Midnight express

Midnight express
Titre:Midnight express
Réalisateur:Alan Parker
Acteurs:Brad Davis, Irene Miracle, Bo Hopkins...
Sortie:1978
Durée:1h50
Genre:Violence des échanges en milieu carcéral
Note:19/20

Histoire:Billy Hayes est en voyage en amoureux en Turquie, bien loin de son Amérique natale. Quand il reprend l'avion à Istanbul, il essaye de rammener en souvenir quelques centaines de grammes de cocaïne. Mais il se fait pincer juste avant de rentrer dans l'avion. Il est donc enfermé dans une prison de la capitale turque et sa collaboration pour pincer le dealer qui lui a fourgué sa drogue n'allégera pas sa peine. Il prend pour quatre ans ferme. Il entame alors une longue descente au enfers, dans l'univers carcéral sale et violent des prisons peu démocratiques turque. Là bas, les prisonniers ne peuvent plus qu'espèrer en l'arrivée du Midnight express qui lui permettra de s'envoler loin de leur cellule.

Avis:Midnight express est probablement le plus connu des films d'Alan Parker. Il faut dire aussi qu'il a fait son petit scandale à l'époque et a aussi rafler un palmarès grandiose. Golden globe du meilleur film, oscarisé pour sa musique (qui le meritait amplement) et nominé aux oscars pour le meilleur film (qui lui a été volé par Voyage au bout de l'enfer, rude concurrence) et le meilleur acteur (piqué lui par Jon Voight pour le Retour). Le scandale quand à lui vient surement de l'attaque relativement directe au gouvernement turc pour sa démocratie très bafouillante. Mais en dehors de toute considération politique, Midnight express est aussi un film sur l'enfermement et l'aliénation qu'il ammène avec un acteur sidérant et malheuresement parti: Brad Davis.

Dans une chambre d'hôtel enfumée, Billy se recouvre de gros scotch pour faire tenir ses paquets de coke. Il n'y a pas de visage, juste des mains déjà tremblante qui annoncent le pire. On retrouve ce même Billy à l'aéroport, avec pour bande son des battements de coeur angoissants. Filmé de près, le jeune homme su, soupire, sourit du coin des lèvres et panique. Les turcs menaçants (un peu trop?) nous font suffoquer autant qu'ils lui font peur. Jusqu'au moment où tout bascule, et que le coeur laisse place à la sublime bande originale de Giorgio Moroder. Puiqu'il faut bien commencer par quelque part, laissez-moi vous parler de la musique de Midnight express. Moroder, grand compositeur de film devant l'eternel (Scarface, Flashdance...) offre son talent à Alan parker par le biais d'un leit-motiv (tout au long du film donc) enivrant, inquiétant et plein d'espèrance. Gorgé des sons de l'orient, cette invitation à l'évasion colle avec une infinie osmose aux images du film et serre nos coeurs et même nos tripes. Les autres morceaux sont tout aussi beaux et eux plus sombres.

De l'obscurité, Parker nous en livre pendant deux heures. Même si Billy se raccroche à l'évasion comme à un fil ténu, il lui faut toucher le fond de l'horreur pour enfin remonter. Le cinéaste n'a d'ailleurs pas volé sa nomination pour le meilleur réalisateur. Ses mouvements de caméra plutôt simples laissent place à une photographie soignée, brumeuse et voluteuse. L'image est toujours voilé par de la fumée: vapeur (la scène charnelle entre Billy et Erich est l'une des plus belles que j'ai pu voir), poussière tout sert de trouble. Dans ces univers étrange, dans un décor étouffant (contrasté par des plans d'Istanbul dignes d'Arthus Bertand), Parker joue avec ses personnages, tous si complexes et semblables à la fois. Les quatre hommes sont là pour la même raison et pourtant, il semblent si diffèrents. Si Midnight express n'est pas à suspens, les personnages se dévoilent cependant délicatement, au rythme des discussions.

