Réalisateur:Park Chan-wook
Acteurs:Choi Min-sik, Yoo Ji-tae, Kang Hye-Jeong...
Sortie:2004
Durée:1h59
Genre:Ultra vengeance vicérale
Note:19/20
Histoire:Années 80, une nuit de pluie battante, Oh Dae Soo, ivre mort se fait enlever par un mystèrieux individu caché sous un parapluie. Il se réveille dans une cellule morne et claustrophobisante avec pour seul contact les pieds des hommes qui lui glisse son repas tous les jours. Il n'est pas maltraité, juste enfermé. Pendant 15 ans, il va vivre au rythme de son écriture, de la télévision et de son vain tunnel qu'il creuse. Quand un jour enfermé dans une valise, il est déposé sur le toit d'un immeuble et libéré. Pour seul indice pour effectuer sa vengeance, il a un portefeuille et un portable, où il reçoit des appels de celui qui l'a sequéstré qui semble le manipuler. Oh Dae Soo devient alors bête.
Avis:"Park Chan-wook un vrai talent de contrebandier : sous les auspices d'un art populaire, balisé, spectaculaire, il distille les indices d'une crise existentielle subtile et profonde."(Télérama). Subtile et profonde, crise et existentielle... que dire de plus d'Old boy que ça. Je vais essayer de m'efforcer de développer un peu mais je sais que tout cela ne sera pas aisé. Car il est toujours plus facile de parler d'un navet que de parler d'un chef d'oeuvre. Et puisqu'il faut bien qu'il sorte à un moment ou à un autre, c'est bien de chef d'oeuvre qu'il s'agit ici.
Situons l'oeuvre. Cannes, 2003, M. Park Chan-Wook présente son deuxième film de la trilogie sur le thème de la vengeance après sympathie for Mr Vengeance (et avant Lady vengeance). Quention Tarantino mène le bal mais ne lui remettra que le grand prix du jury laissant la place à Michael Moore pour la palme d'or. Choix justifié? Politiquement oui et puisque cette petite déception n'a pas empecher ce film de ce faire reconnaitre, pas de regret. Pourtant, ce film est largement au dessus de tout Michael Moore (surtout de Fahreneit 9/11).
Les raisons du chef d'oeuvre? Deux mots: viscérale et intense. Pendant deux heures, Old Boy est un cri non pas du coeur mais des tripes. Le héros crie vengeance, crie liberté et crie horreur. Ce film est le récit (ultraviolent soit mais pas tant que ça) d'un homme à qui on a bousillé sa vie et qui tente de se reconstruire par le mauvais chemin de la vengeance. Park Chan Wook ne s'interesse pas aux raisons (ou si peu) mais surtout aux conséquences sur les autres et l'éventualité d'une autre issue. Cet autre issue, c'est Mido. Cette jeune femme qui tombe irrémédiablement amoureuse de lui. Sur son front est tatoué en gros "issue de secours". Le réalisateur n'accuse pas, il s'interroge. Il manie son personnage avec une admiration et une précaution religieuse. Il tisse son destin avec minutie dans le scénario et retour en arrière ou mise en parallèle délicieusement choquante. Le suspens est pendant deux heures à son comble et l'indignation aussi. On se demande bien pourquoi cet homme cherche la vérité alors qu'il a les moyens d'en rester là et de reconstruire. Jusqu'à la chute (la scène finale est à couper le souffle et fait penser dans le schéma à la scène entre Bill et la mariée dans Kill Bill) magistrale et viscéralement violente. L'acteur, Choi Min-sik, joue physiquement avec ses tripes comme il l'a fait pendant deux heures avec une incomensurable intensité qui dépasse tout performance déjà produite. Celui qui lui fait face n'est pas mal non plus (un peu trop "méchant" peut être) et ce tête à tête interminable se transforme en suffocation de tristesse.
Le film entier ne serait pas ce qu'il est si Park Chan Wook ne l'avait pas accompagné d'une formidable BO qui semble surgit d'un mélo de basse zone mais qui içi prend une dimension qui contraste avec la noirceur du film. L'alchimie est des plus réussie. Pour couronner le tout, Park Chan Wook est un virtuose de la caméra qui donne à ces décors urbain une noirceur loin d'être horrorifique mais plutôt poétique. Quand le film se termine dans une salle aux reflets verdatre et violet en même temps, on se dit que le génie est là, à porté d'oeil et quand les dernières images dans un paysage de neige appaisent, on réagit enfin que tout dans ce film est à garder, à interioriser et à laisser macerer, avant de le revoir pour repartir dans cette émotion poignant, ad vitam aeternam.




