalisateur:Terry Gilliam
Acteurs:Bruce Willis, Madeleine Stowe, Brad Pitt...
Sortie:1996
Durée:2h00
Genre:Epidemie circus
Note:17/20

Histoire:En 2035, près de quarante ans après la catastrophe virale qui a décimé 99% de la population mondiale, les quelques survivants vivent sous Terre. Quelques dirigeants se servent des autres comme cobaye et les envoient à la surface pour recueuillir quelques espèces vivantes et les étudier. James Cole, homme tourmenté par une vision incompréhensible où un homme se fait tuer sous ses yeux, est l'un d'eux. Un jour, on le nomme pour être envoyé dans le passé, quelques temps avant la catastrophe et comprendre ce qui s'est passé. Il arrive en 1990 au lieu de 1996 et se fait interner dans un hopital psychiatrique, sous les soins du docteur Kathryn Railly. Là, il rencontre Jeffrey Goines, fils d'un chercheur en biologie et complètement fou qui va l'aider à s'évader. Cole ne peut pas revenir sans résultat.

Avis:Dans la carrière de Terry Gilliam, L'armée des douze singes est probablement le plus grand nom avec Brazil, sans compter sa période Monthy Python. Pour son dixième long, le maitre du fantastique anglais adapte La Jetée, chef d'œuvre de Chris Marker. L'occasion pour lui de dévoiler sa vision du futur urbain, crade et en proie aux catastrophes plus ou moins naturelles. Il nous prend par la main et nous entraine dans un univers visuel éblouissant de maitrise et d'originalité, comme il l'a toujours fait. Le tout sur une histoire haletante et le voila en route pour un nouveau chef d'oeuvre reconnu presqu'unanimement par la critique. L'occasion aussi de découvrir un Brad Pitt hors du commun et de retrouver Bruce Willis sobre et efficace comme il ne l'a plus fait depuis Le cinquième élèment. What a wonderful world?

Comme on parle de gothisme burtonien, on pourrait nommer urbanisme gilliamien cette vision si spéciale qu'à Terry Gilliam de la ville moderne et futuriste. C'est souvent très très gris, même quand le soleil brille, souvent humide. Il y a des détritus qui jonchent les trottoirs et les jardins publics et les murs sont recouverts d'affiches à moitié arrachées et recouvertes. Il y a des clochards qui puent, des drogués et des paumés et surtout il y a une abondance de monde de partout. Dans le New-York de 1996 de L'armée des douze singes, on retrouve toute cette imagerie que l'on trouvait dans celui de Fisher king (voir trois pages précédement). Gilliam joue donc sur ce décor chaotique au possible qui sent bon la fin du monde pour créer une ambiance quasiment cloque. Au final, les seuls paysages appaisants que l'on vera dans tout le film seront ce monde glacé où les ours cotoient les lions dans les rues de Manhattant, en 2035. Pour le reste, il y a ce va et vient permanent entre le passé urbain et le futur souterrain. Là, les couloirs de métal noir, les cages étriqués et les fils apparents font étrangement penser à ce que les frères Wachowsky créeront pour Matrix. Par dessus ces décors somptueusement travaillés et cette photographie palote, Terry Gilliam trimbale son goût pour les plans serrés et bancals. On retrouve cette proximité presque gênante avec les personnages. On devine aisément les gouttes de sueurs et autre détail palpitant des visages de acteurs. Et puis il y a ces plans instables, décalés, de biais comme si le caméraman se boittait la gueule. Univers si particulier que Gilliam fait coller parfaitement avec cette intrigue futuriste. Avec une talent pour la composition de l'image, L'armée des douzes singes vaut déjà rien que pour sa mise en scène.