Tiens, transition habile, qui dit discussions dit scénario. Basé sur une histoire vraie, le scénario sent horriblement le réalisme. Horriblement dans le sens que l'effroi n'en est que plus dense. Toutes les scènes sont dès lors d'une justesse et d'une précision dans la narration choquante. De même pour les dialogues qui sont, à mon avis, ceux exacts qu'ils ont prononcé (on invente pas ce genre de choses). Par une illustration dramatique, Parker parle sublimement bien de l'enfermement et de maux, voire des névroses qu'il procure. Les scènes ecoeurante (un arrachage de langue ac les dents, des tortures diverses et pire encore, un asile de fou à couper le souffle) contrastent avec une poésie déplacée mais d'autant plus forte (le midnight express, Instanbul blues...). Et cette dure contemplation est d'autant plus formidable que Parker l'a dépolitisé au maximum. Il n'est pas question ici d'attaque à la Turquie, ni d'américanisme excessif (comme l'on affirmé certains) mais simplement d'une reflexion philosophique sur la perte d'humanité et de liberté, sur les séquelles du mal physique... Si l'on pourra dire qu'il est en ce sens un peu foure-tout, les deux heures de film sont claires et tords-boyaux.

Et pour réussir un tel chef d'oeuvre (car c'est bien de quoi il est question ici), Parker s'est entouré d'acteurs parfaits, à commencer par Brad Davis (Billy donc). Cet acteur fournit une prestation au delà de tout mot. Incroyablement fort et superbe géant aux pieds d'argiles, son jeu est toujours contrasté, puissant et au delà de toute lacrimosité. Et comme c'est toujours les meilleurs qui partent les premier, cela fait maintenant 16 ans qu'il nous a quitté, appauvrissant considérablement le cinéma américain. Ses copains de chambré sont aussi à la hauteur (Randy Quaid, Norbert Weisser, John Hurt). Seule Irene Miracle est peut-être un peu défaillante mais qu'importe, on la voit peu.

Un incontournable du septième art, puissant, choquant, terrorisant et génialissime avant tout, Alan Parker réussit à merveille à reconstituer un univers carcéral oppressant. A voir absolument.

P.S:Pour ceux qui voudraient la Bande Originale, je l'ai, je peut vous l'envoyer, laissez-moi just votre adresse.

# Posté le jeudi 08 février 2007 09:58

Modifié le jeudi 08 février 2007 13:55

Profession profiler

Profession profiler
Titre:Profession profiler
Réalisateur:Renny Harlin
Acteurs:Kathryn Morris, LL Cool J, Val Kilmer...
Sortie:2005
Durée:1h40
Genre:Sept petits flics
Note:08/20

Histoire:L'équipe du profiler Harris est bien malmenée. Les septs jeunes prétendants au diplôme du FBI sont humiliés, par leur professeur aux méthodes peu orthodoxes. Pour leur dernier stage, après plusieurs simulations ratées, Harris leur propose une reconstitution grandeur nature d'un meurtre dans une petite île perdue. Coupés du monde, l'équipe va vite s'apercevoir que l'entrainement promis est en fait plus dangereux que prévu et qu'un véritable tueur profite d'une connaissance de leur personnalité pour le pièger, et les supprimer les uns après les autres. Désormais, tous sont suspects et chaque recoins peut cacher un horrible piège. Quand au temps, il est leur pire ennemi.

Avis:Seven little cops on a Island..., ce scénario sent le réchauffé? Profession profiler arrive en effet bien après Dix petits nègres (d'Agatha Christie) mais aussi après Battle royal, qui dans le même genre allait beaucoup, beaucoup plus loin. Renny Harlin est bien loin de sa période 58 minutes pour vivre, et porte plutôt les stigmates de ses dernières productions naveifiant tel Peur bleue Driven et plus récement le dernier exorciste. Acteurs tout juste bankable et plus ridicule qu'autre chose, scénario passé au micro-onde et mise en scène télévisuelle au mauvais sens du terme, Harlin nous gratifie de tous ces reflexes hollywoodien pour finalement nous servir un divertissement tout juste comestible.

