Réalisateur:Alan Parker
Acteurs:Brad Davis, Irene Miracle, Bo Hopkins...
Sortie:1978
Durée:1h50
Genre:Violence des échanges en milieu carcéral
Note:19/20
Histoire:Billy Hayes est en voyage en amoureux en Turquie, bien loin de son Amérique natale. Quand il reprend l'avion à Istanbul, il essaye de rammener en souvenir quelques centaines de grammes de cocaïne. Mais il se fait pincer juste avant de rentrer dans l'avion. Il est donc enfermé dans une prison de la capitale turque et sa collaboration pour pincer le dealer qui lui a fourgué sa drogue n'allégera pas sa peine. Il prend pour quatre ans ferme. Il entame alors une longue descente au enfers, dans l'univers carcéral sale et violent des prisons peu démocratiques turque. Là bas, les prisonniers ne peuvent plus qu'espèrer en l'arrivée du Midnight express qui lui permettra de s'envoler loin de leur cellule.
Avis:Midnight express est probablement le plus connu des films d'Alan Parker. Il faut dire aussi qu'il a fait son petit scandale à l'époque et a aussi rafler un palmarès grandiose. Golden globe du meilleur film, oscarisé pour sa musique (qui le meritait amplement) et nominé aux oscars pour le meilleur film (qui lui a été volé par Voyage au bout de l'enfer, rude concurrence) et le meilleur acteur (piqué lui par Jon Voight pour le Retour). Le scandale quand à lui vient surement de l'attaque relativement directe au gouvernement turc pour sa démocratie très bafouillante. Mais en dehors de toute considération politique, Midnight express est aussi un film sur l'enfermement et l'aliénation qu'il ammène avec un acteur sidérant et malheuresement parti: Brad Davis.
Dans une chambre d'hôtel enfumée, Billy se recouvre de gros scotch pour faire tenir ses paquets de coke. Il n'y a pas de visage, juste des mains déjà tremblante qui annoncent le pire. On retrouve ce même Billy à l'aéroport, avec pour bande son des battements de coeur angoissants. Filmé de près, le jeune homme su, soupire, sourit du coin des lèvres et panique. Les turcs menaçants (un peu trop?) nous font suffoquer autant qu'ils lui font peur. Jusqu'au moment où tout bascule, et que le coeur laisse place à la sublime bande originale de Giorgio Moroder. Puiqu'il faut bien commencer par quelque part, laissez-moi vous parler de la musique de Midnight express. Moroder, grand compositeur de film devant l'eternel (Scarface, Flashdance...) offre son talent à Alan parker par le biais d'un leit-motiv (tout au long du film donc) enivrant, inquiétant et plein d'espèrance. Gorgé des sons de l'orient, cette invitation à l'évasion colle avec une infinie osmose aux images du film et serre nos coeurs et même nos tripes. Les autres morceaux sont tout aussi beaux et eux plus sombres.
De l'obscurité, Parker nous en livre pendant deux heures. Même si Billy se raccroche à l'évasion comme à un fil ténu, il lui faut toucher le fond de l'horreur pour enfin remonter. Le cinéaste n'a d'ailleurs pas volé sa nomination pour le meilleur réalisateur. Ses mouvements de caméra plutôt simples laissent place à une photographie soignée, brumeuse et voluteuse. L'image est toujours voilé par de la fumée: vapeur (la scène charnelle entre Billy et Erich est l'une des plus belles que j'ai pu voir), poussière tout sert de trouble. Dans ces univers étrange, dans un décor étouffant (contrasté par des plans d'Istanbul dignes d'Arthus Bertand), Parker joue avec ses personnages, tous si complexes et semblables à la fois. Les quatre hommes sont là pour la même raison et pourtant, il semblent si diffèrents. Si Midnight express n'est pas à suspens, les personnages se dévoilent cependant délicatement, au rythme des discussions.
Tiens, transition habile, qui dit discussions dit scénario. Basé sur une histoire vraie, le scénario sent horriblement le réalisme. Horriblement dans le sens que l'effroi n'en est que plus dense. Toutes les scènes sont dès lors d'une justesse et d'une précision dans la narration choquante. De même pour les dialogues qui sont, à mon avis, ceux exacts qu'ils ont prononcé (on invente pas ce genre de choses). Par une illustration dramatique, Parker parle sublimement bien de l'enfermement et de maux, voire des névroses qu'il procure. Les scènes ecoeurante (un arrachage de langue ac les dents, des tortures diverses et pire encore, un asile de fou à couper le souffle) contrastent avec une poésie déplacée mais d'autant plus forte (le midnight express, Instanbul blues...). Et cette dure contemplation est d'autant plus formidable que Parker l'a dépolitisé au maximum. Il n'est pas question ici d'attaque à la Turquie, ni d'américanisme excessif (comme l'on affirmé certains) mais simplement d'une reflexion philosophique sur la perte d'humanité et de liberté, sur les séquelles du mal physique... Si l'on pourra dire qu'il est en ce sens un peu foure-tout, les deux heures de film sont claires et tords-boyaux.
Et pour réussir un tel chef d'oeuvre (car c'est bien de quoi il est question ici), Parker s'est entouré d'acteurs parfaits, à commencer par Brad Davis (Billy donc). Cet acteur fournit une prestation au delà de tout mot. Incroyablement fort et superbe géant aux pieds d'argiles, son jeu est toujours contrasté, puissant et au delà de toute lacrimosité. Et comme c'est toujours les meilleurs qui partent les premier, cela fait maintenant 16 ans qu'il nous a quitté, appauvrissant considérablement le cinéma américain. Ses copains de chambré sont aussi à la hauteur (Randy Quaid, Norbert Weisser, John Hurt). Seule Irene Miracle est peut-être un peu défaillante mais qu'importe, on la voit peu.
Un incontournable du septième art, puissant, choquant, terrorisant et génialissime avant tout, Alan Parker réussit à merveille à reconstituer un univers carcéral oppressant. A voir absolument.
P.S:Pour ceux qui voudraient la Bande Originale, je l'ai, je peut vous l'envoyer, laissez-moi just votre adresse.