Mais ce n'est pas pour autant que l'on écope d'un scénario bidon, comme beaucoup de films futuriste ont de nos jours. Le label Terry Gilliam est bel et bien un gage de qualité et David Webb Peoples adapte formidablement le roman Le jetée. C'est un des rares film d'"action" a avoir des dialogues savoureux, remplis de sentiments sincères, de folie et d'humour noir. Les personnages les plus réussit sont sans aucun doutes ces cinqs dirigeants du futur qui se partagent leur fin de phrases. Sous leurs allures sérieuses, ils sont en fait complètement déjanté. C'est par des petites touches comme ça que le scénario devient complexe, touffu et donc passionant. Pleins de rebondissement (dont un magnifique pied de nez final qui se laisse deviner si l'on est affuté mais qui est quand même une bonne surprise), L'armée des douze singes parle de folie comme personne d'autre. Les scènes d'asiles sont parmis les plus drôles mais aussi les plus émouvantes. Terry Gilliam a le don pour montrer que la folie c'est la société qui en a le monopole et pas les exclus qu'on enferme. Déjà dans Fisher king, le réalisateur en faisait son thème principal, ici il prend le temps aussi de s'y interesser. Et toutes ces séquences sont l'occasion rêvée pour découvrir un acteur tel qu'on l'a plus jamais vu depuis: Brad Pitt. Il y a très peu de mots qui pourrait le décrire à part irrésistiblement bon, formidable. Un OVNI et une prestation qui aurait mérité un oscar. En même temps la concurrence était rude cette année puisque c'est Kevin Spacey pour Usual suspect qui lui a pris. Bruce Willis et Madeleine Stowe se débrouillent aussi pas mal, avec un duo glamour et sincerement attachant.

Ode à la folie et formidable film d'anticipation, L'armée des douze singes est encore un chef d'oeuvre made in Gilliam avec tous ses thèmes fétiches et une intrigue palpitante. On ne pourra que regreter que les cérémonies diverses et variées ne lui ait pas réservé une place de choix. Cela ne nous empechera pas cependant de le déguster sans aucune espèce de modération avec en plus une BO blues et un thème d'Astor Piazolla, le même qui est utilisé dans P.J, je sais c'est dur à écrire, mais c'est vrai.

# Posté le dimanche 08 avril 2007 11:53

Modifié le lundi 09 avril 2007 12:39

Avril brisé

Avril brisé
Titre:Avril brisé
Réalisateur:Walter Salles
Acteurs:Rodrigo Santoro, Ravi Ramos Lacerda, José Dumont...
Sortie:2003
Durée:1h28
Genre:Quand le Talion devient poétique
Note:18/20

Histoire:Au début du XXème siècle, deux famille continuent de mener un combat ancestral pour une Terre aride. Chacun leur tour, les fil va tuer le fils adverse puis attendra le cadet pour trouver la mort. Parmis la descendance des Breves, il ne reste que Tonho et le môme pour assurer cette lutte. Après la mort de leur frère ainé, Tonho tue un adversaire et demande une trève, ce qui lui laisse une lune pour boucler quelques affaires. Mais avec son frère, ils rencontrent Clara et son parrain, qui font partie d'un cirque ambulant et Tonho tombe amoureux de cette jeune femme. Hésitant entre partir avec eux et assurer un honneur idiot, il passe ses derniers jours à connaitre l'amour et à s'évader dans un rêve avec son petit frère, enivré par un conte de fée que Clara lui a donné.

Avis:Le meilleur moyen d'aborder Walter Salles est certainement le court métrage qu'il a signé pour la grande oeuvre collective Paris, je t'aime. Brésilien d'origine, Salles y suivait une jeune femme pauvre qui laissait son enfant dans une garderie pour aller s'occuper d'un autre dans un quartier riche. Dans toutes les oeuvres de Salles, il y a cette pauvreté en trame de fond qui l'obsède. Avril brisé ajoute à ce thème majeur le constat froid des traditions ancestrales cruelles et idiotes. Mais, contre toute attente, il va finalement retourner cette histoire crue dans un monde de labeur en une fable émouvante aux larmes. Scénario surprenante et mise en scène sublime quoi qu'un peu démonstrative, Avril brisé peut surtout compter sur un acteur ahurissant: Rodrigo Santoro.