Les dix petits nègres étaient kitshs, british et caustique. Battle royal était trash, jusqu'au boutiste et haletant. Profession profiler a bien sûr oublié toute qualité du roman d'Agatha Christie et de son modèle nippon, il a tout juste gardé le rythme bien affadi. Le générique faussement inquiétant nous présente un élément clé du film sans que l'on dicerne bien sûr de quoi il s'agit. Regarder Minority report a bien servi à Harlin. Sauf que là, on a vraiment l'impression d'une plagia gratuite et malsaine. Ensuite, le stress d'une nuit de noël simulée (non je ne vous révèle pas grand chose) bien sûr, puis la rencontre avec un maitre sadique et bien méchant, comme dans tout bon block-buster. Cassant (Brice si tu nous lit), detestable et austère, Val Kilmer incarne si mal ce général Harris que l'on y croit pas longtemps. Il n'est pourtant pas mauvais le bougre, il est juste bouffé par une direction d'acteur lamentable. Ainsi, Kathryn Morris qui séduisait dans Cold case (sur Canal +) est elle aussi affadit, dépouillée de tout charme féminin. On attendait rien de LL Cool J (déjà vu dans le "stupéfiant" SWAT) ni des autres inconnus du casting et sur ce point là, pas de surprise.

Après un quart d'heure de film inutile et un séquence d'hélicoptère sur un thème rock-techno, on arrive enfin sur l'île. Le vif du sujet pouvait pimenter le long-métrage, mais il faudra d'abord que l'on se tape une reconnaissance des lieux sous forme de visite guidée et quelques traits d'humour d'une équipe de copains heureux de leurs vacances. Occasion aussi pour le scénario de confirmer sa banalité avec l'instauration d'une love-story de dernière classe, qui nous informe déjà sur ceux qui resteront à la fin. A l'aube, nos jeunes génies du FBI se lancent à la recherche d'un crime dans une ville désafectée pleine de poupées grimaçante elles aussi déjà-vue. La découverte d'une poupées mutilée au plafond d'une maison annonce le début des hostilités espérées depuis le générique. Un(e) premier mort, puis la tentative de partir. Puis la résignation, la "suspectitude", un deuxième mort, la trouille, l'enquête, un mort, un coup de sang, un mort, un coup de sang, pan-pan, une révélation prévisible et un hélicoptère au soleil levant. Voilà comment résumer une heure quarante de film qui nous font saliver pendant un temps dans l'espoir d'une chute brillante, avant de nous foutre le cafard, tant les rebondissements sont énormes. Le suspect a une étiquette "méchant" sur le front, les gentils sont marqué d'un post-it "vierge innocente" ou "faux suspect". Après reste le plaisir des mort qui se suivent dans un bain de sang modéré, dans des situations plus ou moins délectables (plutôt plus que moins).

Les dialogues à la "It's not me" répétés à l'infini et les flingues qui se dégainent avec un "mother fucker, son of a bitch put your gun off" sont lassantes, voire orripilantes. Orripilantes l'est aussi la mise en scène télévisuelle voire clipesque. Image bleutés pour faire plus nuit, lumière quasi absente pour permettre des surprises faciles, Renny Harlin ne se prive d'aucun cliché du genre. Parfois, les plans sur les personnages qui s'enfilent mettent la tête "comme un gros chat" et d'autre fois en deviennent risibles.

Même le jeu de massacre est à la limite du digeste et l'heure quarante passée avec nos sept nègres très américains est limite digeste. La fausse profondeur des personnages (j'ai perdu mes parents je suis déséquilibré...) est très patriotique et républicaine et l'action peine à dissimuler ce scénario creux. Un divertissement bon pour un coup de blues, pas plus.

# Posté le samedi 10 février 2007 05:06

Modifié le mercredi 25 juillet 2007 11:35

Serial noceur

Serial noceur
Titre:Serial noceur
Réalisateur:David Dobkin
Acteurs:Owen Wilson, Vince Vaughn, Christopher Walken...
Sortie:2005
Durée:1h55
Genre:Comédie semi-trash
Note:10/20

Histoire:John et Jeremy, amis et collègues depuis 17 ans sont aussi des célibataires endurcis. Pour calmer leurs ardeurs, ils s'incrustent le week-end venu dans les mariage de la haute et se trouvent de belles jeunes femme en rut. Au matin venu, ils les abandonnent à leur sort, et retournent à leur vie quotidienne. Le mariage de la fille de William Cleary, candidat à la présidentielle républicain, aurait pu être un mariage comme un autre pour les deux compères. Seulement, John va tomber amoureux de la soeur de la mariée: Claire et Jeremy va s'enticher de Gloria, la cadette un peu nymphomane. Quand l'amour se mêle au sexe, les choses dérapent.

Avis:Après Profession profiler, vous devez vraiment vous demander comment je choisit mes films en ce moment. Les vacances me permettent quelques écarts à mon crédo de qualité et me donnent l'occasion de voir quelques divertissement. Pour Serial noceur, je partait plus que confiant. Même les cahiers du cinéma titrait "la meilleure comédie de l'été...de l'année?"... c'est pour dire. Et pourtant, les deux célibataire ne m'ont pas autant séduit que cette critique relativement unanime. Sans me prendre le chou, je m'attendais à rire sans tabou et en continue pendant deux heures. Quelques sourires et beaucoup de niaiseries après, ne reste que le sentiment bien présent de deux acteurs attachants et même plus, qui marqueront mon esprit plus que cette comédie pseudo-trash.

Serial noceur nous livre le plus beau en premier. L'analyse psychologique et tristement réaliste du mariage par deux avocats déjantés qui veulent signer le contrat de divorce au plus vite est certainement l'une des plus belles trouvaille du film. Les deux acolytes, avec un débit de mitraillette et encore, elle fait pâle figure à côté se coupent la paroles, renchérissent... ça sent bon la complicité. Les deux atouts majeurs du film sont mis en avant dès la première image. A droite (quasiment toujours quand ils sont côte à côte, va savoir pourquoi), Vince Vaughn et à gauche, Owen Wilson. Heureux membres d'une nouvelle vague d'acteur clownesque et provocateur, ces deux là trouvent enfin leurs premiers rôles consistant dans ce long, venant rejoindre au soleil (californien) Ben Stiller mais aussi Adam Sandler pour ne citer qu'eux. Owen Wilson, séducteur bourré de contradiction et de remords, est pétillant, frais et surexité. Mais il est plus lover que son camarade, véritable surprise du film: Vaughn. Vu dans Mr et Mrs Smith et dans Dodgeball, cet homme est LE grand de cette classe d'acteurs. Ses mimiques, ses postures, son débit, ses intonation, tout en lui est sujet aux rires frénétiques et non réprimables. Il use de son mètre 90 pour paraître empaté, gauche voire martyre (vu ce qu'il vi, il y a de quoi). A eux deux, auquel on peut ajouter un Christopher Walken tout à fait à l'aise dans l'exercice qu'on lui connait peu de la comédie, ils crèvent l'écran et nous suffisent pour passer deux heures agréables.

Le générique et la scène qui suivent illustrent parfaitement le défaut du film. Joli plan d'une ville américaine, deux trois écritaux, et on retrouve nos héros dans un montage clipesque sur une musique bateaux en train de faire la fête de mariages en mariages. Superposition d'entrée dans l'église, répétitions de femmes allongées et nues (on ne s'en plaindra pas mais bon...), cette scène détestable en tout point montre les stigmates de la mauvaise romance hollywoodienne qu'est Serial noceur. Après une petite heure de corrosion cynique de la bourgeoisie, le film va peu à peu prendre le chemin de l'amour tourmenté qui plonge nos personnages caricaturés dans un profond chagrin et/ou désapointement. Il n'y a pas de pleurs mais par contre des visages fermés crédible comme si je vous disait que j'avais le talent de Jack Nicholson et des phrases chocs au goût de "je t'aime" niaiseux. On arrive péniblement à une fin desespérante sur fond d'autels et de casseroles accrochées au pot d'échapement, avec dents et blanches et superbes traines.