C'est étonnant parfois les coincidences qui nous font dire que le monde du cinéma est vraiment petit. Il y a deux jours, je m'exbodiait devant Xercès dans 300 qui malgré son maquillage abusif et ses talons très très compensés gardait un naturel et je me disais que cet acteur qui réussissait à signer une prouesse sous autant de trucages était à suivre. Aujourd'hui, cliquant Rodrigo Santoro dans Allociné, je trouve que le jeune homme torturé que je viens de voir pendant une heure trente est en fait le même que l'immense roi perse.Très loin du demi-dieu du film de Snyder, Santoro est ici plus fragile et bien sûr plus intense encore. Il est Tonho, jeune homme courageux mais profondement tiraillé entre l'honneur de sa famille et l'amour, sa vie. Il serait facile de jouer un homme dans ses derniers jours fou ou le regard vide. Tonho est au contraire actif et grignote chaque seconde de sa fin de vie. Sous son extraordinaire beauté, Rodrigo Santoro est un acteur intense et maléable. Se paroles sont rares mais son regard en dit plus encore que tous les longs discours. Il est parfaitement adapté à ce scénario peu bavard qu'est Avril brisé. Walter Salles, qui adapte ici un roman éponyme d'Ismaïl Kadaré avec une économie totale de parole. Et pourtant, si l'histoire demande une implication du spectateur, elle est bouleversante de poésie. Les rares dialogues sont souvent des histoires que racontent les personnages plus que des échanges naturalistes et quotidiens. Du parrain de Clara qui raconte comme il est né totalement mort à Pacou qui répète sans arrêt l'histoire de la petite sirène pour ne pas l'oublier, Walter Salles nous plonge dans des instants rares et poétiques. C'est une poésie étrange et atypique qui passe par les actions plus que par les paroles. Comme cette séquence ou Tonho tombant de la balancoire et se bagarrant avec son frère provoque l'hilarité de ses deux parents, eux qui semblent tout le temps accablé par le chagrin et le travail. Ou les scènes de cirque où le regard des enfants sur la sublime Clara crachant du feu témoigne d'une passion admiratrice.

Walter Salles détourne donc habilement un postulat de départ brutal et sanguinaire en une fable néanmoins cruelle mais belle avant tout. Dès les premières minutes, on sent cette ambiguité dans le traitement de l'intrigue. L'inépuisable guerre fait rage et on comprend petit à petit les fondements de cette bataille. Quand le sang sur la chemise du mort jauni, le frère doit partir en chasse. Cette chemise maculé étendu au vent est un symbole barbare de cette tradition et pourtant, il y a quelque chose de beau dans le regard et la traitement de ces deux frères qui regardent le sang secher. L'exemple le plus parfait de cette douleur sublimé par le lyrisme est sans doute cette course poursuite dans une forêt de bois seché où deux hommes se courent après. La vitesse rend les corps indifférenciable et les arbres morts ajoutent un stress à la scène et pourtant, on est avant tout subjugué par la beauté de ce balet des deux corps. C'est donc la mise en scène de Walter Salles qui joue beaucoup sur l'adoucissement de cette histoire de vengeance et d'honneur. S'appuyant sur un décor naturellement aride et harmonieux, le réalisateur joue sur une lumière écrasante et des corps suintant, tout en préservant une certaine immobilité qui rend paisible cette lutte sans pitié. La maison seule au milieu du désert rappelle les vieilles fermes de l'ouest américain des Western (Il était une fois dans l'Ouest...) et dégage cette même impression de sérénité. Certains plans ne sont pas sans rappeler l'enfance et le jeu comme ces scènes étourdissantes où les deux frères jouent sur une balancoire à voler. On croirait parfois être dans un monde presque irréel. Et même si certains plans sentent la lourdeur (les deux chemins qui symbolisent un choix de vie, un destin diffèrent), il y a toujours une pudeur qui fait sortir Walter Salles des sentiers battus (cette scène d'amour où la caméra préfère filmer la pluie et laisser flou les deux corps au premier plan) et rend Avril brisé formidable à voir.

Il ne s'empêche pas cependant de réserver une place pour les sentiments crus et une violence intense des sensations. Walter Salles ne se contente pas de rendre lyrique l'histoire, il dénonce aussi ces pratiques idiotes qui ammène la mort pour une simple question d'honneur. Avril brisé est donc avant tout un drame familial aux personnages creusés et autopsié sans s'étendre en belles paroles. Le père s'acharnant sur ses boeufs qui ne peuvent plus avancer tant ils sont fatigués raconte beaucoup plus q'un monologue long sur la douleur qu'il ressent de n'avoir pas pu partir pour sa famille. Symbolisme délicat jamais conventionnel, l'histoire de ce film est passionante et bouleversante et tout est reglé au millimètre par un maitre du septième art qui mérite une attention particulière. Rodrigo Santoro est l'autre superbe surprise du film: à suivre de très très près.

# Posté le dimanche 08 avril 2007 16:47

Modifié le lundi 09 avril 2007 03:52