Reste cet entre-deux hilarants. Sur le principe classique d'une rencontre improbable entre des loosers et une famille noble (ce qui rappelle étrangement Mon beau-père, mes parents et moi). Les personnages caricaturés pour le bien de nos zygomatiques tel le fils manqué artiste et gay, la grand-mère vulgaire et gateuse, la fille prude en apparence et nymphomane intèrieurement (qui rappelle elle la rousse d'American pie), le gendre riche très infidèle et brutal... On a toute la palette savoureuse d'extrême incarnés par des acteurs souvent inconnus (à part Walken et Dr queen qui joue la mère) mais qui tiennent la route. Comme le veux la règle, c'est les scènes de repas qui sont les plus drôles (classique masturbation sous la table, blagues vaseuses, révélation vaudevillesques...).

Serial noceur fait donc passer un agréable Dimanche soir et ne nuit pas à votre santé mentale. En revanche, ne misez pas trop d'espoir sur son compte, il n'échappe aux horreurs du genre. Mais le casting vous fera presque oublier les niaiseries compulsives.

# Posté le samedi 10 février 2007 16:51

Modifié le dimanche 11 février 2007 05:24

J'adore Huckabees

J'adore Huckabees
Titre:J'adore Huckabees
Réalisateur:David O. Russell
Acteurs:Jason Schwartzman, Mark Wahlberg, Dustin Hoffman...
Sortie:2005
Durée:1h46
Genre:L'être et le néant
Note:14/20

Histoire:Albert Markovski est troublé par ses rencontrer hasardeuse et aléatoires avec un jeune homme noir et est bien décidé à en capter le sens. Il va alors voir Bernard et Vivian Jaffe, détectives existentielles qui par des méthodes plus ou moins orthodoxes lui propose d'éclaircir sa vie de militant alter-mondialiste licencié du mouvement de résistance qu'il avait crée par Brad, un chef d'entreprise séduisant et véreux. C'est lorsque Brad demande aussi l'aide des Jaffe que le mystère s'épaissit. Les deux detectives tentent de trouver la vérité, en assignant à Albert un Autre: Tommy, pompier écolo. Ce dernier initie Albert à une autre approche de la vérité proné par une détective française Caterine Vauban.

Avis:Faites résonner la marche des Walkyries, car Protector man est de retour. Défenseur éternel des films injustement snobbés par ses coincés de critiques parisiens, Protector man vient vous parler cette fois-ci de J'adore Huckabees. Parce qu'il est déjanté, inhabituel, un peu brouillon et plutôt intellectuel, nos amis les scribouillards ont craché sur ce cinquième long de David O.Russel, qui pourtant, malgré des défauts reste une petite réussite du cinéma surréaliste et intelligent.

Ce film est inhabituel dans le registre des films inhabituels. C'est sans doute pour cela qu'il a été tant blâmer. Quand on parle d'extravagance et de délir psychotique, on pense à Kaufman et donc à Gondry ou à ce genre d'artiste. J'adore Huckabees est ailleurs. Pas mieux, mais diffèrent encore. David O. Russel dont on avait aimé Les rois du désert, film tout son petit monde à la sauce comédie légère romantique. Sous le soleil de Californie, dans des décors classes et lumineux et même parfois avec un arrière-goût de banlieue riche, ce réalisateur fait rayonner sa mise en scène. Les couleurs mettent incontestablement la patate, et même si on a déjà vu plus raffiné comme plan et photographie, le travail de Russel est séduisant.

Ce qui est séduisant aussi et moins classique c'est le scénario de ce délire psychotique. David O. Russel, que l'on imagine fumant un joint avant d'écrire son script, change de registre pour rédiger J'adore Huckabees. Ici, il est question d'infini, de néant, d'interactivité et d'individualité. On pense à un moment à l'existentialisme sartrien, pour cette vision de la relation avec autrui et la complémentarité des êtres. Mais ce n'est pas tout, on pense à tout un aspect de la philosophie moderne. Et si l'heure est aussi et plutôt à la rigolade, le film n'en est pas moins dense intellectuelement parlant. Trop dense pour certaint peteux parisiens. "On aimerait bien, nous aussi, y comprendre quelque chose" dit Ouest-france, "Pendant une bonne heure, difficile de savoir vraiment de quoi il en retourne devant d'interminables jacasseries où l'on philosophe sur le sens caché des coïncidences" explique Positif. Pourtant tout est plutôt clair. A aucun moment, moyennant une certaine concentration, on est perdu. La fin est clair comme de l'eau de roche, faisant l'apologie de la complémentarité des entités les plus antagonistes. Tout le film converge vers une conclusion optimiste et altruiste, plutôt sympa et gentiement machée.

De plus, cette reflexion philosophique donne lieu à de belles trouvailles irréelles et déjantés. Le principe de détectives existentiels est hilarante. Quand on voit en plus leur méthode, le rire est forcement général. Russel s'amuse aussi avec un peu de technique pour former des passages rêvés à base d'arbre, de mâchette et d'aspirateur à malheur, avec un montage plutôt réussi et fluide. Le reste, c'est selon l'humeur que l'on rigolera à la top-model portant une salopette et une coiffe de laitière, à un pompier contre le pétrole et pro-cycliste, à une Shania Twain divinisée dont l'apparition finale est prévisible mais savoureuse et à tant d'autre situations subtilement relevés. Je n'irait pas jusqu'à dire que tout fonctionne à merveille mais suffisement pour que de sourires non-réprimables donnent du piquant à tout ce long rythmé.

La cerise sur le gâteau est sans conteste le casting de rêve que Russel nous offre sur un tapis rouge. Jason Schwartzman crève l'écran avec une fougue dandyesque un peu à la Baer. Mais tout un panel d'autres acteurs brillent à ses côtés. Lily Tomlin bien sûr (abonnée à Altman) est magistrale en detective amoureuse et peu discrète. Elle se marie divinement bien avec Dustin Hoffman comme d'habitude piquant et surexité. Face à eux, la sombre frenchy Isabelle Huppert est pas caricaturale pour deux sous (contrairement à certaines rumeurs) et à l'anglais habile. Quand aux autres, on remarquera Mark Wahlberg en pompier écolo, Jude Law en business-man ambitieux et paumé ou Naomi Watts en top-model en pleine crise existentielle, petite perle de ce film.

Bref, loin d'être un navet, J'adore Huckabees est un OVNI que seule pourront apprécier les ouverts d'esprit et les affutés, s'il savent passer au dessus de quelques mots philosophique. Savoureux.
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# Posté le lundi 12 février 2007 02:01

Modifié le mercredi 25 juillet 2007 11:37

Animal factory

Animal factory
Titre:Animal factory
Réalisateur:Steve Buscemi
Acteurs:Willem Dafoe, Edward Furlong, Mickey Rourke...
Sortie:2001
Durée:1h30
Genre:Regner en enfer
Note:14/20

Histoire:A l'approche d'une campagne présidentielle, la justice tente de se donner une image impartiale et aveugle. Ron Decker, issue d'une famille bourgeoise de Beverly Hills, tombe pour un petit trafic de drogue et écope d'une peine bien plus importante qu'il n'aurait du. Il est envoyé dans une des pires prisons des Etats-Unis, où seule la loi du plus fort s'applique. Un univers violent, où les viols sont fréquents et les meurtres aussi s'ouvre à lui. Il doit alors trouver un protecteur. C'est Earl Copen qui va lui donner plus que sa notoriété. Il vont devenir amis, parents et acolytes. Avec lui et avec la "fraternité", Ron va s'initier au pouvoir et au goût de la violence, réduisant par son avidité ses espoir de liberté conditionnelle.

Avis:C'est surement de tourner quelques épisodes d'Oz, la série ultra-violente sur le monde carcéral qui a donné à Steve Buscemi l'envie d'adapter The animal factory, le roman d'Edward Bunker au cinéma. Plus connu devant la caméra, la muse des frères Coen s'acapare toutes les critiques avec ce film. "Une plongée sobre et percutante dans l'inhumanité carcérale qui s'évade des canons du genre", conclut Télérama, parmis tant d'autres ovations. Il est vrai que Buscemi réalise un superbe film qui ne s'étend pas en parole et préfère de loin la musique sur des images travaillées. Un âme de clip? Peut-être mais le film ne manque pas de scénario pour autant ni de bons acteurs. Bienvenue derrière les barreaux.

Difficile de parler de tranche de vie quand on parle de prison. Pourtant, c'est bien ce paradoxe que Buscemi s'amuse à creuser. Le film commence à l'arrivée de Ron et ne finira que quand il en ressortira. Entre temps, c'est juste de la vie, de l'amitié voire de l'amour. Des histoires, éphèmères et atroces. Animal factory est un film de destinée infernale certes, mais simplement réaliste. C'est sans doute pour cela que le réalisateur dépouille sa mise en scène, ses décors et sa photographie de tout superflu. Pas de plans extraordinaires ni d'effets dramatiques. Juste une photographie bleutée et verdâtre à la fois qui n'a de plus froid que l'espoir de prisonniers. Buscemi instaure une cartaines routine par la répétition des images de la ronde de gardiens sur le miradors. Au lever du soleil, au zénith où à la fin de la journée, les gardes n'en finissent pas de tourner, armes au poings. Quotidien pour le coup irréaliste pusque jamais on ne vera l'exterieur de la prison. La prison est un microcosme, une société hiérarchisé avec ses policiers, ses dirigeants et ses loosers. Buscemi arrive très bien à banaliser l'enfer, préférant montrer la recherche d'un boulot qu'un viol dérangeant.

Attention tout de même, ce n'est pas pour autant qu'il délaisse totalement la violence du lieu. Il capte, par la construction de son récit et le destin de ses personnages, toute l'essence des vices que la prison comporte. trafic de drogue, aggressions organisés, réglement de compte et viol sont toujours là, en arrière plan. L'homosexualité forcée par l'enfermement ou non est d'ailleurs toujours sur toutes les lèvres (sans jeu de mots). Très peu de "mother fucker" dans les dialogues mais des tafioles, tapettes et enculé à profusion. Ce sont des pulsions purements sexuelles (sauf peut-être entre Ron et Earl), qui ne sont pas présentées, bien heureusement comme des vices, mais comme naturel. Ils parlent de beau-cul comme on parle de beau-nichons en société. L'inversion des valeurs est des plus interessante et, pour le coup, est sacrement originale.

Ce qui est sacrement novateur et bouscule tout code du genre, c'est la romance, amicale ou plus si affinités, qu'il y a entre Earl et Ron. Ces deux personnages complexes et leurs relation passe par tous les stades possibles et imaginables, et recentre réelement le récit. D'abord élève et maître, Earl va vite devenir un père, avant de tomber amoureux de Ron. Celui-ci se refusant à lui, ils vont développer une relation amicale quasi-fusionnelle. Si l'essence même des sentiments nous parvient si bien, c'est parce-qu'il y a deux acteurs formidables à la clé. Willem Dafoe, qui a de nombreuses fois prouvé son talent, est intense, vif et desespéré. De généreux à haineux, on peut tout lire dans son regard de braise, qui enflame littéralement le jeune Edward Furlong. Moins connu du grand public (et de moi), le John Connor de Terminator 2 qui a aussi joué dans American history X ne vit que par Dafoe. Jeune homme s'initiant pour son plus grand plaisir au pêché violent et à la domination, il est lui aussi brûlant, intense et tourmenté. A partir de ces deux se crée une relation encore plus forte que sur le papier.

Steve Buscemi, acteur, grand réalisateur, et génialissime directeur d'acteur réussit son coup, avec une plongée suffocante et intense dans le mileu carcéral. Un grand film à voir en Version Originale même pour le moins anglophone.

# Posté le mercredi 14 février 2007 03:07

Modifié le mercredi 25 juillet 2007 11:39